•  home fr
  •  

    Ouganda: La coalition tire sa force du nombre

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2006

    Grâce à la formation d'une coalition, les très petites entreprises de services ougandaises disposent d'une voix, de ressources et d'une force collectives pour influencer les pourparlers commerciaux.

    Les négociations de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) sont menées par les gouvernements pour le compte des entreprises qui commercent. Dans les pays les moins avancés (PMA) comme l'Ouganda, l'activité commerciale repose en grande partie sur les petites entreprises, qui ont tout à gagner des négociations de l'OMC en général et de l'AGCS en particulier.



    Les «PME» ougandaises regroupent majoritairement des petites et micro-entreprises. Leur taille les oblige à former des coalitions avec des entreprises similaires confrontées aux mêmes problèmes afin de peser sur les négociations commerciales nationales, régionales ou multilatérales. Leur efficacité dépend du nombre et de la diversité des adhérents.



    Malgré sa taille et ses effectifs modestes, notre organisation, l'Association des exportateurs de services d'Ouganda, a su se faire entendre du Gouvernement ougandais dès lors qu'elle s'est organisée en groupe de travail du secteur privé sur le commerce des services sous l'égide de la Fondation ougandaise du secteur privé, qui rassemble tous les groupes organisés de l'industrie, des professionnels et du commerce ougandais. Ainsi, les sociétés de services ougandaises, même de petite taille, sont intervenues pour définir les propositions de négociation de l'Ouganda et choisir les représentants du secteur privé participant à divers forums de négociation régionaux et de l'OMC.



    Si les coalitions de PME sont perçues comme enrichissant utilement le débat, il n'y a aucune raison de les en exclure.



    Porte d'entrée: la fourniture de données



    La pénurie de statistiques pose un problème majeur aux négociateurs commerciaux. Les données disponibles, trop disparates, sont inexploitables. Les coalitions de services peuvent engager une recherche pour pallier le problème et influencer les positions de négociation nationales et d'autres processus législatifs et politiques importants. Pour notre part, nous avons lancé, en 2002, une enquête pionnière sur le secteur des services en Ouganda avec l'aide du CCI et de l'Agence américaine pour le développement international; elle a permis d'identifier les cinq secteurs prioritaires de la stratégie nationale d'exportation de services lancée en 2005. En fournissant ces données, les acteurs jugés incapables d'initier ou d'influencer les processus décisionnels décisifs des pourparlers commerciaux, peuvent accéder à la cour des grands.



    Nous avons récemment mené une étude, avec le soutien de l'Union européenne, afin d'évaluer le potentiel d'exportation des services d'éducation ougandais vers la Communauté d'Afrique orientale et le Marché commun d'Afrique orientale et australe. L'Ouganda a ainsi proposé de prendre un engagement spécifique concernant l'accès au marché de l'éducation supérieure et de l'enseignement professionnel tertiaire dans le processus actuel de demande-offre. Le comité ougandais des négociations sur le commerce a adopté d'autres recommandations pour sa demande auprès de l'UE et de l'Afrique du Sud. La fourniture d'informations utiles à la prise de certaines décisions est aussi importante que les décisions elles-mêmes. En endossant ce rôle, les coalitions de PME contribuent à fixer l'agenda des négociations commerciales.



    Soyez créatif et inclusif



    Si cela ne tenait qu'à eux, les gouvernements négocieraient sans se préoccuper des intérêts du secteur privé, notamment des petites et micro-entreprises. L'apathie manifestée par la plupart des petites entreprises des PMA n'arrange pas la situation. Elles considèrent souvent l'AGCS comme un vague arrangement dont se charge le gouvernement. Mais les associations d'entreprises doivent être proactives si elles veulent que les choses bougent. En 1999, lors de la formation du Comité interinstitutions sur le commerce d'Ouganda (IITC), véritable cadre des négociations commerciales nationales, l'Association des exportateurs de services d'Ouganda s'est offerte pour être le secrétariat du groupe de travail sur le commerce des services, se propulsant ainsi au cœur des arrangements concernant la négociation commerciale. Lorsque le IITC est légalement devenu le Comité de négociation sur le commerce, la coalition, devenue d'office membre du comité, a représenté le secteur privé au sein de la délégation officielle ougandaise à toutes les conférences ministérielles de l'OMC depuis Seattle. Depuis peu, elle est devenue le point d'information national sur le commerce des services en Ouganda.



    Mais ces avancées n'auraient pas été possibles sans la volonté du Gouvernement ougandais de lancer un débat privé-public inclusif sur les négociations commerciales et sans l'appui des donateurs ougandais et des partenaires du développement. Des coalitions comme la nôtre prouvent que l'organisation en réseaux et coalitions des entreprises, même modestes, peut apporter une contribution unique si on leur donne l'occasion de participer et d'influencer les négociations sur le commerce.
















    Trouver des réseaux de soutien



    «Il y a cinq ans, à Cancún, un seul représentant du secteur des services australien assistait à la Conférence ministérielle de l'OMC en qualité d'ONG. À Hong Kong, nous étions huit, dont quatre «en interne», dans la délégation gouvernementale formelle. Le progrès est énorme. Le secteur des services australien se mobilise.



    Ce changement s'est fait sans l'aide d'un donateur. Par quels moyens? Le plus important a été le soutien moral et le partage électronique d'informations avec divers groupes (Global Services Coalition, Chambre de commerce de Hong Kong, Coalition américaine des industries de services, Forum européen des services et Keidanren, Japon) et des organisations de services inexpérimentées qui se créent dans les pays en développement avec l'aide du CCI. Il faut voir plus loin que l'agriculture car l'emploi des générations futures dépend de la croissance du secteur des services. Nous sommes venus à Hong Kong pour faire pression sur les négociateurs et pour dire à la communauté mondiale que le gouvernement doit aller dans le sens de nos intérêts.»





    Jane Drake-Brockman, Directrice exécutive, Table-ronde sur les services, Australie Business for Development, Hong Kong, décembre 2005





    George F. Walusimbi-Mpanga (georgew@servicexport.com ) est Secrétaire exécutif de l'Association des exportateurs de services de l'Ouganda.



    Cet article est adapté de la présentation faite par M. Walusimbi-Mpanga lors de la réunion «Business for Development» de Hong Kong en décembre 2005.



recherche
UCTADWTO