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    Les pays les plus pauvres intègrent les politiques commerciales et de développement

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 3-4/2008, Interview avec Dorothy Tembo, Directrice exécutive, Secrétariat du CIR

    Dorothy Tembo

    Le Cadre intégré renforcé (CIR) pour l'assistance technique liée au commerce en faveur des pays les moins avancés regroupe six institutions internationales en vue d'aider les PMA à intégrer le renforcement de la capacité commerciale dans leurs stratégies nationales de développement.

    Jusqu'ici, 33 pays ont mené des études pour identifier les principaux obstacles au commerce. Celles-ci servent de base à l'élaboration des priorités politiques; moins de cinq études concernent les obstacles au commerce fondés sur le genre. Dorothy Tembo, Directrice exécutive du Secrétariat du CIR, témoigne de l'évolution de la participation des femmes au commerce.

    F: Quels changements majeurs avez-vous notés concernant la participation des femmes au commerce depuis votre engagement dans le secteur de la politique commerciale?

    DT: J'ai vu des organisations de femmes d'affaires et des organisations commerciales féminines se lancer dans la sensibilisation aux questions spécifiques des femmes dans le secteur du commerce et mobiliser des responsables politiques. Elles ont également participé aux mécanismes consultatifs multilatéraux régionaux et nationaux.

    F: Comment se comporte la Zambie, votre pays natal, à cet égard?

    DT: Comme de nombreux pays africains, la Zambie a payé le prix pour ne pas avoir suffisamment valorisé le rôle des femmes zambiennes dans le commerce et tiré parti de leur contribution au recul de la pauvreté. La population est majoritairement féminine et une grande part des petites et moyennes entreprises (PME) sont dirigées par des femmes. Le Gouvernement a longtemps minimisé le pouvoir des femmes et aucun cadre politique adéquat et aucune incitation n'ont été créés pour renforcer leur contribution à l'activité économique et aux programmes de développement.

    Les choses ont changé au cours des dernières années; plusieurs activités et programmes ont été, ou sont actuellement mis en œuvre. La création d'une unité pour l'égalité hommes-femmes au sein du Cabinet gouvernemental a marqué une étape importante; elle a été suivie par la mise sur pied d'un ministère spécifique doté d'un cabinet ministériel. Cette institutionnalisation a débouché sur l'élaboration d'une politique d'égalité hommes-femmes qui a été intégrée au Cinquième plan national de développement.

    Depuis deux ans, le Gouvernement travaille sur un programme d'autonomisation économique des citoyens, qui prévoit des ressources spécifiques pour les femmes et les groupes vulnérables.

    Si un énorme effort a été consenti au plan politique, beaucoup reste encore à faire pour traduire les politiques en action. Il faudrait aussi affecter un budget aux activités liées au commerce.


    © ITC Le guide en main

    F: Quels sont les obstacles majeurs auxquels font face les femmes souhaitant exercer une activité commerciale ou créer une entreprise d'exportation?

    DT: Un manque de financement dû aux demandes de nantissement et une pénurie d'informations concernant la demande et les exigences des marchés d'exportation. Ceci inclut les contraintes du côté de l'offre liées à l'augmentation de la productivité et à l'uniformité de la qualité.

    F: Quelle peut être selon vous la contribution des femmes à l'environnement commercial?

    DT: Dans de nombreux pays, les femmes sont majoritaires dans la population et elles ont prouvé leur sens aigu des affaires. Le potentiel d'expansion du commerce, notamment dans les secteurs spécifiquement féminins, est bien réel. Grâce au commerce, elles peuvent contribuer au recul de la pauvreté. En outre, dans de nombreux pays en développement, notamment en Afrique australe que je connais bien, les chefs de famille sont souvent des femmes et les retombées du commerce devraient être d'autant plus profitables.


    © ITC Photo du Groupe du CIR autour de Pascal Lamy

    F: Comment selon vous aménager la politique internationale pour qu'elle soutienne mieux les femmes chefs d'entreprise?

    DT: Il faudrait que soit prise en compte la situation particulière des petites entreprises et que soient créées des structures administratives d'appui et des incitations pour favoriser l'expansion des entreprises ayant une femme à leur tête. Il n'est pas toujours possible d'instaurer des procédures ou des réglementations spécifiques aux femmes. Même lorsque tel n'est pas le cas, l'approche générale doit faire en sorte de faciliter la prospérité des petites entreprises.

    F: Pouvez-vous nous parler de quelques avancées de la cause des femmes dans le secteur du commerce en Zambie?

    DT:
    Les Zambiennes ont reconnu le rôle essentiel et nécessaire de la négociation collective. Cette avancée importante a permis la création de nombreuses associations de femmes, qui ont contribué aux efforts de sensibilisation et se sont engagées auprès des responsables politiques. Il s'en est suivi une hausse du nombre de femmes engagées dans des activités commerciales, siégeant au sein du Groupe de travail national sur le commerce, des groupes consultatifs sectoriels sur le commerce, l'industrie et l'agriculture et du Conseil d'administration de l'Agence de développement de Zambie. Les femmes ont désormais la possibilité de participer aux décisions politiques et de faire avancer leur cause.

    Mais beaucoup reste à faire pour améliorer la compréhension des questions liées aux négociations commerciales et de leur impact afin d'élaborer des réponses et d'articuler leurs intérêts de manière plus appropriée.

    F: Quelles organisations nationales et internationales contribuent le plus à la cause des femmes chefs d'entreprise?

    DT: De nombreuses institutions contribuent à faire avancer la cause des femmes dans le secteur du commerce. J'ai collaboré étroitement avec l'ITC, la Communauté de développement d'Afrique australe, le marché commun de l'Afrique orientale et australe et l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel.

    F: Quel est selon vous l'avenir des femmes chefs d'entreprise?

    DT: Pour autant qu'elles bénéficient de l'appui nécessaire, elles ont les cartes en main pour réussir. Dans le passé, elles ont prouvé leur combativité dans des situations difficiles et réussi à se hisser sur des marchés jugés coriaces. Elles ont l'avantage du nombre dans de nombreux pays, notamment en Afrique subsaharienne.


    © ITC CIR (de gauche à droite) Mmes Tembo,
    Pholsena, Francis, M. Lamy

    F: Quels seront les moments importants de l'exécution en 2009?

    DT: Collaborer avec les principaux partenaires du Cadre intégré renforcé pour lancer la mise en œuvre des activités de niveau un, voire de niveau deux parfois. Le niveau un vise le renforcement de la capacité des unités nationales d'exécution et la mise en route de certaines activités majeures, incluant la préparation des projets de niveau deux, dédiés à la production et aux initiatives de renforcement de la capacité du côté de l'offre.

    F: Quels sont les objectifs à long terme du Cadre intégré renforcé?

    DT: L'objectif global est de soutenir l'intégration des pays les moins développés au système commercial mondial afin de contribuer à la réduction de la pauvreté et au développement durable. Celle-ci passe par un appui à l'intégration du commerce aux stratégies de développement.


    DOROTHY TEMBO

    Dorothy Tembo a rejoint le Secrétariat du Cadre intégré renforcé (CIR) en qualité de Directrice exécutive en 2008. Elle apporte son expérience et sa connaissance approfondies de la mise en oeuvre du CIR, ayant été négociatrice commerciale principale de la Zambie, Directrice du commerce extérieur pour le Ministère zambien du commerce et de l'industrie, et coordonnatrice du cadre intégré renforcé en Zambie.

    Elle s'est formée aux questions liées au commerce international et au développement en Afrique du Sud-Est, d'où elle est originaire ainsi qu'au système commercial multilatéral dans son ensemble. Elle a été consultante pour d'autres institutions intergouvernementales et du secteur privé sur des questions aussi variées que les négociations commerciales, l'intégration économique, l'analyse économique de l'environnement, la politique et l'investissement dans les secteurs commerciaux et industriels ainsi que la gestion des programmes d'assistance technique liée au commerce.


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