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    La qualité paie pour les producteurs de café

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2004

    http://www.cupofexcellence.org. L'idée visionnaire de Cup of Excellence, à savoir un concours pour sélectionner le meilleur café qu'un pays peut off rir et une enchère par internet, a apporté le café gourmet de la Bolivie, du Brésil, d'El Salvador, du Honduras et du Nicaragua sur les tables du monde entier.

    Le marché du café est engorgé, et le prix du café au plus bas depuis un siècle. Le CCI a déjà encouragé différents projets pour aider les producteurs de café. L'un des plus novateurs a été la première enchère mondiale de café par internet, à l'origine du programme Cup of Excellence®.


    Convaincre les producteurs d'ajouter de la valeur à leurs produits, et par conséquent de générer plus de revenu, est une idée souvent proposée pour résoudre la crise actuelle du secteur du café. Alors que cette proposition n'est ni simple ni réaliste pour bon nombre de producteurs, le CCI a appuyé les efforts pour mettre en place le programme Cup of Excellence. Ce programme veut exploiter les tendances actuelles du marché vers la qualité et a permis à quelques producteurs d'être récompensés par des prix plus élevés.

    Le programme Cup of Excellence tire parti du marché du café gourmet et recherche des consommateurs partout dans le monde. Ainsi, ce programme a sorti plusieurs petits producteurs de l'anonymat, qui non seulement se sont fait connaître dans le cercle exclusif des dégustateurs de café professionnels, mais ont obtenu de bien meilleurs prix. Dans le marché du café saturé d'aujourd'hui, cette initiative a prouvé que la qualité paie.

    Une approche pionnière

    L'idée de l'enchère de café par internet est née en 1999, dans le cadre du projet Café gourmet (1998-2000), mis sur pied conjointement par l'Organisation internationale du café et le CCI, et financé par le Fonds commun des produits de base. Le CCI était le partenaire principal et opérationnel du projet, lequel appuyait la culture de café de qualité au Brésil, au Burundi, en Éthiopie, en Ouganda et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

    Frustrés parce que le café brésilien ne parvenait pas à séduire les acheteurs de spécialités aux États-Unis, les participants du projet se sont souvenus des excellents produits qu'ils avaient découverts pendant le projet. Ils ont donc décidé de les intégrer à un concours annuel qui existait déjà pour sélectionner les meilleurs cafés produits au Brésil, Best of Brazil 1999, et ont décidé de vendre les dix meilleurs cafés issus de ce concours lors d'une enchère par internet. Environ 310 cultivateurs ont présenté leurs produits à ce concours et 14 dégustateurs internationaux ont sélectionné 900 sacs de café (soit 5400 kg) chez dix producteurs.

    Les cafés gagnants ont été vendus lors de la première enchère de café en ligne, organisée en décembre 1999, à laquelle ont participé 23 enchérisseurs de quatre continents durant quarante-huit heures. 

    Beaucoup d'efforts ont été nécessaires à la préparation de cette expérience en 1999. Le projet Café gourmet a parrainé quelques-uns des partenaires les plus actifs, participé en partie à la conception du site internet et apporté des conseils juridiques concernant les contrats. Les cultivateurs demeuraient néanmoins sceptiques, vu le côté expérimental de la démarche, et plusieurs furent même tentés d'abandonner le projet. En fin de compte, pourtant, tous furent convaincus quand le CCI leur a garanti un prix de vente minimal. Une somme forfaitaire de garantie fut déposée au Brésil, afin de garder les paysans dans le projet.

    L'enchère a connu un succès retentissant. La technique a bien fonctionné et les prix atteignirent un niveau beaucoup plus élevé que ce qui était attendu. Certains cafés se vendirent deux fois plus cher que prévu. La garantie du CCI repartit vers Genève quelques semaines après, et ces fonds ont pu servir à d'autres activités du projet.

    Les concepteurs à l'origine de cette réussite ont ensuite conçu Cup of Excellence, un concours régulier géré actuellement par l'ONG Alliance for Coffee Excellence. Le Brésil a accueilli l'enchère Cup of Excellence chaque année depuis 1999. Depuis lors, El Salvador, le Guatemala, le Nicaragua, le Honduras et la Bolivie se sont joints à la démarche, et d'autres pays vont probablement y participer à l'avenir. Des renseignements sont à disposition sur le site internet http://www.cupofexcellence.org

    La quantité de café vendue lors des enchères Cup of Excellence ne représente qu'«une goutte d'eau dans l'océan», admet M. Peter Smit, Chef de la Section du développement des marchés du CCI. Pourtant, les effets positifs du projet et son potentiel compensent largement les quantités vendues. «Ce programme peut être reproduit et changer beaucoup de choses dans le monde. Il faut à présent impliquer d'autres pays, en Afrique et en Asie.»

    Révolution qualitative au Brésil

    L'Association brésilienne de cafés de spécialité (BSCA) représente les cultivateurs de café arabica haut de gamme de tout le pays. Le Président de la BSCA, M. Marcelo Vieira, estime que le programme a surtout eu des incidences sur le marché international. Il y a cinq ans, les membres de la BSCA exportaient 80 000 sacs par année. L'an dernier, ce nombre a crû à 300 000 et la demande a augmenté en 2004. L'autre conséquence importante est que les cultivateurs tiennent à présent à participer à l'enchère de Cup of Excellence.

    «Alors que, au départ, seule une petite élite de cultivateurs se consacrait à la production de cafés haut de gamme, à présent ils sont des milliers à le faire, explique M. Vieira. Personne ne croyait qu'une telle qualité pouvait être atteinte dans certaines régions, mais chaque année cette idée est démentie. Cela est dû à la recherche en vue de meilleures méthodes de transformation, ce qui génère une révolution qualitative dans les milieux du café au Brésil.»

    Les cultivateurs qui sont récompensés avec la possibilité de participer à l'enchère de Cup of Excellence doivent être considérés d'un autre point de vue. «Ils ne représentent que la partie visible de l'iceberg. Les véritables conséquences du programme se feront sentir à long terme dans tout le pays», ajoute-t-il.

    El Salvador: les femmes en tête

    Lors de l'enchère Cup of Excellence tenue en juin 2004 à El Salvador, soit le deuxième concours du nom, les femmes ont occupé trois places parmi les quatre premières des cafés payés à la livre. L'arabica que cultive Mme Lya de Castaneda s'est positionné en première place, au prix de US$ 6,89 par livre de fèves de café vert, pour un total de US$ 20 670.

    Le café vert issu de 35 exploitations salvadoriennes, toutes sélectionnées pour participer au concours Cup of Excellence 2004, fut enchéri par 83 acheteurs internationaux. Au cours de l'enchère, tous les cafés proposés furent acquis, pour un montant total de US$ 291 277. Le prix moyen payé fut de US$ 2,44 par livre, soit presque trois fois plus que la dernière moyenne des prix sur le marché de l'arabica.

    Les cultivateurs salvadoriens travaillent assidûment pour se repositionner comme producteurs de café de bonne qualité et obtenir ainsi des prix avantageux. El Salvador occupait une bonne place sur le marché du café dans les années 1970, mais perdit sa position en raison de la guerre. En 1979, au début du conflit, le commerce du café a été nationalisé. Toutes les usines de préparation furent fermées, et toutes les opérations de transformation et d'exportation furent centralisées. La qualité baissa, car tous les cafés étaient mélangés et vendus sous une seule appellation. Les marques traditionnelles qui avaient conquis leur reconnaissance furent perdues. En 1985, ce secteur fut de nouveau privatisé, mais les fermes, usines et marques d'exportation se trouvaient à l'abandon et devaient être reconstruites.

    Mme Silvia Larín de Cuenca représente la quatrième génération à la tête de la propriété familiale où le café est cultivé, transformé et conditionné à l'exportation.

    «[Le programme] Cup of Excellence représente l'occasion pour nous de faire connaître la qualité de notre café aux acheteurs internationaux, qui apprendront ainsi à apprécier le café salvadorien, espère-t-elle. C'est une façon de prouver que nous avons un excellent café, comparable à ceux d'autres pays connus sur les marchés de café gourmet.»

    Bénéfices induits

    Le programme Cup of Excellence aide les producteurs à identifier différents besoins et niches, à développer des infrastructures et des systèmes de distribution qui appuient les producteurs de café haut de gamme et les acheteurs de petits lots de café de qualité, et à faire connaître des régions productrices dont on méconnaissait la qualité du café.

    Les exigences relatives à la taille des lots encouragent mêmes les plus petits producteurs à participer avec leur meilleur café. Ils peuvent accéder aux acheteurs de café de qualité et créé des liens directs avec eux dans le monde entier. Les consommateurs avisés vont ainsi associer le nom du pays producteur avec le goût exquis des cafés gagnants.





    Que s'est-il passé avec le prix du café?

    Le prix réel du café a plongé pour atteindre son prix le plus bas depuis un siècle, ce qui a affecté dans une large mesure les revenus de 20 à 25 millions de familles. L'effondrement des prix mondiaux du café a généré la crise économique la plus aiguë depuis des années, dont souffrent de nombreux pays exportateurs.

    Comment cela s'est-il produit? La crise du café est le résultat d'un encombrement du marché ayant plusieurs causes: la rapide expansion de la production au Viet Nam et de nouvelles plantations au Brésil; des rendements et des résultats plus élevés, et l'encouragement à augmenter la production puisque la libéralisation des marchés, dans les années 1990, a augmenté la part des cultivateurs dans le prix à l'exportation. à cela est ajoutée une baisse de la demande. Les analyses tendent à s'attarder sur l'encombrement des marchés et à négliger les effets des tendances du marché et des nouvelles technologies dans les pays consommateurs.    




    Projets récents du CCI liés au café

    Les projets du CCI concernant le commerce du café visent à faciliter l'accès aux marchés pour le café vert au meilleur prix possible. Certains projets sont spécifiques à un pays, d'autres bénéficient à tous les pays producteurs. En outre, le CCI a appuyé des séances de formation en entreprise pour 120 personnes des pays producteurs et organisé des séminaires et des séances de conseil dans une trentaine de pays dans les années 1990. Voici quelques exemples de l'engagement du CCI.

    •  Le projet Café gourmet (1998-2000) a été mis en œuvre au Brésil, au Burundi, en Ouganda et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en coopération avec l'Organisation internationale du café et le Fonds commun pour les produits de base. Le projet devait surmonter de nombreuses difficultés et mettre en place de nouvelles méthodes de production, de traitement et, surtout, de commercialisation pour le café haut de gamme, susceptible d'obtenir des prix plus élevés. Il a mis sur pied une enchère de café par internet au Brésil en 1999, à l'origine du programme Cup of Excellence qui fonctionne aujourd'hui dans plusieurs pays.
    •  Le Projet sur la qualité du café en Éthiopie (2004-2006), financé par le Secrétariat d'État à l'économie (seco) de la Suisse. Ce projet comprend l'installation de laboratoires de dégustation, la formation et l'appui pour la commercialisation. Ses objectifs visent à améliorer la qualité, la régularité et la traçabilité selon les exigences du marché.
    •  Le service de «Questions et réponses », sur le site internet du café (à partir de 2005). Ce site sera le premier du genre dans le secteur du café. Il contiendra le texte intégral du guide du CCI sur le café en trois langues (voir ci-dessous). Une équipe d'experts offrira des réponses sur mesure aux questions posées par les personnes liées au secteur du café des pays en développement.
    •  L'ouvrage Café: Guide de l'exportateur, financé par le Gouvernement du Danemark. Ce guide de 330 pages a été la publication du CCI la plus demandée en 2003. Disponible en anglais, français et espagnol, il couvre les pratiques commerciales pour les exportateurs de café; il intéressera également les producteurs de café, les autorités, les importateurs, les banques, les douanes et les compagnies de transport. Il examine les contrats et aborde la logistique, les assurances, les arbitrages, les marchés à terme, la gestion du risque et les garanties, le financement et le contrôle de la qualité, ainsi que le commerce électronique, les marchés de niche, l'étiquetage biologique et le commerce équitable, les codes de conduite et les questions environnementales.

      Texte: Dianna Rienstra



      Organisations mentionnées dans cet article:



           


    Sites liés au CCI:


    Coffee:


    http://www.intracen.org/mds/sectors/coffee/welcome.htm

    Spices and Herbs:

    http://www.intracen.org/mds/sectors/spices/welcome.htm

    Export Quality Management:

    http://www.intracen.org/eqm

    Enterprise Competitiveness:

    http://www.intracen.org/ec/








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