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    Après le déclin: Un nouvel envol pour le jute

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2004

    Photo: CCI La versatilité du jute et ses caractéristiques écologiques ont permis de repositionner ce produit sur la scène internationale comme une «fibre en or», avec par exemple des produits finis comme ces sacs à provisions très tendance.

    Naguère «industrie en déclin», le jute offre maintenant des produits écologiques qui attirent de nouveaux consommateurs, grâce à des applications novatrices dans l'industrie automobile, la mode, l'ameublement et l'aménagement du paysage. Le rôle du CCI dans le développement de la production et de la commercialisation du jute a contribué à ce renversement de situation, ce qui a aidé des familles très pauvres à relever leur niveau de vie et à retrouver l'espoir.

    À la fin des années 1980, les experts estimaient que le jute représentait une industrie en déclin. Les emballages synthétiques et le conditionnement en vrac menaçaient l'utilisation du jute comme matériau d'emballage traditionnel. Les exportations de jute et de produits en jute ont chuté et les prix se sont effondrés. Cette activité semblait sur le point de s'éteindre et les cultivateurs de jute se retrouvaient dans la pauvreté.

    En 2000, un peu plus d'une dizaine d'années plus tard, un conseiller indépendant indiquait que «le développement du marché et la promotion du jute constituent une des réussites majeurs du CCI. Travaillant avec des budgets modestes, le CCI [a obtenu] des résultats importants en assistant 10 millions de personnes très pauvres. […] Le CCI a pu limiter l'étendue du déclin et le ralentir. Un financement de [US]$ 5,4 [millions dans] des projets a produit des revenus de plus de [US]$ 500 millions.»

    Contrairement à d'autres produits de base, dont les prix ont fortement diminué entre 1980 et 2002, le jute a pu résister à la pression à la baisse, passant de US$ 369 par tonne en 1980 à US$ 400 en 2002. Cela est dû en partie à l'intervention du Gouvernement indien sur le marché national, mais également aux activités du CCI et du PNUD.

    Des efforts de diversification ont permis au jute de substituer d'autres matières dans des domaines aussi différents que l'industrie automobile ou l'ameublement, et avec des articles tels que les sacs à provisions et les géotextiles antiérosion. Ce produit modeste, voire moqué, s'est affirmé sur les marchés comme un matériau à la mode et respectueux de l'environnement, bref une «fibre en or».

    Cet article se fonde sur les propos de M. Nanda Kumar, Secrétaire général du Groupe international d'étude du jute. M. Kumar a occupé auparavant les fonctions de Secrétaire adjoint auprès du Ministère des textiles et de Président de Spices Board India; il est l'auteur de la publication du CCI Le commerce mondial des épices et les accords du Cycle d'Uruguay (1996).





    Le jute a toujours été cultivé par les fermiers pauvres. C'est une culture idéale pour faire une rotation avec celle du riz, ce qui offre des revenus supplémentaires pour les paysans et protège les champs de riz. La plantation, l'entretien, la récolte et la première transformation donnent du travail aux femmes et aux paysans sans terres, et sa transformation industrielle crée aussi des emplois. Après l'extraction de la fibre, les tiges de jute servent de carburant respectueux de l'environnement dans les ménages ruraux.

    Ainsi, lorsque cette activité a chuté, beaucoup de gens en Inde, principal producteur, et les organisations internationales ont décidé d'agir, persuadés que le jute avait de l'avenir et pouvait être à la base d'autres produits que les sacs.

    Le Gouvernement indien établit le Fonds de modernisation du jute et un Fonds spécial de développement du jute. Le PNUD devint un partenaire en ce qui concerne la diversification de la production de jute. La législation et des accords de réglementation apportèrent «un espace de marché» à l'industrie du jute sur le marché national de l'emballage. Le Gouvernement invita le CCI, déjà impliqué dans de nombreux projets de l'Organisation internationale du jute (OIJ), qui est devenu par la suite le Groupe international d'étude du jute, et du Gouvernement indien, à devenir un partenaire actif au sein du projet du PNUD.

    Le Programme de développement du jute, prévu pour durer cinq ans, fut approuvé en 1992 et prolongé ensuite d'une année. La contribution du PNUD s'éleva à US$ 23 millions, et le Gouvernement indien avança la même somme comme fonds de contrepartie.

    Nouvelles technologies, design et marketing



    Le projet a cherché à intégrer les nouvelles technologies et leurs applications à l'industrie du jute, à développer de nouvelles machines et à encourager les PME à diversifier la production, à améliorer la qualité et à développer des marchés. On a cherché à développer les ressources humaines et créé une institution nationale pour la diversification de la production de jute.

    Le CCI a collaboré avec des designers, des spécialistes de la branche, des manufactures de jute et, surtout, avec des PME. De nouveaux produits ont été conçus pour répondre à la demande, avec une attention particulière accordée aux détails. Le CCI a aidé les PME à élaborer des brochures et des catalogues, à bien présenter leurs produits dans les foires ou salons, et à améliorer leur concept au niveau du design.

    En 1994, le Centre national pour la diversification du jute a été établi à Kolkata. Cette organisation professionnelle active fournit des services aux PME, en appuyant les producteurs d'articles diversifiés en jute quant à la conception, la commercialisation et l'infrastructure.

    Les nouveaux produits comprennent du fil de titre fin, du rembourrage et des tissus d'ameublement, de beaux sacs à provision, des accessoires de mode, des composites en jute et plastique, des panneaux d'aggloméré ou de copeaux et du papier fait main. Cela pour les produits déjà disponibles; de nouvelles applications, telles que des articles non tissés et des textiles spéciaux, sont en train d'apparaître.

    80 000 emplois



    Aujourd'hui, les produits diversifiés du jute se montent à 20% des ventes de l'Inde, y compris les exportations. Cette branche compte plus de 1000 PME, qui fournissent de l'emploi à environ 80 000 personnes.

    En 1998, une évaluation du projet concluait qu'il avait atteint la plupart de ses objectifs; l'expertise du CCI dans le développement et la promotion du marché du jute a été essentielle à sa réussite.

    Cette étude a recommandé de poursuivre l'appui dans certains domaines ce qui a conduit au lancement du Programme pour l'artisanat et la fibre, soutenu par le PNUD et le Gouvernement indien, car le jute était une branche importante. Il visait notamment un développement durable des ressources humaines grâce aux ONG, l'amélioration des conditions de vie des paysans grâce à la production de tissus en jute plus raffinés et lucratifs, l'appui de la commercialisation sur les marchés nationaux et internationaux, la commercialisation de technologies pour les PME, le développement des installations, et l'assurance de la qualité pour un secteur organisé et décentralisé. Ce programme a pris fin en 2002.

    Le Bangladesh, bien que n'ayant pas bénéficié de l'incitation d'un programme du PNUD, a reçu l'assistance du CCI et de l'Agence norvégienne pour la coopération au développement, ce qui a permis à cette branche de produire du fil et des tissus de haute qualité, des chaussures et des panneaux d'aggloméré. Le Centre de promotion de la diversification du jute a vu le jour en 2002 en vue de dynamiser de tels efforts.

    Pâte à papier et développement des PME



    Parallèlement, en 1997 le Fonds commun pour les produits de base a approuvé un projet de US$ 1,49 million sur l'application biotechnologique des enzymes dans la fabrication de pâte à papier à partir de jute vert et/ou de chanvre kénaf, qui s'est déroulé avec succès jusqu'en 2004. Les connaissances acquises sont à présent divulguées aux entrepreneurs, ce qui pourrait diminuer considérablement la pression exercée sur les forêts exploitées pour la production de papier.

    Le Fonds commun a également mis en route un autre programme, se fondant sur la réussite du CCI et du PNUD en Inde, en vue de développer des projets entrepreneuriaux à petite échelle liés à la diversification de la production de jute, apportant US$ 3,05 millions au Bangladesh et à l'Inde. Un autre projet de diversification est en cours, avec les polyoléfines du jute comme composants.

    Réussites commerciales



    Les efforts visant la diversification ont déjà recueilli des fruits.

    • De grands fabricants d'automobiles ont commencé à utiliser la fibre de jute pour remplacer la fibre de verre dans le garnissage  des sièges.

    • Des manufactures de meubles réputées en Inde et au Bangladesh utilisent de grandes quantités de panneaux de particules de jute dans la fabrication de leurs produits.

    • Des sacs à provisions produits par des PME indiennes sont très prisés.

    • Les géotextiles antiérosion ont conquis leur place sur les marchés.



    Entre 1979 et 1999, le CCI a consacré plus de US$ 6 millions dans 28 projets de promotion des exportations du jute et des produits en jute, un engagement financier important selon les critères du CCI. Même si cela paraît modeste du point de vue de l'industrie et du commerce, cela représente les seuls efforts entrepris en vue de la promotion et du développement du jute.

    Nouvelle orientation



    En dépit de ces résultats positifs, la conjoncture a retenu les progrès qui auraient pu être réalisés. L'évaluation du CCI indiquait que l'organisation aurait dû négocier son expérience professionnelle et ses compétences techniques plus âprement dans le cadre des projets financés internationalement. «Les projets n'en auraient été que plus forts.» De même, les contraintes de financement ont entraîné une négligence relative sur l'important marché américain, et l'existence de l'Organisation internationale du jute a induit les donateurs à penser que cette branche bénéficiait de tout l'argent dont elle avait besoin pour se développer. Par conséquent, l'OIJ «ne disposait pas des fonds nécessaires pour dépasser son rôle de coordinatrice et le CCI […] a été privé de fonds pour ses projets…»

    À l'heure actuelle, la part du jute sur les marchés d'exportation est importante mais demeure limitée. Le secteur du jute a décidé d'établir un nouveau plan pour ses activités sur le marché mondial. Avec le soutien financier du Fonds commun pour les produits de base, le CCI va réunir les parties prenantes à l'occasion d'une série de séminaires et d'ateliers en 2004 et 2005, afin de planifier une croissance accélérée et diversifiée.

    Texte: Peter Hulm


    Organisations mentionnées dans cet article:


          











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