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  • VOYAGES ET TOURISME DANS L’ÉCONOMIE VERTE

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    Voyages et tourisme dans l’économie verte

    Professeur Geoffrey Lipman, Directeur, Green Earth Travel
    juillet 01, 2011
    issue 02 2011 Green economy article figure 1 French
    Figure 1: Croissance verte
    issue 02 2011 Green economy article figure 2 French
    Figure 2: Voyageurs chinois à l’étranger

    L’évolution rapide du paradigme de la croissance verte qu’adoptent tous les pays au plan politique, avec l’assentiment de l’industrie et de la société civile, offre une occasion unique de tirer parti du pouvoir socio-économique des voyages et du tourisme au bénéfice de l’humanité et de la planète. 

    Nous sommes à un moment charnière où quatre décennies de préoccupations liées au climat et à la pauvreté – Conférence de Stockholm sure l’environnement, Sommet de la Terre de Rio, Sommet de Kyoto sur le climat, objectifs du Millénaire pour le développement, etc. – doivent laisser place à des solutions communes. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est que les décideurs – publics, privés et de la société civile – aient une vision, une réflexion novatrice et du courage pour reconnaître le potentiel et créer des cadres inclusifs. 

    La croissance verte n’est pas un concept simple. Pour les PMA, notamment d’Afrique, l’agenda mondial pour la croissance verte peut apporter d’énormes avantages – avec l’intégration comme élément clé, l’énergie renouvelable comme cheval de bataille, la technologie et l’appui aux capacités comme principes de base et un financement essentiel de la transformation. Le Brésil, la Fédération de Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (pays BRICA) vont conduire la refonte de l’ordre mondial – notamment la Chine avec ses énormes flux de touristes et sa géopolitique stratégique axée sur les PMA (voir Figure 1).  

    Les voyages et le tourisme ont un rôle clé à jouer – pas seulement le sous-secteur de l’infrastructure(transport, hébergement, hôtellerie-restauration/événements et services de voyages) mais aussi l’impact combiné des chaînes de l’offre et de la demande liées au secteur. Mais ce potentiel est caché. En reconnaissant son rôle et en l’intégrant à la prise de décisions politico-économique en matière de croissance verte, il peut avoir des avantages socio-économiques bien réels. C’est généralement le cas des pays les plus pauvres du monde, africains notamment, où le secteur touristique exporte des services universels, génère richesses, emplois et investissements, catalyse d’autres activités économiques (agriculture, infrastructure, industrie manufacturière et communications) et est un moteur de développement qui améliore la compréhension entre les peuples. Exploiter cette valeur nécessitera une réflexion radicalement nouvelle et, surtout, de l’action. 

      Il faut intégrer les voyages et le tourisme dans toutes les stratégies de croissance verte au cours des cinq prochaines années.  

      Il faut reconnaître et soutenir ce secteur responsable et susceptible de satisfaire aux objectifs évolutifs du gouvernement en matière de carbone, y compris pour le secteur aéronautique si essentiel. 

      Les PMA ont besoin de davantage de services de transport aérien. Dans certains marchés densément peuplés (Europe, Amérique du Nord et Chine notamment), il est possible de substituer des modes de transport en se fondant sur l’empreinte carbone. Mais, les PMA n’ont pas d’options alternatives et sont tributaires de l’aviation pour leur future croissance durable et s’extraire de la pauvreté. 

      Il faut exploiter les marchés BRICA en plein essor. Le commerce transfrontalier de la Chine devrait s’imposer comme le plus important marché international  au monde. Un grand atout de l’investissement chinois en Afrique vient de ce que les voyages et le tourisme feront partie intégrante de la croissance et du développement; il faudra améliorer le transport aérien, les infrastructures d’appui, les produits et la qualité. Les voyageurs chinois sont exigeants et attendront des aéroports et des services au sol les mêmes normes qu’en Asie. 

      Il faut développer diverses micro-stratégies à court, moyen et long terme pour répondre de manière cohérente aux échéances concernant l’économie, la pauvreté et le carbone. Il faudra activer la collaboration régionale et locale pour stimuler l’activité du marché en bas de l’échelle tout au long de la chaîne de valeur touristique. 

    Via ces actions, l’équilibre public/privé dans l’infrastructure et les prestations de services évolueront. Les gouvernements auront moins d’argent et il faudra convaincre le secteur privé de combler le déficit. Les progrès déjà réalisés grâce aux normes de responsabilité sociale des entreprises contribueront à la reconversion. Les relations entre les intérêts publics et privés devront être justes et équilibrées, en évitant les taxes discriminatoires et en encourageant les voyages sûrs et sans interruption. 

    Il faut un nouveau style de partenariats public-privé dans l’infrastructure, l’agriculture, les communications, les énergies renouvelables et le microcrédit pour que les voyages et le tourisme puissent jouer un rôle majeur dans la transformation du climat et la réduction de la pauvreté, et participer directement à l’appui financier lié aux questions technologiques comme les bâtiments résistant au climat, la restructuration rurale et les systèmes éducatifs verts.  

    Deux principes fondamentaux doivent sous-tendre les initiatives de croissance verte: le quatrième pilier de la durabilité, avec le climat qui va changer les règles du jeu en étant intégré à l’équilibre économique, social et environnemental; et les voyages intelligents – propres, verts, éthiques à tous les niveaux du spectre prix/produit avec une prise en compte des intérêts des communautés locales. Enfin, et surtout, il faut initier des changements à tous les niveaux de l’enseignement pour former une main-d’œuvre aux voyages et au tourisme verts, dont les entrepreneurs sont souvent concentrés dans le secteur informel. Aujourd’hui cet enseignement n’est pas adapté. 

    Peu de décideurs comprennent le véritable impact et l’importance du secteur. Éduquer les dirigeants de demain exige de nouvelles formes de relations dynamiques, interactives, axées sur Internet et collaboratives. Une coopération à plusieurs parties prenantes, avec les communautés au centre du débat et la société civile conviée à participer, aura une crédibilité et une durabilité meilleures. 

    Enfin, il faut innover pour attirer l’investissement nécessaire. La concurrence se durcit alors que l’austérité se fait pressante et que le souci accru d’un contrôle public des transactions financières s’intensifie. Les recommandations ci-après s’adressent aux investisseurs publics et privés ainsi qu’aux banques régionales et internationales de développement: 

      Il faut considérer les voyages et le tourisme de manière plus holistique dans la chaîne de valeur. Par exemple, un aéroport ou un port bien conçus sont un investissement de base pour les routes, les chemins de fer, l’aviation ou les croisières, et tous les systèmes connexes d’aide à la technologie de la communication. 

      L’industrie génère de nombreux emplois et est un catalyseur de la croissance verte, ouvrant l’accès à d’importantes ressources financières pour les besoins en infrastructure, capital humain, technologie et finance tout en distribuant des bénéfices aux communautés.  

      Des fonds sont disponibles dans les pays BRICA, notamment en Chine et en Afrique du Sud.  

      Il est possible de faire des coalitions transfrontalières régionales et sous-régionales une base de l’investissement et des projets. Les banques de développement sont aussi actives. 

    Les opportunités sont innombrables. Le moment est bien choisi pour faire des voyages et du tourisme un secteur clé dans la révolution verte qui se profile, un moteur du changement vers des styles de vie sobres en carbone et un moyen pour les PMA de s’affranchir de leur pauvreté historique.