À court terme, cette forte dépendance vis-à-vis des combustibles
fossiles devrait se maintenir mais les technologies sobres en
carbone devraient gagner du terrain. Elles incluent les
technologies dont la durabilité est parfois remise en cause par les
environnementalistes traditionnels: technologies avancées du
charbon propres, nucléaire de quatrième génération et capture et
stockage du carbone, qui toutes génèrent de faibles émissions de
carbone. Les systèmes d'énergie propre, comme les énergies
renouvelables et les systèmes d'efficacité énergétique, devraient
jouer un rôle majeur dans la décarbonisation du secteur énergétique
et la réduction des émissions de GES.
L'attention s'est portée sur les mesures politiques permettant
au secteur énergétique d'emprunter la voie sobre en carbone. Mais
l'énergie propre crée dans les pays en développement des problèmes
spécifiques, ou plus précisément des obstacles, qui entravent la
croissance: hausse des coûts d'investissement, besoin de transfert
technologique, risque technologique et sa gestion, et capacité
réduite de ces pays à intégrer des technologies novatrices.
Rôle de REEEPPour un pays en développement, les énergies renouvelables et
l'efficacité énergétique représentent un nouveau défi quant à la
façon d'intégrer la planification énergétique dans les priorités
politiques liées à la sécurité énergétique, au climat, à la
décentralisation, au pluralisme et à l'emploi local.
Le Partenariat pour les énergies renouvelables et l'efficacité
énergétique (REEEP), de type mondial public-privé, a été lancé
comme un partenariat des Nations Unies de type II par le
Royaume-Uni afin de concrétiser les engagements pris lors du Sommet
mondial sur le développement durable et de mettre en œuvre les
recommandations du Groupe de travail du G8 sur les énergies
renouvelables. Durant les cinq dernières années, le partenariat a
travaillé avec plus de 50 pays en développement afin d'accélérer le
développement des énergies renouvelables et des technologies
énergétiques efficaces dans l'optique du développement durable et
de la réduction de la pauvreté.
Le partenariat privilégie une approche ascendante. Les
initiatives sont souvent le fait d'organisations locales -
gouvernements, entreprises et financiers qui créent des modèles
extensibles et reproductibles de développement du marché des
énergies propres. Beaucoup utilisent des approches financières
novatrices et de nouveaux modèles d'entreprise qui s'attaquent aux
barrières au plan local. Le but est de récompenser la réflexion
novatrice et de reconnaître le potentiel.
Pour exemple, le mécanisme de financement mis en place avec la
Fondation Fiorello H. LaGuardia a créé un fonds de financement pour
faire des énergies renouvelables un intrant du développement
économique rural. Ce mécanisme a mobilisé des fonds à
l'échelon local au profit de systèmes agricoles basés sur l'énergie
renouvelable à João Pessoa au Brésil. Les petits fermiers ont
utilisé les prêts pour acquérir la technologie: micro-irrigation
combinée à des pompes solaires et des biodigesteurs pour la
production de biogaz et d'engrais bio. Ils ont aussi financé des
séchoirs solaires pour le séchage des fruits et des épices.
PFAN: Réseau consultatif pour le financement
privéCette approche hybride du financement a été reprise au
Mozambique dans le cadre de l'initiative du Réseau consultatif pour
le financement privé (PFAN) soutenue par REEEP.
Les pays en développement sont confrontés à un autre problème:
l'absence de points de vente proposant une énergie propre,
particulièrement dans les régions rurales. Ce problème est aggravé
par le manque d'accès au financement du commerce et du crédit à la
consommation; les populations peuvent emprunter pour acheter des
biens de consommation courants et des voitures, pas des systèmes
énergétiques propres.
Fonds de développement pour une infrastructure
durable à petite échelle (S3IDF)
REEEP collabore avec S3IDF dans l'État de Karnataka
en Inde à la mise sur pied de chaînes logistiques pour des lampes
fluorescentes compactes, des autocuiseurs efficaces, des fours et
des lanternes solaires. S3IDF fait aussi appel à des
institutions de microcrédit et fournit des garanties pour permettre
aux familles, aux boutiques et autres points de vente d'acheter des
systèmes. S3IDF tente également de vendre les réductions
d'émissions certifiées réalisées dans le cadre de ses initiatives
sur les marchés du carbone volontaires via des mécanismes comme
Gold Standard (autre initiative appuyée par REEEP) à des fins de
cofinancement.
CDP: Projet de publication volontaire des
émissions carboniques
Le monde des affaires devient un puissant moteur des
investissements liés aux énergies renouvelables et à l'efficacité
énergétique, et il est poussé en ce sens par les stratégies de
responsabilité sociale d'entreprise. C'est ainsi que REEEP a conclu
avec le CDP un partenariat de longue date qui intègre des mesures
sur les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique dans le
cadre de l'évaluation de l'empreinte carbone des 500 premières
entreprises du classement du Financial Times. Actuellement, REEEP
et le CDP collaborent à l'analyse des mesures sur l'utilisation des
énergies renouvelables et l'efficacité énergétique des plus grandes
entreprises publiques (200 pour l'Inde et 100 pour le Brésil, la
Chine et l'Afrique du Sud). Un rapport, publié au second trimestre
2010, permettra de cerner les niveaux actuels d'engagement et
d'investissement du secteur privé dans ces pays du groupe
BASIC.
Au rang des enseignements importants tirés de ces initiatives
locales, toujours inachevées, figurent:
- Le microcrédit peut jouer un rôle majeur dans le
développement de marchés pour les petits systèmes et dispositifs
énergétiques sobres en carbone mais seules les niches de
marché sont concernées par les réalisations. Les trois
facteurs essentiels auxquels s'attaquer pour renforcer le rôle du
microcrédit dans les énergies propres sont: gestion des coûts de
transaction, gestion des risques liés au crédit et disponibilité de
ressources financières à bas coût et à long terme.
- On pense que les populations pauvres des zones
urbaines/péri-urbaines et rurales ne peuvent assumer le coût des
énergies sobres en carbone. Or la majorité des pauvres ont une
facture énergétique élevée par rapport à leur revenu. On croit
aussi que les services énergétiques sobres en CO2 sont mieux aux
mains d'organisations à but non lucratif. Mais fournir des services
énergétiques aux pauvres est une activité rentable où les
principes et les entreprises à but lucratif ont un rôle accru à
jouer.
- Le secteur privé doit s'investir plus activement dans
l'adoption des énergies propres par les pays en développement afin
de renforcer l'ampleur et l'impact de la transition. Alors que
l'intérêt pour les énergies renouvelables ne se tarit pas, il faut
que les politiques publiques réglementent et fournissent des
incitations pour que l'action publique les fasse évoluer du domaine
de la responsabilité sociale vers le courant commercial
dominant.
L'expérience de REEEP basée sur les 130 projets financés au
cours des cinq dernières années dans plus de 50 pays en
développement, montre que le déploiement des énergies renouvelables
et de l'efficacité énergétique pourrait être accéléré par des
approches novatrices du financement, des initiatives
institutionnelles et de nouvelles opportunités commerciales.
Sites Internet utiles
Aperçu
des projets de REEEP en cours
Fiorello H.
LaGuardia Foundation
PFAN
S3IDF
Carbon Disclosure
Project
Gold Standard
Foundation