La part du commerce Sud-Sud de marchandises (importations) dans
le commerce mondial est passée de plus de 10% en 1995 à près de 20%
en 2008 (voir le tableau page 21), soit $E.-U. 3,1 milliards. Plus
de 70% de ce commerce concerne l'intra-Asie, 6% les échanges
intra-régionaux d'Amérique latine et des Caraïbes, et 2% le
commerce intra-africain. Les grands acteurs du commerce Sud-Sud,
intra-régional notamment, sont le Brésil, l'Inde, l'Arabie
saoudite, Singapour et surtout la Chine qui domine ce marché (plus
de 40%). Les chiffres révèlent le fort potentiel de croissance du
commerce Sud-Sud, notamment en Afrique, en Amérique latine et aux
Caraïbes, ainsi que du commerce inter-régional vers un nombre plus
important de pays en développement.
En 2009, le commerce Sud-Sud a beaucoup souffert de
l'effondrement du commerce mondial dans le sillage de la récession
mondiale mais son dynamisme et le fait que la relance des échanges
dans les économies émergentes a été plus rapide que dans les pays
développés laissent entrevoir une reprise des courants d'échange
dans le Sud. De plus, les pays développés, destination
traditionnelle des exportations du Sud, sont confrontés à de
faibles perspectives de croissance, qui affaiblissent la demande
d'exportation du Sud. La résistance affichée du commerce Sud-Sud
face à la crise mondiale et son potentiel de croissance témoignent
donc d'une évolution de ces marchés. Il faut encourager et
développer le commerce Sud-Sud pour qu'il devienne une source de
demande intérieure (plus dynamique) agissant comme un rempart
contre les chocs économiques mondiaux à venir.
Essor du commerce intra et
inter-régional
L'essor du commerce Sud-Sud s'est doublé d'accords commerciaux
régionaux entre pays en développement ainsi que d'un élargissement
et d'un renforcement de la coopération. Ces développements ont
contribué à lever les obstacles, commerciaux notamment, qui
entravent cet essor. Les groupements régionaux d'intégration
économique d'Afrique, d'Asie et du Pacifique, et d'Amérique latine
et des Caraïbes ont consolidé leurs accords de libre-échange et
ceux d'union douanière, tels que le Marché commun du Sud
(MERCOSUR), le Marché commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique
australe (COMESA), l'Association sud-asiatique de coopération
régionale (ASACR) et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est
(ANASE). Certains ont élargi la coopération pour inclure le
commerce des services, notamment la Communauté de développement de
l'Afrique australe (CDAA), d'autres ont développé une politique
commune de concurrence, comme l'Union économique et monétaire
ouest-africaine (UEMOA), et d'autres encore ont institué des
mécanismes de coopération monétaire et financière, tels que Banco
del Sur ou l'Initiative de Chiang Mai.
Au plan interrégional, le troisième cycle des négociations
relatives au Système global de préférences commerciales entre pays
en développement (SGPC) devrait servir de catalyseur à la création
d'emplois et à l'expansion entre pays en développement des
différentes régions (voir encadré). Actuellement le SGPC est
sous-utilisé, du fait entre autres, du petit nombre de produits par
concession (environ 1 900) et du nombre limité de concessions
(actuellement les concessions par pays concernent un à 100
produits).
Aujourd'hui, plus d'un tiers des échanges Sud-Sud de
marchandises concerne le secteur manufacturier à haute intensité de
compétences (biens électriques et électroniques, incluant
les pièces et composants), les machines et appareils
mécaniques, et l'équipement pour les ordinateurs et les
télécommunications. Les exportations de carburants sont également
importantes tout comme celles de nourriture entre l'Afrique et
l'Asie. Ces secteurs enregistrent une croissance dynamique depuis
1995. La hausse des exportations Sud-Sud de produits manufacturés
est due à la progression du commerce de pièces et composants
industriels, et de biens finis suite aux régimes régionaux de
partage de la production. Ceci vaut particulièrement en Asie de
l'Est grâce aux économies émergentes indienne et chinoise et à
leurs entreprises ainsi qu'à la demande générée par les revenus de
la classe moyenne émergente. L'essor du commerce Sud-Sud s'est
accompagné d'une hausse des investissements Sud-Sud, signe d'une
participation active des entreprises. Les sociétés du Sud
découvrent les opportunités commerciales multiples et rentables
dont ils peuvent tirer partie dans d'autres pays en
développement.
Sortir de la dépendance vis-à-vis des matières
premières
Le commerce Sud-Sud a le potentiel d'orienter le commerce et les
relations productives connexes inter-pays vers des biens (et
services) à plus haute valeur ajoutée et à haute technicité. Il
peut aider de nombreux pays en développement à sortir de la
dépendance vis-à-vis des matières premières même si parfois le
commerce des matières premières garde sa prééminence, comme dans
les économies émergentes, qui cherchent auprès de pays en
développement la nourriture, l'énergie et des produits minéraux
pour venir en aide à leur population et à leurs industries en plein
essor.
Parallèlement, ces économies émergentes ont commencé à
développer des accords de coopération économique plus vastes avec
des pays en développement afin de renforcer leurs capacités de
production. Certaines, comme l'Inde et le Brésil, ont élaboré, pour
les pays les moins avancés (PMA), des régimes commerciaux sans
droits de douane ni quotas, susceptibles de stimuler leurs
échanges, notamment lorsque ces régimes sont appuyés par des
programmes d'Aide pour le commerce en vue de développer les
capacités de production des PMA et d'encourager la participation du
secteur privé à des opportunités d'investissement et de commerce
entre pays. Ces régimes de production combinée au commerce peuvent
déboucher sur des gains de développement pour toutes les parties
engagées.
Rôle clé du secteur privé
Un autre facteur essentiel tient à ce que le commerce Sud-Sud
n'est plus piloté par les gouvernements mais par des facteurs
économiques, notamment les entreprises. Les gouvernements aménagent
toujours un environnement favorable, via notamment la consolidation
d'accords commerciaux régionaux ou le SGPC, mais ce sont les
entreprises du Sud qui prospectent et exploitent les nouvelles
opportunités d'investissement et de commerce. Ce qui pourrait en
partie expliquer la gamme de produits plus vaste offerte par le
commerce Sud-Sud par rapport au commerce Nord-Sud, notamment dans
le contexte intra-régional. Une expansion de ce commerce
stimulerait donc la diversification économique.
Si de nombreuses grandes entreprises sont actives dans le
commerce transfrontalier formel, les PME doivent s'y tailler une
place. De nombreuses PME s'engagent actuellement dans le commerce
frontalier informel, notamment dans la vente au détail.
L'amélioration des mesures de facilitation du commerce, les options
de financement du commerce, la gouvernance en douane et les
co-entreprises peuvent aider ces PME à développer leurs activités
grâce au commerce Sud-Sud. On pourrait aussi développer les
partenariats triangulaires entre les entreprises du Nord et du Sud
dans le but d'exploiter les opportunités commerciales
régionales.
Enfin, la durabilité du commerce Sud-Sud dépendra de la
répartition équitable des bénéfices entre les pays, les personnes
et les entreprises. Il faut s'assurer que ceux qui risquent d'être
négativement affectés par la libéralisation et l'expansion du
commerce Sud-Sud bénéficient de nouvelles opportunités génératrices
de revenus. Ainsi, en dopant le commerce tout en renforçant son
équité entre les partenaires commerciaux, le commerce Sud-Sud
devrait promouvoir le développement de tous.
TENDANCES DU COMMERCE SUD-SUD
1995-2008
| COMMERCE MONDIAL ($E.-U. MILLION) | COMMERCE SUD-SUD ($E.-U. MILLION) | PART DU SUD DANS LE COMMERCE MONDIAL (% ARRONDI) |
| 1995 | 5 080 211 | 545 227 | 11% |
| 2000 | 6 476 208 | 794 817 | 12% |
| 2005 | 10 508 914 | 1 696 566 | 16% |
| 2008 | 16 204 930 | 3 088 750 | 19% |
Source: Système d'information sur le commerce Sud-Sud de la
CNUCED.
TROISIÈME CYCLE DES NÉGOCIATIONS SUR LE
SGPC
CNUCED XI
L'accord relatif au Système global de préférences commerciales
entre pays en développement (SGPC) a été institué en 1988 en tant
qu'instrument pour l'échange de préférences commerciales entre pays
en développement, en vue de promouvoir le commerce entre ces pays.
Il a été conçu comme un instrument dynamique de coopération
économique, procédant par étapes successives de négociation.
Le troisième cycle des négociations a été lancé en juin 2004
lors d'une réunion ministérielle du Comité des participants
organisée pendant la CNUCED XI. Un comité de négociation supervise
les pourparlers dans deux secteurs: l'accès au marché et
l'élaboration de règles. Les principaux problèmes liés à l'accès
aux marchés concernent les produits inclus et exclus du processus
de libéralisation, les marges de préférence appliquées et la
formule pour réduire les tarifs. À cet égard, le 2 décembre 2009,
les ministres des pays en développement participants sont, entre
autres, convenus d'appliquer une réduction linéaire ligne par ligne
d'au moins 20% sur au moins 70% de leurs lignes tarifaires
taxables. Celle-ci concernera les droits au titre de la nation la
plus favorisée (NPF) appliqués à la date d'importation. L'Algérie
et l'Iran, qui sont engagés dans le processus d'adhésion à l'OMC,
bénéficieront d'un traitement et de flexibilités différents.
Les ministres ont également décidé que les participants devaient
soumettre leurs offres fin mai 2010 sous forme d'une liste des
concessions tarifaires, qui seront finalisées d'ici septembre 2010.
Sur les 43 pays participant au SGPC, 22 sont engagés dans le
troisième cycle des négociations. La conclusion du cycle sur la
base des modalités adoptées par les ministres constitue une avancée
importante pour le SGPC et le commerce Sud-Sud, notamment par
l'ouverture de nouvelles opportunités commerciales pour les
entreprises du Sud.