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  • UN AVENIR DURABLE POUR LE TOURISME INDIGÈNE

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    Un avenir durable pour le tourisme indigène

    Équipe éditoriale du Forum du commerce
    juillet 01, 2011

    L’engouement que suscite au plan mondial le tourisme culturel et l’écotourisme est l’occasion pour les communautés indigènes des pays en développement de positionner leur produit unique au sein du secteur touristique mondial. Via des partenariats stratégiques, un renforcement des compétences et des pratiques durables, elles peuvent offrir une expérience touristique attentive à la fois à leur culture et à leur potentiel commercial à long terme.
     

    Q&R AVEC JOHN MORSE – CONSEILLER EN TOURISME INDIGÈNE
    Ancien Directeur général de la Commission australienne du tourisme. Actuellement, il aide les communautés aborigènes d’Australie à créer des entreprises écotouristiques. 

    FC:Comment créer un produit touristique indigène viable sans négliger pour autant l’environnement et la culture de ces communautés?

    JM: Même si c’est parfois difficile, les populations indigènes doivent admettre que leur culture a une valeur commerciale. Concernant l’approche du tourisme indigène, mon mantra a toujours été ‘haut rendement et faible impact’. En d’autres termes, ces communautés doivent attirer le plus faible nombre de touristes dépensant autant d’argent que possible pour avoir l’immense privilège d’apprendre et de partager sur la culture et les populations aborigènes.

    FC:Avec l’intérêt croissant que suscite le tourisme culturel, comment ces communautés peuvent-elles tirer parti des opportunités liées à cet engouement?

    JM:Elles doivent exploiter une chose qu’elles ont en commun: un attrait touristique que le reste du monde veut découvrir. Le tourisme au XXIème siècle est fait de gens qui se connectent entre eux, à la planète et à la culture, et qui vivent des expériences concrètes plutôt que photographiques. La demande mondiale de ce type d’expériences croît et les gens veulent apprendre, découvrir et vivre de riches expériences culturelles.

    Les communautés sont aussi avantagées par la mondialisation et l’homogénéisation de la planète dans la mesure où les cultures autochtones sont capables de maintenir un produit touristique unique. De ce fait, les peuples indigènes du monde entier peuvent accroître recettes et revenus pour leurs communautés, et reconnaître l’intérêt à protéger leur culture. C’est aussi l’occasion, pour les entreprises connexes, de s’en sortir en vendant des produits et services culturels et des spécialités culinaires indigènes.

    FC:Quel rôle jouent les partenariats dans votre stratégie du tourisme indigène?

    JM:Les communautés indigènes ont le ‘produit’ mais n’ont souvent aucune compétence en matière d’administration des affaires et de marketing, aucun capital et, surtout, pas d’accès à l’industrie du tourisme classique. Grâce aux partenariats, elles peuvent se concentrer sur le développement et la fourniture du produit (expérience) et les partenaires peuvent les aider à bâtir le potentiel commercial – c’est la vraie recette du partage des valeurs.

    FC: Qui sont les principaux acteurs du modèle de partenariat?

    JM:Ils sont tous issus des circuits de distribution. Cela va des personnes qui proposent le produit jusqu’aux institutions financières qui les soutiennent en passant par les voyagistes, grossistes et détaillants, qui vendent leurs produits aux consommateurs. Mais il existe un circuit parallèle: l’Internet. Au fil du temps, il va s’imposer comme un moteur du développement du tourisme, permettant notamment aux PME de se connecter directement avec les consommateurs. A l’avenir, ceux-ci rechercheront par eux-mêmes des expériences indigènes et les communautés autochtones devront se pencher sur la façon d’exploiter ce marché. L’impact sera d’autant plus grand que les touristes feront montre d’une plus grande indépendance d’esprit et deviendront des internautes confirmés capables de surfer et de faire des réservations en ligne. Cela pose également aux détenteurs de produits un défi immédiat lié au renforcement des compétences.

    FC:Quel rôle joue le gouvernement au plan de la facilitation du tourisme au sein des communautés indigènes?

    JM :Il va sans dire que l’appui gouvernemental est le garant de la réussite du tourisme indigène. Les gouvernements doivent penser à ces communautés en termes de long terme et de cohérence. Ils doivent privilégier une approche du développement du tourisme indigène graduelle, lente et axée sur le long terme pour avoir une meilleure chance de réussir et de réduire le risque de compromettre la culture.

    FC:Quels sont les pièges à éviter?

    JM: Il faut se méfier des personnes ou des organisations qui veulent utiliser la culture indigène pour leur propre compte sans en faire profiter les communautés. Il est aussi dangereux de viser un développement trop rapide. Il est important que le tourisme mette la culture en avant et celle-ci doit être protégée. Il en va de l’avenir des cultures indigènes, des générations futures et de la pérennité de leurs traditions.

     

    LES SIX CLÉSdu succès
     

    1.   Viser un haut rendement et un faible impact

    2.   Créer des expériences culturelles enrichissantes

    3.   Nouer des liens avec des fournisseurs locaux

    4.   Encourager les bons partenariats pour augmenter l’activité

    5.   Renforcer la capacité liée à la technologie entreprise-particulier (B2C)

    6.   Maintenir l’intégrité culturelle – soyez réaliste.