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    Tourisme pro-pauvres : Élargir les opportunités - Réduire la pauvreté dans les pays en développement via le tourisme

    Fabrice Leclercq, Conseiller principal en promotion du commerce, et Anne E. Buchner, Programme de réduction de la pauvreté, ITC
    juillet 01, 2011
    issue 02 2011 Pro-poor tourism figure French

    Le Conseil mondial des voyages et du tourisme prévoit que l’industrie touristique va devenir, d’ici 2021, un des secteurs dont l’expansion est la plus rapide; elle devrait créer près de 66 millions d’emplois et représenter 9,6% du PIB (soit une hausse de 9,1%).  

    Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), les arrivées de touristes internationaux dans les pays en développement sont à la hausse et le tourisme s’impose de plus en plus comme un moteur du développement, des exportations et de l’emploi. Les touristes privilégient de plus en plus les attractions culturelles et naturelles des régions rurales, augmentant du même coup les opportunités de réduction de la pauvreté dans les pays en développement du fait de leur avantage comparatif. Le fait que deux-tiers des personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont des ruraux renforce le potentiel pro-pauvres, selon le Rapport sur la pauvreté rurale 2011 du Fonds international de développement agricole. Le tourisme est une activité à forte intensité de main-d’œuvre, porteuse d’opportunités d’emploi même pour les personnes peu qualifiées. Considérant la nécessité de former les fournisseurs nationaux et de renforcer leurs capacités, et en coopération avec les prestataires internationaux et régionaux, le tourisme offre de meilleures opportunités de faire reculer la pauvreté. En outre, l’OMT estime que le tourisme emploie davantage de femmes et de jeunes, proportionnellement plus désavantagés. Les chiffres ci-après résument la chaîne de valeur du tourisme le long de laquelle des emplois, directs et indirects, peuvent être créés. 

    Dans le même temps, le développement économique fondé sur le tourisme ne se fait pas sans à-coups. Le secteur touristique est compétitif et vulnérable aux catastrophes naturelles et à l’instabilité économique, et les communautés pauvres ne profitent pas automatiquement du tourisme du fait d’importantes ‘pertes économiques’, les principaux acteurs de l’industrie préférant souvent importer les biens et les services.  

    Pour créer des liens, il est essentiel de considérer les différents niveaux d’intervention: producteurs, acheteurs clés, institutions d’appui et décideurs nationaux. De même, il est crucial que les pays en développement créent un cadre politique cohérent, développent des institutions effectives et efficaces, et stimulent le secteur privé proactif afin d’exploiter leur avantage comparatif. En outre, la stratégie nationale de développement du tourisme doit inévitablement tenir compte des problèmes au-delà du secteur et nouer des liens transsectoriels, selon un document de travail du PNUD datant de 2011 (Tourism and Poverty Reduction Strategies in the Integrated Framework for Least Developed Countries). Il faut s’attaquer au manque d’infrastructures appropriées et à la faiblesse des institutions ainsi qu’à la sécurité et à l’instabilité politique afin d’accroître l’attractivité d’un pays pour les investisseurs et les touristes.  

    Malheureusement, la coopération internationale pour le développement n’a pas suffisamment donné la priorité au tourisme. Son fort potentiel pro-pauvres doit inciter les décideurs nationaux et internationaux à lui accorder plus d’attention. L’ITC a mis en œuvre des projets de tourisme inclusif en 2003 dans le but d’intégrer les producteurs locaux, de produits agricoles ou artisanaux par exemple, dans les chaînes de valeur du tourisme prometteuses, d’améliorer les capacités entrepreneuriales et de créer des emplois.  

    Par exemple, en 2003, l’ITC a lancé un projet touristique sur la Côte des cocotiers au Brésil; celui-ci inclut des activités de renforcement des capacités dans l’agriculture bio, l’art et l’artisanat, l’hôtellerie, l’informatique, l’anglais, l’éducation environnementale, le design et l’apiculture, en collaboration avec des partenaires spécialisés. Par ailleurs, une usine de traitement des déchets bio a été construite; elle fournit de l’engrais balancé à des taux subventionnés à 300 fermiers. 

    Aujourd’hui, 70% des 3 000 bénéficiaires du projet ont trouvé un emploi (majoritairement dans neuf hôtels 5 étoiles partenaires) et le revenu mensuel des 390 artisanes locales est passé de $E.-U. 40 à $E.-U. 250. Le pourcentage de la population gagnant moins d’un salaire minimum a reculé de 40% à 28%. Le succès de ce projet et de projets similaires confirme que, dans les PMA, le tourisme est un outil efficace contre la pauvreté.