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    Sierra Leone: Le gingembre relance l'économie

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 1/2007 , © Centre du commerce international 
     

    © CCI/R. Franz Des femmes trient et préparent le gingembre pour l'exportation.

    Après des années de guerre, les autorités de la Sierra Leone chargées du développement des exportations cherchent à relancer la culture du gingembre pour faire reculer la pauvreté. Cet article est basé sur l'interview d'Abu Bakkar Kebbay de l'Agence de développement des exportations du Ministère du commerce et de l'industrie.

    «Onze années de guerre civile (1990-2001) ont fait 1 million de réfugiés et largement détruit nos services. Les Nations Unies ont classé la Sierra Leone parmi les pays sûrs en 2002 mais certains ignorent encore qu'elle est en paix et les hommes d'affaires ont toujours à l'esprit les atrocités commises,» déclare Abu bakkar Kebbay. «La Sierra Leone n'attire pas les milieux d'affaires. Nous n'arrivons pas à nous défaire de cette image de pays en guerre.»

    Pour réintégrer les réfugiés et les fermiers internes déplacés qui reviennent, le nouveau Gouvernement a cherché à revitaliser les secteurs prospères avant la guerre, notamment celui des épices, qui offre de nombreuses opportunités de création d'emplois et donc de réduction de la pauvreté.

    Les épices disposent aussi d'un fort potentiel d'exportation. Dans sa quête pour doper l'économie, le Gouvernement a cherché à encourager la création de nouvelles entreprises et les opportunités d'exportation offrant un fort potentiel de croissance. Dans ce contexte, il a fait du développement du secteur des épices en général, et de la production et de l'exportation de gingembre en particulier, une priorité de sa stratégie de développement économique axée sur la création d'emplois et de revenus pour les fermiers déplacés.

    Des emplois et des revenus

    Un débouché concerne l'exportation de gingembre de qualité supérieure vers l'Europe, afin d'assurer des revenus aux groupes les plus pauvres et de procurer des emplois, aux femmes notamment.

    Le Gouvernement avait déjà par le passé tenté de relancer l'exportation de gingembre mais le projet dû être abandonné pour cause de conflit. Autrefois prospère, le commerce du gingembre sierra-léonais n'a pas résisté à la concurrence des pays asiatiques, qui produisaient un gingembre très apprécié des pays occidentaux.

    En 2002, dans le cadre d'un programme d'assistance, la Chine a fourni 53 tonnes de graines de gingembre à l'Agence de promotion de l'exportation et de l'investissement de la Sierra Leone (SLEDIC), qui les a distribués aux chefferies des régions productrices de Moyambo et Kambia en assurant en parallèle une formation et des démonstrations sur le terrain. Mais les mauvaises pratiques agricoles et la méconnaissance du produit ont restreint la récolte.

    En octobre 2003, le Ministère du commerce a sollicité l'aide du CCI pour développer les exportations de gingembre. Le CCI a conçu un programme visant à procurer travail et revenu à plus de 9 000 fermiers de subsistance, majoritairement des femmes, qui représentent plus de 60% de la main-d'œuvre agricole de la Sierra Leone.

    L'évaluation préliminaire des conditions de l'offre et de la demande menée par un expert international a conclu que l'amélioration des méthodes et de la technologie permettrait d'exporter du gingembre conditionné vers l'Europe dès la seconde année de production. L'épluchage, le séchage et la transformation du gingembre ajoutent de la valeur à hauteur d'environ 90% et créent des emplois pour les femmes sur les exploitations.

    Demande insolite de téléphones mobiles et vélos

    Le CCI a organisé un atelier technique sur le traitement post-récolte du gingembre et fourni des informations sur la demande, les tendances et la promotion des marchés.

    Il a aussi envoyé deux fonctionnaires de la Sierra Leone (un coordinateur de l'expansion agricole et un spécialiste du développement des exportations) en Inde, qui est le plus grand producteur et exportateur de gingembre de qualité.

    En Sierra Leone, le gingembre est consommé sous forme de boissons plutôt que d'épice alimentaire. Il possède un arôme et un goût puissants et est utilisé pour ses propriétés hypotensives. Les fonctionnaires sierra-léonais ont trouvé un débouché pour leur gingembre local - cultivé sur une surface cinq fois plus grande que celle du gingembre amélioré: le marché indien des huiles essentielles.

    Le projet, qui a coûté US$ 100 000, incluait la fourniture de motos, de vélos et de téléphones mobiles aux agronomes et aux agents de vulgarisation. Les téléphones et les vélos ont facilité la collecte et la diffusion des données ainsi que le suivi et l'évaluation du projet, notamment pendant la saison des pluies.

    Grâce aux ateliers de formation et d'information organisés dans les régions productrices, les agriculteurs ont, dès la fin de la troisième année, quadruplé leur rendement et remboursé aux chefferies leur dû.

    Les premières exportations en 22 ans

    Pour la première fois depuis 1984 et au bout de trois ans de culture, la Sierra Leone a exporté à titre d'essai quatre tonnes de gingembre (deux de la variété chinoise et deux de la variété locale) en 2006. Les acheteurs étaient des importateurs de 11 pays, dont l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Inde, le Nigéria, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. En 2007, elle prévoit d'exporter 80 tonnes de gingembre séché, qui correspond à 320 tonnes de gingembre frais.

    Les tests indiquent qu'il est de bonne qualité, sans aflatoxines et conforme aux normes de l'Association européenne des épices. Le CCI a financé ce test d'assurance de qualité, qui garantit aux exportateurs des revenus supérieurs.

    Jusqu'ici, le projet a créé 150 emplois pour les conditionneurs et 30 pour les contremaîtres, les chargeurs, les transporteurs, etc. Les droits de port ont également généré des revenus pour le Gouvernement.

    Actuellement, la culture du gingembre dépend de la disponibilité des graines. C'est pourquoi l'Agence de développement des exportations entend garantir au moins 50 tonnes d'ici mi-2007 afin d'élargir le projet.

    Échanges fructueux

    La formation du CCI s'est déroulée dans le cadre de la coopération technique entre pays en développement, qui permet aux agriculteurs/experts de nouer des liens en Inde, au Kenya, en Ouganda et en Sierra Leone.

    Ainsi, la coopération entre le Kenya et la Sierra Leone peut renforcer le commerce intra-africain. 

    Pour plus d'information, contactezRamin Granfar, Administrateur principal en promotion du commerce, CCI. 

    Cet article est tiré de rapports de C.K. George et Roger Clarke, consultants auprès du CCI. 

    Interview de Prema de Sousa et Peter Hulm.