Au fur et à mesure que la mondialisation introduit de profonds
changements dans les échanges, le CCI s'active à stimuler les
prestataires de services pour qu'ils s'intègrent aux affaires
internationales. Il aide à mettre en valeur, pour une gamme plus
large de secteurs, la variété des services qu'ils pourraient
exporter. Les associations sectorielles et les chambres de commerce
bénéficiant de l'appui du CCI poussent les sociétés de services à
se lancer dans l'exportation, en particulier les PME des pays non
membres de l'OCDE.
Une révolution s'opère dans le secteur des services, même si son
potentiel n'est pas toujours perçu. Les gouvernements et les
associations commerciales ne s'y sont pas bien pris pour rechercher
des débouchés dans ce secteur très varié (voir encadré p. 54, «Les
exportations manquantes»). Par ailleurs, la nature intangible des
services, «des promesses étant vendues, plutôt que des
marchandises», a signifié que les prestataires de services, souvent
de petites entreprises, ne sont pas conscientes du fait qu'elles
exportent.
Un rôle clé pour les services
Toutefois, le rôle clé des services est peu à peu reconnu dans
tous les pays, et un changement s'opère dans la façon de présenter
les services, de les commercialiser, de les vendre et d'en rendre
compte, ce qui éveille l'intérêt accru des exportateurs et des
responsables du développement du commerce partout dans le monde.
Cette évolution s'est accélérée avec l'avènement du numérique, dans
les années 1990, qui a déclenché de nouveaux mécanismes puissants
facilitant le commerce des services (voir encadré p. 55,
«Exportations de services»). Ce secteur a également progressé grâce
à une définition commune du commerce des services adoptée lors des
négociations du Cycle d'Uruguay sur l'Accord général sur le
commerce des services (AGCS) (voir encadré p.54, «Cycle
d'Uruguay»). Le CCI, connaissant le potentiel accru pour les
entreprises des pays en développement, a rapidement cherché à
intégrer le commerce des services à ses activités.
Un programme qui évolue
Habituellement, le CCI proposait des publications et de la
formation pour appuyer le développement des exportations du secteur
des services. À présent, avec le soutien de plusieurs donateurs, le
CCI a élaboré des programmes d'assistance technique combinés afin
de mieux contribuer au développement des capacités
intersectorielles en vue de l'exportation de services, notamment en
ce qui concerne les PME des pays en développement. Le CCI a conçu
un programme en six phases pour stimuler l'exportation de services
dans des pays cibles. Le programme parvient à son aboutissement
lorsqu'un pays s'intègre au ServiceExportNetwork; il comprend les
étapes suivantes:
- mener une étude de capacité et établir une base de données pour
l'association de services;
- déterminer les leaders locaux et procéder à des enquêtes pour
l'association;
- créer des sites portails où les pays bénéficiaires peuvent se
connecter;
- organiser des ateliers de formation pour formateurs destinés
aux PME, associations de services, chambres de commerce et organes
gouvernementaux;
- organiser une réunion régionale de réseau pour les
associations, et conseiller les gouvernements sur leur rôle de
promoteur du commerce des services.
Les réactions des pays participant au programme dans le monde ont
permis au CCI d'identifier des questions spécifiques et de les
traiter. L'une d'elles est de concentrer l'assistance sur les
femmes qui exportent des services. Dans le monde, 86% des femmes
entrepreneurs agissent dans le secteur des services. Pourtant, très
peu de femmes participaient auparavant aux séminaires sur
l'exportation de services du CCI. Sachant cela, le CCI a invité
systématiquement les femmes d'affaires à ses réunions, au niveau
national et régional, principalement par le biais de leurs
associations. À présent, grâce ces efforts, 30% à 40% des
participants aux ateliers sont des femmes. De plus, le CCI a établi
un répertoire des associations de femmes entrepreneurs afin
d'encourager la création de réseaux internationaux de femmes
d'affaires.
À propos des nouvelles préoccupations et activités du CCI dans
l'appui aux exportations de services, M. Peter Walters, Directeur
de la Division du développement des produits et des marchés du CCI,
fait ce commentaire: «Même sur une courte période, nous avons
travaillé avec nos partenaires pour faire savoir que les
exportations de services sont importantes pour les pays en
développement. C'est particulièrement vrai pour les petits pays
insulaires où les exportations de services, y compris le tourisme,
constituent un véritable espoir pour l'avenir, étant donné le
déclin de l'agriculture et le manque de capacités de transformation
de ces économies.»
La reconnaissance croissante de l'importance des services a
poussé les gouvernements, institutions de promotion du commerce et
groupes commerciaux à lancer des campagnes pour renforcer les
capacités nationales ou régionales facilitant les exportations de
services. Les exemples ci-dessous illustrent la diversité des
services proposés à l'exportation.
- Une société de conseil en génie civil offre des services de
conception assistée par ordinateur à des compagnies qui établissent
de nouvelles usines dans une zone industrielle indonésienne.
- Une société chilienne de décoration intérieure aide une station
de villégiature costaricaine à créer un contexte écologique pour
ses bungalows de luxe.
- Une société d'ingénierie australienne conçoit des systèmes de
captage d'huiles usées pour des stations-service en
Thaïlande.
- Une compagnie indienne de traitement de l'information fournit
des cartes de crédit à une firme italienne de crédit à la
consommation.
Tirer profit de la libéralisation
Dans les économies en développement, les sociétés de services
devraient commencer à bénéficier de services offerts à des prix
plus avantageux. Ainsi, dans les secteurs de la finance et des
télécommunications, les négociations de l'OMC ont garanti une
libéralisation croissante qui va faire baisser les prix en raison
de la concurrence. La protection renforcée des droits de la
propriété intellectuelle selon l'Accord de l'OMC sur les aspects
des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce
(ADPIC) devrait bénéficier aux sociétés de services tant sur le
plan local qu'à l'exportation.
Toutefois, la libéralisation entraîne une concurrence accrue
pour les sociétés de services nationales. En effet, la technologie
qui donne les moyens aux firmes des pays en développement d'offrir
des services sur des marchés éloignés permet également à des
fournisseurs éloignés de proposer leurs services dans ces pays.
C'est pourquoi les sociétés de services nationales devront à
l'avenir formuler leurs stratégies en tenant compte du contexte
mondial.
L'exportation de services à partir des pays en développement va
s'installer durablement. Une étude récente a souligné que tous les
pays en développement exportent déjà en moyenne plus de 60 types de
services vers plus de 30 marchés. Cependant, la plupart des pays
examinés ne se rendaient pas compte de la croissance de cette
activité. Bien sûr, si l'on veut profiter de ces nouvelles
possibilités, il faut informer et assurer la formation en vue de
l'application de meilleures méthodes par la collaboration avec les
associations de prestataires de services et les gouvernements. Le
programme d'assistance technique du CCI, conçu pour promouvoir ce
type d'approche, constituera une base essentielle pour la réussite
de l'exportation des services dans de nombreux pays en
développement.
Forte croissance du secteur des services dans le
monde
En 2001, le commerce international des services a dépassé US$
1,4 trillion. Depuis le milieu des années 1980 jusqu'à l'aube du
nouveau millénaire, le secteur des services est celui qui a connu
la plus forte croissance dans le monde. Les services représentent
une part importante de l'économie mondiale, y compris celle des
pays en développement, allant de 39% du PIB du Nigéria à 89% de
celui de Hong Kong (Chine). L'industrie des services prend de plus
en plus d'importance dans les pays les moins avancés où elle
contribue généralement à au moins 45% du PIB. La rapide expansion
du secteur des services génère beaucoup d'emplois et permet de
vaincre la pauvreté. Les services représentent habituellement un
quart des intrants des activités primaires à valeur ajoutée
efficaces. C'est pourquoi la croissance de l'industrie des services
est si importante pour les pays en développement dont le secteur
primaire, comme les industries forestière et extractive, reste
dominant.
«Certains analystes prédisent que d'ici à 2020 les services
s'élèveront à 50% des échanges mondiaux, déclare M. Peter Walters,
du CCI. Une des raisons principales de la croissance exponentielle
des services est le progrès dans les technologies de l'information
et de la communication, qui ont permis de nombreux nouveaux
débouchés pour ce secteur et ont joué un rôle primordial dans la
manière dont on envisage et vend les services. Un des principaux
messages du CCI est qu'on n'est jamais trop petit pour exporter des
services. Une société peut se réduire à une seule personne et
réussir dans l'exportation.»
Les exportations manquantes
Souvent, les exportations de services ne sont pas consignées
dans les statistiques commerciales des pays en développement. Et
même dans les pays industrialisé ne sont-elles pas toujours
enregistrées. Cela donne une impression faussée de l'importance
économique des activités de service tant dans les statistiques
mondiales que dans celles de chaque pays. Ces lacunes sont dues
notamment:
- au regroupement des services liés aux exportations de produits
(formation, maintenance, financement) avec les marchandises
vendues;
- à l'omission d'enregistrer de nombreux services commerciaux
internes à l'entreprise;
- au manque de mécanismes pour exprimer les activités
d'exportation dans le domaine dynamique des services autres que
les transports et le tourisme, en particulier les services
commerciaux;
- à l'incapacité à rendre compte des ventes à des entreprises
étrangères sises dans le marché national, surtout parce qu'il
n'existe aucune infrastructure pour collecter ce type
d'information, et
- à l'ignorance des sociétés de services qu'elles sont en train
d'exporter.
Cycle d'Uruguay: une nouvelle idée des
services
Dans le cadre du Cycle d'Uruguay, les négociations de l'Accord
général sur le commerce des services (AGCS) ont partiellement agi
comme cataly- seur pour une nouvelle conception du commerce des
services. L'AGCS a établi 4 manières d'exporter des services. Pour
la première fois, cela a permis aux entreprises et aux pays
d'évaluer, la valeur économique des services exportés. Un des
accomplissements majeurs de l'AGCS a été de définir quand a lieu
une exportation de services. Chacun des 4 «modes» exposés
ci-dessous constitue un «échange» dès lors qu'une firme locale est
payée par une firme étrangère («non résidente»), indépendamment du
lieu où le service est réellement fourni. Voici les 4 types
d'échanges de services:
Mode 1: La fourniture transfrontière, où seul le service
lui-même traverse la frontière, par exemple l'envoi par courrier
électronique d'un document ou d'un rapport.
Mode 2: La consommation à l'étranger, lorsque le consommateur se
déplace dans le pays où le service est fourni, par exemple quand un
homme d'affaires en déplacement utilise des services.
Mode 3: La présence commerciale, où le fournisseur de services
établit une présence commerciale à l'étranger, par exemple un
bureau temporaire lors d'un projet de construction.
Mode 4: La présence de «personnes physiques», lorsque le
fournisseur de services se déplace pour offrir des services dans un
autre pays, par exemple les mannequins ou les consultants.
La Zambie se bat pour combler son déficit commercial des
services
Dès le milieu des années 1980 jusqu'à récemment, la Zambie
concentrait ses efforts sur l'exportation des marchandises plutôt
que sur celle des services. En 2001, ce pays importait la valeur de
US$ 372 millions de services alors qu'il n'exportait que pour US$
143 millions, ce qui a entraîné un déficit commercial que le
Conseil des exportations de Zambie (EBZ) a décidé de combattre.
L'EBZ a identifié cinq activités de services dotées d'un
potentiel d'exportation: la publicité, les conseils commerciaux,
l'éducation, l'ingénierie et la construction et les services
financiers.
 Photo: Export Board of Zambia
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Fin 2003, la Section du commerce des services du CCI a mis sur
pied une série de séminaires destinés aux PME, chacun comptant avec
la participation de plus de 20 branches de services. Au total, ces
séminaires, administrés par EBZ, eurent plus de 75 participants.
Mme Mirriam Nkunika, Présidente du conseil de direction d'EBZ,
déclara lors de cette réunion: «Peut-être que le plus nécessaire
est d'apprendre comment commercialiser et exporter les services.
Bien que souvent invisibles pour les responsables politiques, les
services jouent un rôle vital pour faciliter tous les aspects de
l'activité économique.» À la suite de ces séminaires, l'EBZ a lancé
son propre programme de conscientisation: il a mis sur pied des
présentations sur l'importance des exportations de services et
sensibilisé le public à travers les médias. Avec ses exportations
potentielles, la Zambie visait l'Afrique du Sud, l'Angola, le
Botswana, le Malawi, la Namibie et la République démocratique du
Congo. Le CCI a ensuite coordonné un programme régional comprenant
le Botswana, la Namibie et la Zambie. |