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  • RENFORCER LA COMPÉTITIVITÉ COMMERCIALE

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    Renforcer la compétitivité commerciale

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2004 

    Pour affronter les difficultés croissantes de la mondialisation, les petites entreprises ont besoin du soutien de leur gouvernement et des institutions. Une approche en trois volets peut les aider à renforcer leur compétitivité: un partenariat plus étroit entre secteurs public et privé, un réseau efficace des agences nationales impliquées dans la chaîne de valeur, et l'emploi optimal des nouvelles technologies.

    La mondialisation a aiguisé la concurrence. La principale difficulté à laquelle les entreprises sont confrontées est de tirer parti des nouveaux marchés et ressources tout en affrontant une concurrence mondiale intense et croissante. Quant aux gouvernements, ils doivent mettre en œuvre des stratégies et des mesures d'appui. Les milieux économiques et les autorités doivent intensifier leur partenariat en vue de renforcer la compétitivité.

    Des facteurs puissants accompagnent la mondialisation: la chute des barrières commerciales, les progrès technologiques rapides, la diminution des coûts de la communication et des transports, les migrations internationales, et les investissements très mobiles. Ces changements sont impressionnants. Ainsi, les droits de douane moyens sur les importations de biens manufacturés sont d'environ 2,1% aujourd'hui, alors qu'ils se montaient à 47% en 1947. Le prix d'un ordinateur a baissé en moyenne de 30% par année en termes réels durant ces 20 dernières années. Depuis le milieu des années 1980, les flux mondiaux de l'investissement étranger direct ont crû de presque 14% par année, soit deux fois le taux de croissance des exportations dans le monde. Le résultat est un marché international toujours plus indifférent aux frontières et règlements nationaux. La mondialisation est irréversible et, dans les pays en développement, a de profondes incidences sur les milieux économiques et leurs rapports avec les gouvernements.

    Les gagnants et les perdants



    L'économie mondiale offre aux entreprises des pays en développement l'accès à de nouvelles technologies, à la compétence, aux marchés et aux ressources financières, c'est-à-dire de meilleures perspectives de croissance vers l'extérieur. Simultanément, elles sont exposées à la concurrence intense d'importations meilleur marché et de firmes étrangères qui se sont installées sur place. Avec la diminution des obstacles commerciaux, le marché national n'existe plus à lui seul. Tout produit ou service offert par une entreprise d'un pays en développement doit répondre aux normes de prix, qualité et livraison en vigueur sur les marchés internationaux.

    Il y aura des gagnants et des perdants parmi les entreprises des pays en développement. Les aspects contradictoires de la mondialisation semblent quelque peu décourageants pour les cadres gouvernementaux et commerciaux. Elle suscite un intérêt grandissant dans la compétitivité commerciale, les partenariats entre secteurs public et privé, et les politiques publiques des pays en développement.

    Qu'est-ce que la compétitivité?



    Le terme compétitivité fait généralement référence aux questions liées à la macroéconomie, telles que les fluctuations des taux de change ou des salaires, ou à celles liées à la microéconomie, comme l'absence d'esprit d'entreprise ou le poids des régulations bureaucratiques excessives sur les affaires. Dans les discussions courantes, les solutions telles que la «dépréciation du taux de change» ou la «suppression des tracasseries administratives» sont souvent avancées comme étant la panacée pour augmenter la compétitivité commerciale. Ce sont en effet des éléments qui influencent la compétitivité, mais ce n'est pas suffisant.

    Les firmes portent la charge



    L'essentiel de la compétitivité repose sur le secteur des affaires. Pour répondre efficacement à la demande mondiale, les entreprises doivent développer des capacités pour exporter en ce qui concerne la technologie, la commercialisation, la gestion, les ressources humaines et le financement. Toutefois, pour renforcer la compétitivité commerciale, en particulier sur les marchés d'exportation, il faut impliquer plus le gouvernement et les institutions d'appui au commerce, qui doivent étayer la compétitivité par une stratégie cohérente. Et le succès de cette stratégie dépend d'un partenariat étroit et actif entre milieux d'affaires et autorités.

    Recourir à l'électronique 

    Les processus difficiles employés pour renforcer la compétitivité commerciale dans les pays en développement requièrent une attention particulière. L'innovation dans l'application des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans le commerce est indiscutablement un moteur de compétitivité. Pourtant, les pays en développement tendent à ne pas produire des TIC, mais plutôt à se servir de technologies importées, obtenues avec les ressources de l'investissement étranger direct et les licences, et avec l'équipement et la main-d'œuvre qualifiée dans le cadre de programmes d'assistance technique.

    Dans les pays en développement, les milieux d'affaires demeurent les principaux agents qui intègrent les capacités technologiques et d'exportation, notamment en ce qui touche à la commercialisation, au savoir-faire, aux compétences financières et à l'expertise liée à la gestion et aux ressources humaines. Cela se produit lorsque les firmes investissent consciemment en vue d'acquérir des connaissances et des technologies pour leur usage productif. Les nouvelles technologies et leur application innovante ne s'obtiennent que grâce à l'expérience, ainsi que par la formation, l'information et la recherche et développement.

    Dans les pays en développement, le renforcement de la compétitivité commerciale est systématiquement lié à la réussite à l'exportation. L'efficacité avec laquelle des entreprises ou un secteur améliorent leurs capacités à exporter peut changer la base de l'avantage comparatif pour tout le pays. Citons pour exemple, les manufactures de vêtements mauriciennes, les producteurs de vin au Chili, les sociétés de logiciels en Inde, les fabricants de biens de consommation chinois et le secteur de l'électronique en République de Corée.

    Un partenariat actif



    Une stratégie cohérente et adaptée à la situation nationale a une grande influence sur la compétitivité commerciale. Un partenariat étroit et actif entre le gouvernement et la communauté des affaires est le pivot d'une bonne gestion stratégique. Généralement, les entreprises s'attachent à accroître leurs profits, tandis que le gouvernement formule et met en place une stratégie. Cependant, dans l'environnement mondial actuel, la réussite implique un changement dans la division du travail traditionnelle. L'accès aux nouveaux marchés et ressources, s'il diminue les risques de concurrence intensive, entraîne pourtant de nouveaux rapports entre les entrepreneurs et le gouvernement. Dans ce contexte, les autorités doivent assumer un rôle d'avant-garde mais pas dominant dans la gestion de la stratégie de compétitivité.

    Quant au rôle du secteur des affaires, il est différent. Les expériences réussies en Extrême-Orient ou ailleurs suggèrent que, dans la gestion de la stratégie de compétitivité d'un pays en développement, les milieux d'affaires, notamment les associations commerciales et les firmes dominantes, peuvent agir à quatre niveaux.

    • Aider les entreprises plus faibles à s'autonomiser, en établissant des centres de formation spécifiques au secteur d'activité, en procédant à des exercices d'évaluation comparative de la productivité et créant des projets de sensibilisation à la qualité, en encourageant les rapports de sous-traitance et en offrant des conseils sur les stratégies de commercialisation efficaces.
    • Aider les gouvernements à combler les lacunes dans l'information par des enquêtes mettant en évidence les obstacles dans les marchés d'exportation, par la participation aux négociations de l'OMC et aux missions de promotion commerciale et par des discussions sur la politique économique avec le gouvernement.
    • Augmenter les capacités du gouvernement en l'appuyant avec des gestionnaires spécialisés dans la finance, la commercialisation et la gestion, dans le cadre de programmes à court terme destinés aux départements gouvernementaux et aux missions de promotion des investissements.
    • Participer à la construction d'infrastructures et d'autres projets nationaux stratégiques grâce au financement privé et à une expertise commerciale et de gestion.


    Le rôle du CCI



    Le CCI possède 40 ans d'expérience dans l'assistance technique pratique en vue d'améliorer la compétitivité internationale et les résultats à l'exportation du secteur des affaires, notamment des PME, dans les pays en développement et en transition. Il œuvre, grâce à des réseaux de partenaires nationaux, au renforcement des capacités visant un commerce durable, aidant les institutions dans leur interaction avec les gouvernements afin de transformer les mesures commerciales en stratégies de développement du commerce pratiques et réussies.

    Le CCI propose des analyses de marché stratégiques, son appui dans la stratégie d'exportation, ainsi que conseils, information et formation dans des domaines tels que le commerce électronique, la gestion des exportations, les achats internationaux, le développement des échanges Sud-Sud et le renforcement des institutions au sein du réseau d'appui à l'exportation national.

    Le Dossier d'outils de la compétitivité, s'étoffe et peut être adapter aux nécessités spécifiques de groupes de clients et d'entreprises dans des secteurs sensibles.




    La mondialisation modifie le commerce



    Des processus sous-jacents à la mondialisation et se renforçant mutuellement augmentent l'importance de la connaissance du marché et de l'usage des technologies pour les entreprises des pays en développement.

    • Concurrence élargie due à l'élimination des obstacles commerciaux. Une concurrence mondiale accrue, associée au démantèlement des obstacles commerciaux et à la diminution des coûts des transports, contraint les entreprises à ajouter de la valeur dans les processus de production si elles veulent concurrencer des rivaux meilleur marché.
    • Changements induits par les TIC dans les processus, produits et services. Des changements révolutionnaires dans les TIC transforment tous les aspects des affaires (les entreprises peuvent dénicher de nouvelles techniques de transformation, gérer autrement les rapports de la chaîne d'approvisionnement et accéder à des marchés distants) et créent de nouveaux produits (télévisions numériques) et services (programmation de logiciels ou opérations de back-office).
    • Apprendre des partenaires commerciaux plus avancés. L'apparition de chaînes de valeur intégrées mondialement, induites par les corporations multinationales, créent «l'avantages du premier» pour les entreprises qui s'intègrent tôt dans des rapports de sous-traitance. Avec le temps, ces entreprises améliorent leur compétitivité grâce à de nouvelles technologies, pratiques de gestion et compétences techniques et commerciales.
    • Normes plus élevées établies par les acheteurs étrangers. Il existe un avantage à accéder une information actualisée sur les marchés et à s'assurer que les processus de production et que la conception des produits sont plus flexibles et adaptés aux changements sur les marchés. Les acheteurs étrangers exigent souvent l'obéissance à des normes plus élevées. Les changements dans la demande des consommateurs, qui veulent des produits plus sophistiqués, adaptés et respectueux de l'environnement, introduisent de nouvelles exigences pour les entreprises.





    Le CCI à la CNUCED XI



    • Salon des outils de compétitivité du CCI - 13-17 juin. Cette exposition propose les outils et produits du CCI destinés à améliorer la compétitivité des pays, des secteurs et des entreprises.
    • Table ronde sur la compétitivité à l'exportation - 7 juin. Le CCI contribue à cette manifestation préliminaire où les participants partageront leurs expériences et suggéreront des points que les pays en développement devraient examiner pour augmenter et améliorer leurs exportations.
    • Renforcer la compétitivité commerciale - 17 juin. Le CCI va présenter les gouvernements, institutions d'appui au commerce et entreprises qui s'attachent à l'amélioration de la compétitivité.




    Une stratégie concurrentielle cohérente



    De nombreux facteurs influencent la compétitivité commerciale des pays en développement, dont les conditions de départ, l'histoire, les ressources naturelles, la taille du territoire, la géographie et la stratégie de compétitivité. Parmi ces facteurs, la cohérence de cette dernière est critique. C'est en tout cas le seul facteur sur lequel on peut jouer. Des réussites (notamment en Chine, au Costa Rica, en Malaisie, à Maurice, au Mexique, à Singapour, en Thaïlande, en Tunisie et en République de Corée) suggèrent que certains types de stratégie marchent mieux que d'autres. Des politiques communes et l'appui institutionnel de certaines stratégies comprennent généralement les éléments suivants.

    • Un environnement macroéconomique stable et prévisible pour l'investissement, caractérisé par un faible déficit du budget, le contrôle strict de l'inflation et des taux de change réels compétitifs.
    • Un régime d'importation libéral, défini par l'absence de contrôles à l'importation, peu de blocages des importations et de règles de préférence nationales, et des droits de douane relativement bas, cela afin d'encourager le secteur des affaires à se restructurer.
    • Une solide stratégie d'exportation pour pousser les PME sur les marchés d'exportation, qui met l'accent sur l'accès hors taxes des matières premières, une organisation de promotion du commerce efficace et un programme de commercialisation des exportations complet pour les PME.
    • Un régime de concurrence nationale effectif, garantissant la libre entrée et la libre sortie pour l'industrie et une autorité régulatrice forte pour traiter des pratiques anticoncurrentielles.
    • Une stratégie dynamique liée aux investissements étrangers, qui vise quelques secteurs et pays hôtes réalistes, crée des bureaux de promotion à l'étranger dans le cadre de partenariats public-privé, des encouragements à l'investissement compétitifs et des processus d'approbation des investissements accélérés.
    • Des procédures et règlements accélérés destinés aux entreprises et visant à diminuer les coûts des transactions commerciales pour les entreprises en démarrage, les taxes administratives, les permis de travail et l'approbation des autorités locales.
    • Des investissements soutenus dans les ressources humaines à tous les niveaux et une augmentation de la formation en entreprise, avec par exemple l'assistance aux associations sectorielles pour entamer des projets de formation et des campagnes d'information pour persuader les PME des avantages de la formation, ainsi que des allégements fiscaux pour la formation.
    • Un soutien technologique complet pour la gestion de la qualité, l'amélioration de la productivité, la métrologie et les services techniques pour les PME (y compris des subsides pour qu'elles puissent se doter de la certification ISO 9000 et créer des centres de productivité, et la commercialisation d'institutions technologiquespubliques).
    • La promotion de grappes industrielles composées de petites et grandes entreprises en vue de maximiser les synergies, par la mise à disposition d'infrastructures clés, d'appui technique, de financement commercial et d'assistance pour la commercialisation à l'exportation.
    • L'accès au financement commercial à des taux d'intérêt compétitifs grâce à une politique monétaire prudente, à la concurrence dans le secteur financier, à la formation du personnel bancaire relative à l'évaluation des risques de prêts aux PME et aux prêts à taux réduit.
    • Une infrastructure efficace et rentable, notamment en ce qui concerne le transport maritime et aérien, les télécommunications, l'accès à l'internet et à l'électricité.
    • Un organe supérieur des secteurs public et privé tel qu'un conseil de la compétitivité nationale, pour formuler et mettre en œuvre une stratégie de compétitivité commerciale.



     


     

    R. Badrinath (badrinath@intracen.org) est Directeur de la Division des services d'appui au commerce du CCI. Ganeshan Wignaraja (gwignaraja@yahoo.com) est Chercheur invité, United Nations University, Institute for New Technologies, à Maastricht, Pays-Bas; il était auparavant Chef du département consacré à la compétitivité et à la stratégie des PME auprès de Maxwell Stamp PLC, à Londres. Cet article résume une étude préparée en vue de la CNUCED XI.