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  • RENFORCEMENT DU RÔLE DE L'AFRIQUE DANS L'ÉCONOMIE MONDIALE

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    Renforcement du rôle de l'Afrique dans l'économie mondiale

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2005 
     

    Photo: CCI/JITAP Cet atelier a rassemblé des fonctionnaires des ministères du commerce, des OPC, des associations de textiles, produits agricoles et services, et un groupe de jeunes entrepreneurs.

    Comment les pays africains peuvent-ils consolider leur expertise afin de promouvoir plus efficacement leurs intérêts lors des négociations commerciales et de tirer profit du système commercial? Les trois organisations de développement du commerce basées à Genève (CCI, CNUCED et OMC) coopèrent pour renforcer la capacité des pays à jouer un rôle plus actif.

    Un problème a dominé la réunion des ministres africains du commerce à Tunis en octobre 1994. Six mois plus tôt, ils avaient pour la plupart signé à Marrakech, au côté de plus de 100 de leurs homologues, l'Acte final reprenant les résultats des négociations commerciales du cycle d'Uruguay organisées sous les auspices de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

    Ils réalisaient déjà que même si pour l'Afrique, leur adhésion à la communauté commerciale internationale constituait une avancée, les accords signés après 8 ans de négociations laissaient à désirer.

    De la difficulté à respecter des accords

    Les agriculteurs et les entrepreneurs africains ont souligné les effets potentiels néfastes sur les revenus de l'ouverture des marchés longtemps protégés aux biens et services des pays développés et des nouvelles restrictions en matière d'aide publique pour leurs propres industries d'exportation.

    Les 40 ans d'expérience accumulée par leurs partenaires des pays développés lors des négociations des accords commerciaux multilatéraux ont certainement fait défaut à la majorité des pays africains. Les dirigeants gouvernementaux étaient cependant convaincus du rôle essentiel du commerce dans la création des richesses nécessaires à la réalisation des objectifs de développement en Afrique. Ils ont demandé à leurs représentants au GATT (devenu en 1995 l'Organisation mondiale du commerce, OMC) de renégocier certains points des accords de Marrakech tout en restant déterminés à mieux se préparer aux futures négociations commerciales et à s'engager plus activement dans les discussions quotidiennes complexes à l'OMC à Genève. Ainsi lors de la Conférence de Tunis, ils ont lancé un appel à la communauté internationale et à trois organisations mondiales liées au commerce afin d'obtenir une assistance en vue de renforcer leur capacité technique nationale et de mieux s'intégrer au système commercial mondial.

    Complémentarités

    Les directeurs du CCI, de la CNUCED et de l'OMC ont entendu l'appel. Durant la CNUCED IX de Midrand (Afrique du Sud), ils ont annoncé leur engagement de développer un programme conjoint en guise de réponse, une première pour un tel projet. Abdelkrim Ben Fadhl, Coordonnateur du programme conjoint, a déclaré: «Il a fallu du temps pour finaliser le concept.»

    Hendrik Roelofsen, Directeur de la Division de coordination de la coopération technique du CCI, ajoute qu'«il ne s'agit pas simplement d'adhérer au concept et d'en accepter les règles. Les pays doivent se doter de la capacité à tirer parti des nouvelles opportunités. Les exportations sont vouées à l'échec sans un respect des normes internationales pour les produits et services, sans un ciblage des marchés et sans une capacité d'approvisionnement».

    Fin 1998, les agences ont lancé le Programme conjoint intégré d'assistance technique (JITAP) auquel ont participé 8 pays pionniers pour une période de 4 ans (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana, Kenya, Ouganda, Tanzanie et Tunisie).

    La communauté des donateurs et les agences ont élaboré un cadre couvrant les 8 pays en vue de gérer, avec les administrateurs du CCI, un Fonds commun d'affectation qui est la principale source de financement.

    La première phase, achevée en 2002, a été une réussite; 8 nouveaux pays (Botswana, Cameroun, Malawi, Mali, Mozambique, Mauritanie, Sénégal et Zambie) ont participé à la 2ème phase. Les 8 premiers pays sont entrés dans une «phase de consolidation» de 2 ans préalable à leur autonomie. Chaque agence est en charge d'au moins un secteur du programme. La CNUCED se consacre surtout au renforcement de la capacité nationale de négocier grâce à la création de comités inter-institutions. L'OMC améliore la connaissance nationale des règles du commerce mondial en créant des centres de référence et des points d'information. Le CCI renforce la capacité d'exportation en aidant les pays à développer le commerce des produits et services dans les secteurs pour lesquels ils disposent d'un avantage concurrentiel. Sous la direction conjointe des 3 agences, une unité de coordination permet de renforcer la capacité humaine par une formation des professionnels, un encouragement à la formation de réseaux et la création dans chaque pays d'un groupe central d'experts.

    Une vision à long terme

    Les spécialistes du CCI, de la CNUCED et de l'OMC ont assuré des programmes régionaux de formation afin de constituer un réservoir de diplômés locaux susceptibles d'assumer les fonctions liées à l'éducation, la diffusion d'informations et la sensibilisation.

    Lakshmi Puri, Directrice de la Division du commerce international de biens et services et de produits de base à la CNUCED, a déclaré que «le JITAP vise avant tout un renforcement des capacités. Nous avons toujours dit que notre objectif n'est pas d'améliorer la performance et le potentiel de l'Afrique dans un but uniquement commercial mais plutôt de la doter d'un puissant outil lui permettant de réaliser ses objectifs en matière de développement, notamment l'allégement de la pauvreté.»

    L'appropriation nationale, facteur de durabilité

    Pour M. Ben Fadhl, un des facteurs clés garantissant le succès à long terme de la stratégie du JITAP tient à la contribution financière et politique des pays bénéficiaires.

    Ils doivent fournir une part importante des fonds nécessaires à la création et au maintien des institutions nationales s'ils veulent réussir à s'intégrer au système commercial multilatéral. Beaucoup l'ont déjà fait et des progrès sont encore à venir. Outre les centres d'information, de référence et de formation, il faut mettre sur pied des comités inter-institutions et des organismes de coordination réunissant différents ministères, le monde des affaires, des organisations non gouvernementales et les milieux universitaires.

    M. Ben Fadhl déclare que «l'engagement national est essentiel à la durabilité des capacités institutionnelles, humaines et de l'entreprise lorsque les pays deviennent autonomes.

    Il s'agit bien d'un partenariat entre agences, pays et donateurs. Grâce à JITAP-II, les pays ont élaboré leur propre document de projet, qui spécifie les objectifs et les modalités d'exécution dans le cadre du budget imparti. Ils savent que d'eux dépend la réussite ou l'échec.»

    Les bénéficiaires enregistrent des résultats

    Selon Wajdi Khemakem, Directeur des relations avec l'OMC au Ministère du commerce de Tunisie: «Au départ, peu de gens étaient familiarisés avec les règles du commerce international. Grâce au JITAP, nous avons pu créer un noyau de spécialistes, dont moi-même, et développer de nouveaux secteurs d'exportation (huile d'olive et industries mécaniques notamment). Sans le programme, nous aurions peiné à réformer le droit commercial et les usages commerciaux pour les aligner sur les normes de l'OMC.»

    Lors d'une réunion sur la gestion du JITAP (Genève, décembre 2004), d'autres pays ont manifesté le même enthousiasme. Peter Elyetu Elimu, fonctionnaire principal en charge du commerce au Ministère ougandais du tourisme, du commerce et de l'industrie a déclaré: «Le travail a été efficace. Les objectifs de renforcement de la capacité ont été atteints, des mécanismes efficaces d'élaboration de politique commerciale et des organismes normatifs sont en place et nous collaborons avec le secteur public au développement d'une stratégie nationale d'exportation. Le commerce international a été intégré aux programmes universitaires et de nombreux diplômés s'orientent déjà vers le secteur public et l'entreprise privée.»

    Ben A. Peasah, fonctionnaire au Ministère ghanéen du commerce et de l'industrie, estime que le savoir-faire acquis grâce au JITAP a permis à son pays d'aligner sur les normes de l'OMC la législation sur les tarifs douaniers et l'évaluation des marchandises ainsi que les lois sur la propriété intellectuelle liée au commerce. Les efforts faits dans le cadre du JITAP pour stimuler les exportations du Ghana ont certainement contribué à la création d'emplois dans le pays.

    Le Kenya estime que le système mis en place par le JITAP sera pérenne une fois l'autonomie acquise fin 2005. Elijah Manyara, Directeur adjoint au Ministère du commerce et de l'industrie a déclaré: «Nous avons renforcé le Conseil de promotion des exportations du Ghana et créé une division de l'OMC au sein du Ministère de l'industrie et du commerce.» Quinze personnes, formées en majorité par le JITAP, travaillent à plein temps sur les problèmes relevant de l'OMC et trois autres sont affectées à la Mission permanente du Kenya à Genève. M. Manyara ajoute: «Nous sommes parvenus à sensibiliser le Parlement kényen à l'importance des questions commerciales renforçant ainsi la détermination au plus haut niveau à garantir la durabilité des résultats obtenus .»

    Programme évolutif

    Selon Brian Proskurniak, responsable du projet à l'Agence canadienne du développement international, le Canada, qui a affecté $Can 7 millions (soit US$ 5,8 millions) sur les US$ 12,6 millions de donations affectées au JITAP-II pour 4 ans, est pleinement satisfait du nouveau programme. «JITAP-I misait sur l'existence d'une capacité dont n'était pas doté l'ensemble des huit pays d'origine. Le projet JITAP-II, élaboré par les pays bénéficiaires eux-mêmes en tenant compte des réalités locales, a été une aventure passionnante. Il souligne l'importance pour les pays africains de prendre leur destinée en mains.»

    Selon le Dr. Kipkorir Aly Azad Rana, Directeur général adjoint de l'OMC, la Conférence ministérielle de l'OMC à Cancún (septembre 2003) a donné des signes de succès très encourageants pour le JITAP. Suite aux profondes divergences entre pays très pauvres et très riches, la réunion n'a pas permis l'avancée espérée concernant l'Agenda de Doha pour le développement lancé fin 2001 dans l'objectif de tirer parti du Cycle d'Uruguay et d'intensifier le processus mondial de libéralisation. Cependant, M. Rana indique que le JITAP a joué un rôle en permettant aux délégations africaines de se rendre à Cancún bien préparées et résolues à s'impliquer activement.

    Les 16 pays devraient être très occupés durant les mois précédant la prochaine réunion ministérielle de l'OMC à Hong-Kong (Chine) en décembre 2005. Suite au cadre adopté par l'OMC en juillet 2004 pour la poursuite des négociations du cycle, on espère que la conférence débouchera sur des accords préalables à des résultats positifs lors des négociations de 2006 (nouveau traité actualisant l'Acte final de Marrakech). Bonapas Onguglo, Adjoint au chef de la Division du commerce à la CNUCED, déclare que «l'accent doit être mis sur la préparation aux négociations».

    Les responsables du commerce estiment que, peu importent les résultats de la réunion de Hong-Kong, les négociations se poursuivront et l'Afrique aura longtemps encore besoin d'un programme tel que le JITAP.

    Pour plus d'information, veuillez consulter le site internet du JITAP: http://www.jitap.org 

    Robert J. Evans est rédacteur indépendant et consultant média basé dans la région de Genève. Il est spécialiste des questions relevant du commerce et de l'OMC.