Partie intégrante de la campagne appelée «Fome Zero»
(Zéro faim), lancée par le Président Lula, le projet Berimbau
promeut l'intégration sociale en incluant la participation les
communautés proches de la station par des activités touristiques,
l'agriculture, la pêche et l'artisanat, en proposant une éducation
de base et la formation professionnelle, et en renforçant la
culture locale.
Le CCI a participé à la mise sur pied du projet en montrant
comment donner de la crédibilité au programme au sein des
communautés locales et auprès des investisseurs. Résultat: le
développement d'une station conçue pour augmenter les gains à
l'exportation par le tourisme a gagné l'appui des communautés
locales et promet d'améliorer durablement le niveau de vie de
personnes auparavant exclues.
Costa do Sauípe est une station offrant un «tourisme de qualité» au
cœur d'une région brésilienne dont l'environnement est protégé, à
70 km de Salvador, capitale de l'État de Bahia. Le développement de
ces installations laisse pourtant encore 54% de la communauté
locale sans revenu régulier. Environ 45% des adultes sont
analphabètes et 23% des travailleurs gagnent moins que le salaire
minimal national. Par conséquent, le projet ne bénéficiait pas du
soutien de la communauté.
En 2003, dans le cadre de la campagne du Président Lula
«Fome Zero» (Zéro faim), le Banco do Brasil a lancé le
Programme «Travail et revenu grâce au commerce» et, pour ce faire,
a recherché un partenaire pour participer aux projets-pilotes.
C'est lors d'une recherche sur l'internet, que cette institution a
découvert le CCI. «Ils m'ont dit qu'ils avaient apprécié notre
approche, car le CCI était la seule institution à se pencher sur la
réduction de la pauvreté d'une façon globale, confie M. Jaime
Crespo-Blanco, depuis longtemps Coordonnateur du Programme de
réduction de la pauvreté par l'exportation du CCI. En effet, nous
ne nous soucions pas uniquement de la santé, de l'aide sociale ou
des emplois.»
En juin 2003, après discussion, le Banco do Brasil et le CCI ont
signé un mémorandum d'accord afin de formaliser leur partenariat,
qui autorisait le CCI à transférer au Banco do Brasil ses méthodes
et outils, dans le cadre d'un projet de réduction de la pauvreté
par l'exportation mis en œuvre au Brésil.
Le CCI a ensuite examiné plusieurs propositions, avant que les
deux institutions choisissent conjointement celle de Costa do
Sauípe, connue sous le nom de projet Berimbau, dans le cadre duquel
le tourisme profite autant à la communauté locale qu'à ses
promoteurs. Pourquoi Berimbau? «Du point de vue stratégique, ce
projet présentait les critères idéaux pour réussir, explique M.
Crespo-Blanco. Il est socialement responsable, issu de l'initiative
privée, incluant notamment des chaînes hôtelières internationales,
le Banco do Brasil ainsi que sa fondation et son fonds de pension.
La population totale susceptible de bénéficier du projet est de 10
000 personnes. Il offre diverses possibilités d'intégrer les
communautés pauvres avoisinantes dans la chaîne de valeur des
produits et services. Enfin, il représente également un véhicule
pratique pour la défense des intérêts au niveau des décisions
politiques, puisqu'il répond aux critères du programme du Président
Lula «Fome Zero.»
Une approche communautaire
Le CCI a perçu plus que la dimension environnementale dans le
projet. En effet, il présente aussi un «triangle durable» qui relie
huit communautés pauvres comme bénéficiaires, un «lien de marché»
socialement responsable (avec quatre chaînes d'hôtels
internationalement reconnues) et une «institution de soutien au
commerce» engagée (Banco do Brasil).
Des activités éducatives et culturelles sont également intégrées
au projet. «Cela a sauvé notre capoeira (mélange d'art
martial et de danse de rue) et notre samba da roda (danse
en cercle)», remarque Janete de Souza Carneiro, Présidente de
l'Association des résidents de Vila Sauípe.
Le sport a aussi bénéficié du programme Berimbau, et la
crédibilité du programme s'est vue renforcée par l'octroi de cette
aide.
Conséquence également du programme, la région de Sauípe s'est
dotée d'une salle communautaire pour y organiser des réunions et de
la formation. L'école a offert de nombreux cours professionnels,
parmi ceux-ci des cours d'alphabétisation donnés à 252 adultes.
Rosevaldo Conceição dos Santos, professeur, observe: «Beaucoup de
gens ont pu entrer sur le marché du travail ou même créer leur
propre entreprise.»
Des personnes âgées de 50 ans apprennent à lire, et des artisans
ont un réfrigérateur, une télévision et un téléphone chez eux pour
la première fois.
Les gens de la région de Sauípe produisent du savon, du
shampoing et de l'artisanat qu'ils vendent dans les hôtels et aux
touristes. Ils songent aussi à produire des uniformes pour les
hôtels et à organiser des activités culturelles dans la station et
les villages avoisinants.
Ana Maria Alcântara, Présidente d'une coopérative locale, ajoute
que l'apiculture a été estimée viable dans le cadre du programme
Berimbau, «et nous sommes en train de mettre sur pied cette
activité, qui offre une source de revenu supplémentaire pour les
paysans».
Des outils pour aider les communautés dans
leurs choix
Les réussites d'aujourd'hui surviennent après que de nombreuses
difficultés ont été surmontées depuis que le projet a démarré, en
octobre 2003. Le développement n'avait aucune crédibilité auprès
des communautés locales. Certaines personnes ne comprenaient pas
l'avantage de travailler au sein d'un groupe et n'étaient pas
capables de déterminer leurs besoins prioritaires.
C'est pourquoi le CCI a organisé un atelier de six jours dès le
début du projet. Son «kit d'outils» a permis aux participants de
suivre tout le processus de création d'un projet crédible. Le CCI a
également formé 30 instructeurs pour aider les communautés à
s'organiser et à développer leurs capacités pour fournir des
produits et services de qualité.
Depuis lors, différents groupes communautaires se sont établis
et prospèrent. Le Programme Berimbau a créé un entrepôt pour
stocker leurs fruits et légumes, ce qui permet de procéder au
contrôle de la qualité et à la vente directe aux hôtels.
Un magasin pour les artisans a aussi vu le jour, ainsi qu'un
atelier où les artisans peuvent coopérer. «C'est mieux pour tout le
monde de travailler ensemble, exprime Waldimira Batista Bispo
Silve, une artisane locale. Si quelqu'un est en retard, une autre
personne prend la relève. Si quelque chose ne marche pas, il y a
toujours quelqu'un qui sait comment s'y prendre. Il vaut mieux
collaborer plutôt que de rester chacun chez soi.»
100% local
Alors qu'ils représentent actuellement 50%, d'ici à la fin du
projet (décembre 2005) les emplois locaux dans les hôtels
s'élèveront à 100%.
Le programme doit encore affronter des difficultés, par exemple
l'intégration des pêcheurs. En général, pourtant, les habitants
jugent cette approche positive.
«Le premier grand progrès du programme Berimbau vient du fait
que nous savions qu'une attitude socialement responsable
s'imposait, avance Mme Marcella Ferri, Coordonnatrice de
l'Association des artisans de Porto de Sauípe. C'est presque la
première fois que cela se produit au Brésil, et de multiples
manières. Le projet a commencé par appuyer [la société] à plusieurs
niveaux comme partenaire, comme partie prenante, organisant ainsi
des partenariats avec des hôtels du complexe en vue de conserver
l'école, de distribuer des repas scolaires, de rémunérer les
enseignants, tout cela selon une vision très belle de l'éducation:
de l'acceptation et de la qualité de l'instruction.»
Mme Ely Ferreira, Vice-Présidente des Résidents de Canoas,
communauté voisine, résume ces espoirs: «À mesure que le programme
grandit, nous renforçons notre unité. Aujourd'hui, nous sommes bien
plus forts: nous avons les communautés, les collaborateurs et les
partenaires, et le grand partenaire, le programme, qui nous permet
de rêver.»
Les partenaires reproduisent le schéma
Le Banco do Brasil est en train de diffuser la méthodologie du CCI
ailleurs au Brésil et est prêt à se servir de ses représentations à
l'étranger pour reproduire cette expérience-pilote dans d'autres
pays. Dans une seconde phase du programme Berimbau, le CCI va
fournir un appui technique pour aider les producteurs locaux à
trouver quels sont les «produits gagnants» et à assurer des termes
commerciaux équitables grâce à des accords contractuels formels
avec les stations touristiques.
«L'adoption de la méthodologie liée à la réduction de la
pauvreté par l'exportation a été très importante pour que le
programme Berimbau obtienne des résultats dans la promotion du
développement durable des communautés pauvres voisines de Costa do
Sauípe», remarque M. Francisco Oliveira, Coordonnateur du programme
Berimbau. Les hôtels aussi ont compris les avantages de cette
méthodologie. M. Christophe Caron, Directeur de Sofitel Costa do
Sauípe, en est convaincu: «Dans la réussite du programme Berimbau,
je distingue une approche susceptible d'être reproduite par tous
les hôtels du groupe Accor établis dans des pays en
développement.»
Un site écologique crée des emplois
Le projet Berimbau constitue également un test pour une usine de
traitement des ordures novatrice, conçue par un professeur
d'université brésilien. Elle transforme les déchets organiques en
engrais en trois jours pour au moins 20% de moins que le coût
normal.
Cette installation de traitement, qui a ouvert ses portes en
juillet 2004, a créé 40 places de travail. Les fermiers utilisent
sa production, des fertilisants écologiques, pour cultiver les
fruits et légumes vendus dans les hôtels. Cela va ainsi générer
indirectement plus d'emplois encore.
Les paysans ont bien accueilli cette usine de recyclage. Mme
Rosivane Cruz Pires, ingénieur agronome et Directrice d'une
association de petits paysans à Sauípe, est fière de la façon dont
ce système fonctionne, dans un cycle écologique fermé, alors que
l'industrie du tourisme est généralement plutôt connue comme
génératrice de déchets non contrôlés.
Lorsqu'il a appris cette innovation, M. J. Denis Bélisle a
proposé une rencontre entre le professeur et le directeur d'une
organisation de promotion du commerce (OPC) des Caraïbes dont la
famille est un gros producteur de bananes. «Le CCI était intéressé
par le potentiel d'exportation que cette installation de compost
pouvait représenter pour le Brésil, relate M. Bélisle. Nous étions
heureux de pouvoir réunir ces personnes.»
Il a également invité des Brésiliens à cette discussion. «J'ai
appris que ce n'était pas seulement un prototype. Le professeur m'a
informé que ce système fonctionnait déjà dans 18 communautés au
Brésil, traitant 8300 tonnes de déchets par jour, et qu'une banque
d'investissement est très intéressée à reprendre cette
invention.
Le professeur, conscient du potentiel de développement de sa
fabrique de compost, n'est cependant pas très intéressé à la céder
pour qu'elle soit exploitée commercialement. Dans ce type de cas,
le CCI peut servir de pont pour trouver les bons contacts en vue
d'encourager les exportations susceptibles de réduire la pauvreté
tout en stimulant le développement. L'OPC caribéenne a aussi
immédiatement compris ce potentiel, et nous espérons que ces
contacts aboutiront à quelque chose de concret.»
Texte: Peter Hulm
Organisations mentionnées dans cet article:

Site(s) lié(s) au CCI:
Vaincre la pauvreté:
http://www.intracen.org/eprp/en/welcome.htm