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  • RÉDUIRE LA PAUVRETÉ GRÂCE AU COMMERCE: VAINCRE LA PAUVRETÉ GRÂCE AU TOURISME

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    Réduire la pauvreté grâce au commerce: Vaincre la pauvreté grâce au tourisme

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2004

    Photo : Leonardo Asezedo Le succès du projet Berimbau visant à encourager un développement communautaire durable se reflète dans le sourire de J. Denis Bélisle, Directeur exécutif du CCI et le plaisir de ces enfants brésiliens lors de sa visite.

    «Berimbau, Berimbau, Berimbau: c'est un fil de fer et un bout de bois», chante une femme de la région de Sauípe, dans l'État de Bahia, au Brésil. Cet instrument de musique, élément clé de la culture locale, est aussi symbole d'espoir pour les communautés déshéritées des environs de la station balnéaire de Costa do Sauípe.

    Partie intégrante de la campagne appelée «Fome Zero» (Zéro faim), lancée par le Président Lula, le projet Berimbau promeut l'intégration sociale en incluant la participation les communautés proches de la station par des activités touristiques, l'agriculture, la pêche et l'artisanat, en proposant une éducation de base et la formation professionnelle, et en renforçant la culture locale.

    Le CCI a participé à la mise sur pied du projet en montrant comment donner de la crédibilité au programme au sein des communautés locales et auprès des investisseurs. Résultat: le développement d'une station conçue pour augmenter les gains à l'exportation par le tourisme a gagné l'appui des communautés locales et promet d'améliorer durablement le niveau de vie de personnes auparavant exclues.





    Costa do Sauípe est une station offrant un «tourisme de qualité» au cœur d'une région brésilienne dont l'environnement est protégé, à 70 km de Salvador, capitale de l'État de Bahia. Le développement de ces installations laisse pourtant encore 54% de la communauté locale sans revenu régulier. Environ 45% des adultes sont analphabètes et 23% des travailleurs gagnent moins que le salaire minimal national. Par conséquent, le projet ne bénéficiait pas du soutien de la communauté.

    En 2003, dans le cadre de la campagne du Président Lula «Fome Zero» (Zéro faim), le Banco do Brasil a lancé le Programme «Travail et revenu grâce au commerce» et, pour ce faire, a recherché un partenaire pour participer aux projets-pilotes. C'est lors d'une recherche sur l'internet, que cette institution a découvert le CCI. «Ils m'ont dit qu'ils avaient apprécié notre approche, car le CCI était la seule institution à se pencher sur la réduction de la pauvreté d'une façon globale, confie M. Jaime Crespo-Blanco, depuis longtemps Coordonnateur du Programme de réduction de la pauvreté par l'exportation du CCI. En effet, nous ne nous soucions pas uniquement de la santé, de l'aide sociale ou des emplois.»

    En juin 2003, après discussion, le Banco do Brasil et le CCI ont signé un mémorandum d'accord afin de formaliser leur partenariat, qui autorisait le CCI à transférer au Banco do Brasil ses méthodes et outils, dans le cadre d'un projet de réduction de la pauvreté par l'exportation mis en œuvre au Brésil.

    Le CCI a ensuite examiné plusieurs propositions, avant que les deux institutions choisissent conjointement celle de Costa do Sauípe, connue sous le nom de projet Berimbau, dans le cadre duquel le tourisme profite autant à la communauté locale qu'à ses promoteurs. Pourquoi Berimbau? «Du point de vue stratégique, ce projet présentait les critères idéaux pour réussir, explique M. Crespo-Blanco. Il est socialement responsable, issu de l'initiative privée, incluant notamment des chaînes hôtelières internationales, le Banco do Brasil ainsi que sa fondation et son fonds de pension. La population totale susceptible de bénéficier du projet est de 10 000 personnes. Il offre diverses possibilités d'intégrer les communautés pauvres avoisinantes dans la chaîne de valeur des produits et services. Enfin, il représente également un véhicule pratique pour la défense des intérêts au niveau des décisions politiques, puisqu'il répond aux critères du programme du Président Lula «Fome Zero.»

    Une approche communautaire

    Le CCI a perçu plus que la dimension environnementale dans le projet. En effet, il présente aussi un «triangle durable» qui relie huit communautés pauvres comme bénéficiaires, un «lien de marché» socialement responsable (avec quatre chaînes d'hôtels internationalement reconnues) et une «institution de soutien au commerce» engagée (Banco do Brasil).

    Des activités éducatives et culturelles sont également intégrées au projet. «Cela a sauvé notre capoeira (mélange d'art martial et de danse de rue) et notre samba da roda (danse en cercle)», remarque Janete de Souza Carneiro, Présidente de l'Association des résidents de Vila Sauípe.

    Le sport a aussi bénéficié du programme Berimbau, et la crédibilité du programme s'est vue renforcée par l'octroi de cette aide.

     Conséquence également du programme, la région de Sauípe s'est dotée d'une salle communautaire pour y organiser des réunions et de la formation. L'école a offert de nombreux cours professionnels, parmi ceux-ci des cours d'alphabétisation donnés à 252 adultes. Rosevaldo Conceição dos Santos, professeur, observe: «Beaucoup de gens ont pu entrer sur le marché du travail ou même créer leur propre entreprise.»

    Des personnes âgées de 50 ans apprennent à lire, et des artisans ont un réfrigérateur, une télévision et un téléphone chez eux pour la première fois.

    Les gens de la région de Sauípe produisent du savon, du shampoing et de l'artisanat qu'ils vendent dans les hôtels et aux touristes. Ils songent aussi à produire des uniformes pour les hôtels et à organiser des activités culturelles dans la station et les villages avoisinants.

    Ana Maria Alcântara, Présidente d'une coopérative locale, ajoute que l'apiculture a été estimée viable dans le cadre du programme Berimbau, «et nous sommes en train de mettre sur pied cette activité, qui offre une source de revenu supplémentaire pour les paysans».

    Des outils pour aider les communautés dans leurs choix

    Les réussites d'aujourd'hui surviennent après que de nombreuses difficultés ont été surmontées depuis que le projet a démarré, en octobre 2003. Le développement n'avait aucune crédibilité auprès des communautés locales. Certaines personnes ne comprenaient pas l'avantage de travailler au sein d'un groupe et n'étaient pas capables de déterminer leurs besoins prioritaires.

    C'est pourquoi le CCI a organisé un atelier de six jours dès le début du projet. Son «kit d'outils» a permis aux participants de suivre tout le processus de création d'un projet crédible. Le CCI a également formé 30 instructeurs pour aider les communautés à s'organiser et à développer leurs capacités pour fournir des produits et services de qualité.

    Depuis lors, différents groupes communautaires se sont établis et prospèrent. Le Programme Berimbau a créé un entrepôt pour stocker leurs fruits et légumes, ce qui permet de procéder au contrôle de la qualité et à la vente directe aux hôtels.

    Un magasin pour les artisans a aussi vu le jour, ainsi qu'un atelier où les artisans peuvent coopérer. «C'est mieux pour tout le monde de travailler ensemble, exprime Waldimira Batista Bispo Silve, une artisane locale. Si quelqu'un est en retard, une autre personne prend la relève. Si quelque chose ne marche pas, il y a toujours quelqu'un qui sait comment s'y prendre. Il vaut mieux collaborer plutôt que de rester chacun chez soi.»

    100% local

    Alors qu'ils représentent actuellement 50%, d'ici à la fin du projet (décembre 2005) les emplois locaux dans les hôtels s'élèveront à 100%.

    Le programme doit encore affronter des difficultés, par exemple l'intégration des pêcheurs. En général, pourtant, les habitants jugent cette approche positive.

    «Le premier grand progrès du programme Berimbau vient du fait que nous savions qu'une attitude socialement responsable s'imposait, avance Mme Marcella Ferri, Coordonnatrice de l'Association des artisans de Porto de Sauípe. C'est presque la première fois que cela se produit au Brésil, et de multiples manières. Le projet a commencé par appuyer [la société] à plusieurs niveaux comme partenaire, comme partie prenante, organisant ainsi des partenariats avec des hôtels du complexe en vue de conserver l'école, de distribuer des repas scolaires, de rémunérer les enseignants, tout cela selon une vision très belle de l'éducation: de l'acceptation et de la qualité de l'instruction.»

    Mme Ely Ferreira, Vice-Présidente des Résidents de Canoas, communauté voisine, résume ces espoirs: «À mesure que le programme grandit, nous renforçons notre unité. Aujourd'hui, nous sommes bien plus forts: nous avons les communautés, les collaborateurs et les partenaires, et le grand partenaire, le programme, qui nous permet de rêver.»

    Les partenaires reproduisent le schéma

    Le Banco do Brasil est en train de diffuser la méthodologie du CCI ailleurs au Brésil et est prêt à se servir de ses représentations à l'étranger pour reproduire cette expérience-pilote dans d'autres pays. Dans une seconde phase du programme Berimbau, le CCI va fournir un appui technique pour aider les producteurs locaux à trouver quels sont les «produits gagnants» et à assurer des termes commerciaux équitables grâce à des accords contractuels formels avec les stations touristiques. 

    «L'adoption de la méthodologie liée à la réduction de la pauvreté par l'exportation a été très importante pour que le programme Berimbau obtienne des résultats dans la promotion du développement durable des communautés pauvres voisines de Costa do Sauípe», remarque M. Francisco Oliveira, Coordonnateur du programme Berimbau. Les hôtels aussi ont compris les avantages de cette méthodologie. M. Christophe Caron, Directeur de Sofitel Costa do Sauípe, en est convaincu: «Dans la réussite du programme Berimbau, je distingue une approche susceptible d'être reproduite par tous les hôtels du groupe Accor établis dans des pays en développement.»





    Un site écologique crée des emplois



    Le projet Berimbau constitue également un test pour une usine de traitement des ordures novatrice, conçue par un professeur d'université brésilien. Elle transforme les déchets organiques en engrais en trois jours pour au moins 20% de moins que le coût normal.

    Cette installation de traitement, qui a ouvert ses portes en juillet 2004, a créé 40 places de travail. Les fermiers utilisent sa production, des fertilisants écologiques, pour cultiver les fruits et légumes vendus dans les hôtels. Cela va ainsi générer indirectement plus d'emplois encore.

    Les paysans ont bien accueilli cette usine de recyclage. Mme Rosivane Cruz Pires, ingénieur agronome et Directrice d'une association de petits paysans à Sauípe, est fière de la façon dont ce système fonctionne, dans un cycle écologique fermé, alors que l'industrie du tourisme est généralement plutôt connue comme génératrice de déchets non contrôlés.

    Lorsqu'il a appris cette innovation, M. J. Denis Bélisle a proposé une rencontre entre le professeur et le directeur d'une organisation de promotion du commerce (OPC) des Caraïbes dont la famille est un gros producteur de bananes. «Le CCI était intéressé par le potentiel d'exportation que cette installation de compost pouvait représenter pour le Brésil, relate M. Bélisle. Nous étions heureux de pouvoir réunir ces personnes.»

    Il a également invité des Brésiliens à cette discussion. «J'ai appris que ce n'était pas seulement un prototype. Le professeur m'a informé que ce système fonctionnait déjà dans 18 communautés au Brésil, traitant 8300 tonnes de déchets par jour, et qu'une banque d'investissement est très intéressée à reprendre cette invention.

    Le professeur, conscient du potentiel de développement de sa fabrique de compost, n'est cependant pas très intéressé à la céder pour qu'elle soit exploitée commercialement. Dans ce type de cas, le CCI peut servir de pont pour trouver les bons contacts en vue d'encourager les exportations susceptibles de réduire la pauvreté tout en stimulant le développement. L'OPC caribéenne a aussi immédiatement compris ce potentiel, et nous espérons que ces contacts aboutiront à quelque chose de concret.»

    Texte: Peter Hulm

    Organisations mentionnées dans cet article:

          

    Site(s) lié(s) au CCI:

    Vaincre la pauvreté:

    http://www.intracen.org/eprp/en/welcome.htm