En matière de commerce, ce sont les entreprises qui agissent, et
non les pays. Si les stratégies commerciales nationales n'ont pas
d'incidences concrètes au niveau des entreprises, par exemple le
démarrage d'entreprises commerciales, l'augmentation du nombre de
compagnies en ligne ou des transactions électroniques à
l'exportation ou de nouveaux emplois, elles sont inutiles. Les
cadres gouvernementaux responsables du commerce doivent se demander
si l'augmentation des réseaux par ordinateurs va changer la manière
d'effectuer les transactions. Si la réponse est oui, cela confirme
l'importance du commerce électronique.
De l'accès à l'application
Le débat concernant la préparation électronique s'est centré sur le
contenu de l'information, la connectivité et l'accès, d'une part,
et sur les applications électroniques dans les domaines de la
santé, de l'éducation et des affaires, de l'autre. Parmi ces
applications, très peu d'études ont été consacrées à l'application
du numérique dans la pratique du commerce international. Quels sont
les objectifs du commerce électronique et comment savoir s'ils sont
atteints?
Au CCI, nous définissons le commerce électronique comme
l'application des technologies de l'information et de la
communication (TIC) en vue d'améliorer la compétitivité à
l'exportation des entreprises. Ces dernières peuvent tirer parti
des TIC pour transformer leurs processus commerciaux de façon
qu'elles puissent se positionner plus profitablement et exécuter
des transactions commerciales électroniques au-delà de leurs
frontières nationales.
Les atouts pour l'exportation
Les TIC sont en train de transformer la manière de conduire les
affaires, mais elles sont un moteur du commerce à elles seules. La
décennie passée, les échanges mondiaux des produits et services des
TIC par les pays en développement ont surpassé le commerce en
général dans une proportion de 2 à 1. Actuellement, cette activité
se concentre uniquement dans quelques pays, tandis que le volume
des revenus des exportations des pays en développement continue de
provenir des secteurs des produits de base, notamment de
l'agriculture, des minéraux, du bois et de la pêche.
Il est évident que les pays en développement doivent faire des
choix stratégiques. Ils peuvent introduire les bénéfices des TIC
pour les secteurs d'exportation traditionnels, ou alors déplacer
des ressources vers les secteurs de la «nouvelle économie», dont
les TIC représentent soit le produit, soit la valeur du produit ou
du service. Ces choix vont déterminer la nature du commerce
électronique en termes de ventes à l'exportation, d'emplois et de
diminution de la pauvreté.
Mesurer les résultats du commerce électronique
Imaginez un instant qu'existe dans votre pays un cadre légal pour
le commerce électronique et que l'infrastructure des
télécommunications fonctionne. Qu'attendriez-vous d'une économie
dynamique où le commerce électronique fait sa place? Il inclurait
notamment:
- un commerce croissant de matériel lié aux TIC et de produits et
services logiciels;
- un commerce croissant dans les secteurs liés à l'information et
aux réseaux électroniques (médias, édition, finance et
tourisme);
- un commerce croissant de produits de base passant par des
cybermarchés interentreprises;
- un déplacement vers des pays partenaires qui utilisent aussi
les TIC;
- une diminution des importations de services en ligne grâce au
développement d'une industrie nationale compétitive d'appui grâce à
l'internet;
- une augmentation des compagnies employant des outils de
transaction électronique ou possédant cette capacité, et
- une augmentation des revenus réels dans les secteurs où les TIC
sont utilisées stratégiquement.
Pour parvenir à cette vision d'un commerce «facilité par les TIC»,
les responsables nationaux du commerce doivent déterminer des
cibles spécifiques et mesurables. Ils devraient exprimer cela en
termes quantifiables, par exemple en déterminant d'«augmenter le
commerce électronique interentreprises des produits de base de 20%,
soit de US$ 215 millions d'ici à 2004». Passer d'une vision élargie
à des valeurs spécifiques leur permet de déterminer les ressources
nécessaires pour atteindre ce but.
Quelques scénarios
Le mot stratégie vient du grec
stratêgia, «gouvernement
militaire». Lors d'une bataille, il n'y a pas qu'un seul plan pour
rassembler les ressources en vue d'obtenir la victoire. Il en va de
même pour les stratégies qui visent une réussite dans le commerce
électronique. En Chine, par exemple, la priorité du commerce
électronique va à la numérisation, avec un fort accent sur la
technologie, les pépinières d'entreprises et le développement
rural. Au Costa Rica, la décision d'Intel d'y investir a permis de
développer des logiciels concurrentiels sur le plan international
et une industrie de services basée sur les TIC.
Chaque pays doit examiner ses propres atouts en matière de commerce
électronique par rapport aux tendances du commerce mondial et aux
offres des pays concurrents. Il existe autant de façons d'envisager
le commerce qu'il y a de pays. Selon les priorités de chacun d'eux,
les responsables stratégiques peuvent être amenés à prendre en
compte des mesures concernant la réduction de la pauvreté, le
commerce électronique national, la société du savoir, le
développement des PME ou la réforme de l'agriculture. Les pays
devraient aligner la stratégie concernant le commerce électronique
avec les mesures émanant des autres ministères.
Comme il existe très peu de modèles de stratégies spécifiques au
commerce électronique, le CCI a élaboré un programme de formation
de deux jours appelé E-Trade Bridge afin d'aider les responsables
de la stratégie commerciale nationale à envisager différents
scénarios et stratégies pour le développement du commerce
électronique. L'objectif est de réunir des chefs de file des
secteurs public et privé issus des milieux liés aux TIC et au
commerce, en vue de définir une vision pour le commerce
électronique et de décider comment mesurer les résultats. Ce
programme de formation a été inauguré au Viet Nam avec le soutien
du Ministère du commerce et de Vietrade. Il sera lancé dans six
autres pays durant les deux ans à venir et vise au total 27
pays.
L'approche du CCI pour développer des stratégies nationales de
commerce électronique se fonde sur l'expérience de professionnels.
Nous travaillons actuellement avec des partenaires des secteurs
public et privé capables d'aider les pays en développement à passer
des projets à la pratique du commerce électronique.
Plan d'action du SMSI
Les pays en développement espèrent encore que les TIC vont leur
apporter des améliorations tangibles dans leur niveau de vie. Il
est important, par conséquent, que les stratégies nationales
relatives au commerce électronique contribuent à la performance
économique et à la justice sociale. Ils sont une partie intégrante
du Plan d'action du Sommet mondial sur la société de l'information
(SMSI) en vue de développer des cyber-stratégies.
En tenant compte des incidences du commerce électronique sur le
développement national, les programmes du CCI complètent ceux
d'autres organisations internationales. Parmi ceux-là, il faut
citer notamment l'Initiative pour les TIC (Digital Opportunity
Initiative) du Groupe d'étude sur les technologies de l'information
et de la communication (TIC), conduite par le PNUD, et les
Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) de
la Banque mondiale, ainsi que son Programme d'information pour le
développement (infoDev).
Le CCI va revoir ses programmes relatifs à l'électronique pour
incorporer les recommandations du Plan d'action du SMSI formulé en
2003 à Genève. Lors du SMSI 2005 à Tunis, le CCI informera sur la
mise en œuvre de ses programmes de développement du commerce
électronique et de formation sur la stratégie liée au commerce
électronique.
Questions liées au commerce électronique
Compétitivité- Votre pays perd-il des marchés dans des secteurs d'exportation
clés parce que d'autres pays mieux préparés dans le domaine des TIC
s'y sont implantés?
- À combien estimez-vous les pertes de revenus annuelles dues à
l'absence de concurrence nationale ou de compétences dans les TIC
pour les sites internet d'hébergement et les sociétés conceptrices
de sites?
Stratégie- Le commerce électronique fait-il partie intégrante de votre
stratégie nationale d'exportation?
- Possédez-vous une stratégie en vue d'appliquer les apports des
TIC aux secteurs d'exportation traditionnels?
- Possédez-vous une stratégie en vue de diversifier la production
dans des marchés de niche de produits et services liés aux TIC
(codage de logiciels de base, traitement de données, système de
gestion de base de données géographiques)?
- Quelle est la valeur totale du commerce de vos secteurs de
produits et services liés aux TIC?
PME- Combien de PME utilisent-elles les TIC pour améliorer leurs
résultats commerciaux?
- Combien de PME ont-elles une présence sur l'internet grâce à un
site propre ou à un portail commercial sectoriel ou national?
- Le volume du commerce électronique est-il intégré à votre
sondage annuel sur les opérations commerciales?
Transactions électroniques- Quel est le volume total des ventes effectuées en ligne avec
des partenaires étrangers?
- Quel pourcentage de commerce électronique est-il effectué par
l'intermédiaire de marchés en ligne, sectoriels ou autres?
- Combien de compagnies ont-elles accès à des dispositifs de
paiement en ligne, soit directement, soit par l'intermédiaire de
fournisseurs tiers de systèmes de paiement électronique?
Pour plus d'information sur les questions évoquées dans cet
article ou sur le Programme de formation sur la stratégie nationale
du commerce électronique du CCI, veuillez contacter John Gillies
(gillies@intracen.org),
Administrateur principal en formation (commerce), CCI. Pour plus
d'information sur le programme E-Trade Bridge:
etradebridge@intracen.org