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  • LES RÉPONSES DU CAD/OCDE: UNE INTERVIEW DE JEAN-CLAUDE FAURE

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    Les réponses du CAD/OCDE: une interview de Jean-Claude Faure

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2001

    Jean-Claude Faure est le Président du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE. Au cours de cette entrevue, il répond aux questions que suscite la dernière Recommandation du CAD sur le déliement de l'aide aux pays les moins avancés.

    Q L'aide liée est-elle considérée comme une mauvaise politique de développement?

    R Non, on ne peut prétendre que l'aide liée est systématiquement mauvaise et que l'aide non liée est bonne. Pourtant, au vu des arguments favorables à l'aide non liée, les donateurs ont peu à peu accordé plus d'importance à l'aide non liée dans leurs programmes. De plus, la pratique de l'aide liée semble à présent ne plus correspondre avec la nouvelle conception de la coopération au développement telle qu'envisagée par la stratégie élaborée par le CAD en 1996, Le rôle de la coopération pour le développement à l'aube du XXIe siècle.

    Il faut remarquer qu'en dépit de la tendance positive durant les années 90, la part grandissante de l'aide non liée dans l'aide bilatérale totale s'est stabilisée depuis 1997. Cela est dû au fait que certains donateurs importants ont apporté beaucoup d'assistance technique liée en 1997 et 1998.

    Q Les donateurs utiliseront-ils maintenant l'aide non liée comme excuse pour diminuer l'aide aux PMA?

    R Les pays donateurs membres de l'OCDE ont exprimé leur intention de ne pas diminuer leur aide aux pays les moins avancés (PMA) lors de la mise en application de la Recommandation.

    Q Comment les milieux de l'approvisionnement de l'aide ont-ils réagi au déliement de l'aide?

    R Le monde des affaires a également montré son intérêt à délier l'aide dans un cadre multilatéral, moyennant des dispositions crédibles garantissant la transparence et le suivi. Les firmes compétitives bénéficieront plus amplement d'un accès à un fonds commun d'aide non liée plutôt que si elles avaient un accès réservé à des fonds nationaux réduits à l'aide liée.

    Q Vos projets actuels exigent la création d'un terrain d'action nivelé pour l'approvisionnement. Cela signifie-t-il que les multinationales des pays riches vont dominer le marché?

    R Non, pas vraiment, mais les membres du CAD considèrent que le renforcement de la responsabilité du pays partenaire vis-à-vis de l'approvisionnement, avec les garanties appropriées d'efficacité, de responsabilité, de probité et de transparence, est inhérente à l'initiative. De même, la promotion de l'approvisionnement local et régional dans les pays partenaires est un objectif commun. Les membres du CAD vont travailler avec les pays partenaires pour identifier les besoins et appuyer les efforts sous ces deux aspects.

    Q L'OCDE va-t-elle sanctionner les membres qui n'agiront pas conformément à la Recommandation?

    R Non. L'OCDE travaille avec un mécanisme d'examen mutuel qui s'est révélé très efficace. En outre, les pays de l'OCDE ne signent que les recommandations qu'ils sont certains de pouvoir appliquer.

    Q La prochaine étape, pour le CAD/OCDE, est-elle d'étendre le champ d'application de la Recommandation aux autres pays en développement?

    R La Recommandation sera régulièrement réexaminée. Il ne fait aucun doute que certains donateurs ainsi que bon nombre de pays en développement vont se battre pour l'extension du champ d'application des programmes.

    Que cela soit accepté par les donateurs les moins en faveur du déliement dépend pour une bonne part de l'efficacité de la Recommandation.

    Q L'OCDE va-t-elle à présent promouvoir l'approvisionnement local aux entreprises des pays en développement?

    R Cette question a été débattue, mais les membres n'ont pas trouvé judicieux d'éliminer une distorsion pour en créer une autre.

    Q Le CAD/OCDE va-t-il continuer à appuyer les pays en développement dans leurs efforts pour conquérir les marchés de l'approvisionnement?

    R Le CAD a décidé que l'approvisionnement de biens et services soutenu par l'aide conduit par des pays partenaires fait partie d'un ensemble plus large de tâches en vue d'encourager l'efficacité de la participation, du partenariat et de l'aide. Si nous voulons identifier les domaines prioritaires d'assistance pour les donateurs, il serait utile d'avoir une compréhension claire des dimensions du problème et des normes essentielles à remplir pour atteindre les objectifs de ce travail. Cette évaluation des besoins contribuera aux discussions ultérieures en vue de l'élaboration des directives nécessaires aux donateurs.

    Avant d'amorcer cette tâche, une étude a été menée sur les implications relatives aux exigences de responsabilité des donateurs concernant les compétences des systèmes de passation des marchés des pays partenaires, et les moyens d'améliorer l'accès aux compagnies sises dans les pays en développement aux débouchés commerciaux financés par l'aide. Cette étude a été présentée au CAD en novembre 2001.

    Jean Milligan a interrogé Jean-Claude Faure pourForum. M. Faure a été élu Président du CAD/OCDE en 1999; il est responsable de la supervision du travail du CAD, la section principale de l'OCDE où les pays membres donateurs assurent l'efficacité de leurs efforts visant le développement économique et social durable.

    Jean Milligan est rédactrice indépendante, spécialisée dans les questions humanitaires et de développement (milligan@bluewin.ch).