Q L'aide liée
est-elle considérée comme une mauvaise politique de
développement?
R Non, on ne peut
prétendre que l'aide liée est systématiquement mauvaise et que
l'aide non liée est bonne. Pourtant, au vu des arguments favorables
à l'aide non liée, les donateurs ont peu à peu accordé plus
d'importance à l'aide non liée dans leurs programmes. De plus, la
pratique de l'aide liée semble à présent ne plus correspondre avec
la nouvelle conception de la coopération au développement telle
qu'envisagée par la stratégie élaborée par le CAD en 1996, Le
rôle de la coopération pour le développement à l'aube du XXIe
siècle.
Il faut remarquer qu'en dépit de la tendance positive durant les
années 90, la part grandissante de l'aide non liée dans l'aide
bilatérale totale s'est stabilisée depuis 1997. Cela est dû au fait
que certains donateurs importants ont apporté beaucoup d'assistance
technique liée en 1997 et 1998.
Q Les donateurs
utiliseront-ils maintenant l'aide non liée comme excuse pour
diminuer l'aide aux PMA?
R Les pays donateurs
membres de l'OCDE ont exprimé leur intention de ne pas diminuer
leur aide aux pays les moins avancés (PMA) lors de la mise en
application de la Recommandation.
Q Comment les
milieux de l'approvisionnement de l'aide ont-ils réagi au déliement
de l'aide?
R Le monde des affaires
a également montré son intérêt à délier l'aide dans un cadre
multilatéral, moyennant des dispositions crédibles garantissant la
transparence et le suivi. Les firmes compétitives bénéficieront
plus amplement d'un accès à un fonds commun d'aide non liée plutôt
que si elles avaient un accès réservé à des fonds nationaux réduits
à l'aide liée.
Q Vos projets
actuels exigent la création d'un terrain d'action nivelé pour
l'approvisionnement. Cela signifie-t-il que les multinationales des
pays riches vont dominer le marché?
R Non, pas vraiment,
mais les membres du CAD considèrent que le renforcement de la
responsabilité du pays partenaire vis-à-vis de l'approvisionnement,
avec les garanties appropriées d'efficacité, de responsabilité, de
probité et de transparence, est inhérente à l'initiative. De même,
la promotion de l'approvisionnement local et régional dans les pays
partenaires est un objectif commun. Les membres du CAD vont
travailler avec les pays partenaires pour identifier les besoins et
appuyer les efforts sous ces deux aspects.
Q L'OCDE va-t-elle
sanctionner les membres qui n'agiront pas conformément à la
Recommandation?
R Non. L'OCDE travaille
avec un mécanisme d'examen mutuel qui s'est révélé très efficace.
En outre, les pays de l'OCDE ne signent que les recommandations
qu'ils sont certains de pouvoir appliquer.
Q La prochaine
étape, pour le CAD/OCDE, est-elle d'étendre le champ d'application
de la Recommandation aux autres pays en développement?
R La Recommandation
sera régulièrement réexaminée. Il ne fait aucun doute que certains
donateurs ainsi que bon nombre de pays en développement vont se
battre pour l'extension du champ d'application des programmes.
Que cela soit accepté par les donateurs les moins en faveur du
déliement dépend pour une bonne part de l'efficacité de la
Recommandation.
Q L'OCDE va-t-elle
à présent promouvoir l'approvisionnement local aux entreprises des
pays en développement?
R Cette question a été
débattue, mais les membres n'ont pas trouvé judicieux d'éliminer
une distorsion pour en créer une autre.
Q Le CAD/OCDE
va-t-il continuer à appuyer les pays en développement dans leurs
efforts pour conquérir les marchés de
l'approvisionnement?
R Le CAD a décidé que
l'approvisionnement de biens et services soutenu par l'aide conduit
par des pays partenaires fait partie d'un ensemble plus large de
tâches en vue d'encourager l'efficacité de la participation, du
partenariat et de l'aide. Si nous voulons identifier les domaines
prioritaires d'assistance pour les donateurs, il serait utile
d'avoir une compréhension claire des dimensions du problème et des
normes essentielles à remplir pour atteindre les objectifs de ce
travail. Cette évaluation des besoins contribuera aux discussions
ultérieures en vue de l'élaboration des directives nécessaires aux
donateurs.
Avant d'amorcer cette tâche, une étude a été menée sur les
implications relatives aux exigences de responsabilité des
donateurs concernant les compétences des systèmes de passation des
marchés des pays partenaires, et les moyens d'améliorer l'accès aux
compagnies sises dans les pays en développement aux débouchés
commerciaux financés par l'aide. Cette étude a été présentée au CAD
en novembre 2001.
Jean Milligan a interrogé Jean-Claude Faure pourForum. M. Faure a été élu Président du CAD/OCDE en
1999; il est responsable de la supervision du travail du CAD, la
section principale de l'OCDE où les pays membres donateurs assurent
l'efficacité de leurs efforts visant le développement économique et
social durable.
Jean Milligan est rédactrice indépendante, spécialisée dans les
questions humanitaires et de développement (milligan@bluewin.ch).