Forum du commerce international - No.
2/2010
La crise économique mondiale a radicalement changé les
opportunités de marché et l'environnement commercial international.
En plein rééquilibrage de l'économie mondiale, la hausse de la
consommation et de la demande sur les marchés émergents devrait
propulser ceux-ci au rang de moteurs de l'économie.
Dans cette édition, des femmes et des hommes d'affaires, des
économistes et des chercheurs éminents partagent également leur
point de vue sur l'impact de la mutation des marchés sur le
commerce, l'investissement et les opportunités. Nous examinons
aussi en détail certains problèmes et opportunités nés de cette
mutation dans des secteurs comme l'investissement étranger, la
biotechnologie, l'externalisation des services, le tourisme, les
textiles et l'habillement.
Les économies asiatiques ont été les premières à rebondir après
la crise mondiale; d'autres marchés émergents devraient afficher
une croissance élevée et éclipser les économies développées plus
matures.
Les prévisions à long terme de l'OCDE laissent entendre que les
pays émergents et en développement devraient représenter près de
60% cent du PIB mondial en 2030. En outre, la part des pays en
développement dans le commerce mondial s'établit à près de 45%,
dont la moitié concerne les échanges Sud-Sud.
La croissance du commerce Sud-Sud a été attribuée à plusieurs
facteurs dont l'expansion économique rapide de certains pays en
développement; l'amélioration de la facilitation du commerce et de
l'infrastructure de transport; le renforcement de l'intégration
régionale; et les réseaux et transactions intra- et
interentreprises/industries.
Même si en général, le commerce mondial reprend du terrain et
que les échanges Sud-Sud s'intensifient, l'analyse des tendances du
commerce montre que les pays les moins avancés (PMA) souffrent
toujours des effets de la crise financière mondiale. En 2009, les
exportations de produits non pétroliers des PMA vers leurs
principaux partenaires commerciaux ont baissé de plus de 8,5% en
valeur, alors que le volume des biens exportés a augmenté de près
de 6%. En fait, dans cette période d'après-crise, ces pays
exportent davantage sans gagner plus.
Plus positivement, les PMA s'en sortent toujours mieux que la
moyenne mondiale en matière d'exportation, selon les données de
l'ITC. Ainsi, au cours du quatrième trimestre 2009, leurs
exportations de produits non pétroliers ont progressé de 2% sur une
base annuelle alors que les exportations mondiales ont enregistré
un léger recul de 0,2% comparé au même trimestre 2008.
Devant le potentiel de croissance des marchés émergents, il faut
encourager et renforcer le commerce Sud-Sud comme source de demande
pour se prémunir des futurs chocs économiques mondiaux. La
coopération s'est intensifiée entre les pays en développement en
vue de réduire les barrières commerciales et autres obstacles aux
échanges Sud-Sud. Cette tendance offre l'occasion de réduire la
dépendance de nombreux pays en développement vis-à-vis des
exportations de matières premières grâce au potentiel commercial
accru des biens et services à haute valeur ajoutée et à contenu
technologique.
La perspective mondiale en matière de sécurité financière et
d'investissement a également changé. Suite à l'effondrement des
structures financières traditionnelles dans les pays développés,
les systèmes financiers des pays en développement ont été reconnus
comme des options solides, qui rétablissent la confiance des
investisseurs.
La crise a également révélé une tendance émergente en faveur
d'une réglementation créatrice de valeurs, qui pousse les
entreprises à reconfigurer leurs chaînes logistiques mondiales.
Cette tendance profite davantage à certains fournisseurs. Mais,
comme le soulignent plusieurs auteurs d'articles de ce numéro du
Forum du commerce international, les opportunités côtoient
les problèmes. Ce qui est sûr c'est que pour tirer le meilleur
parti du potentiel commercial des marchés émergents, il faut une
approche plus structurée.
L'amélioration des mesures de facilitation du commerce, les
options de financement des échanges et les coentreprises peuvent
aider de nombreuses PME à recentrer leurs activités sur le commerce
Sud-Sud.
Pour s'adapter à la nouvelle réalité des marchés, les
entreprises et les institutions d'appui au commerce doivent miser
sur l'innovation pour contribuer à l'essor de la croissance
économique et à la création d'emplois et d'opportunités
entrepreneuriales, et conforter leur position sur les marchés
actuels et futurs.