• back
  • LES ENTREPRENEURS AFRICAINS S'EXPRIMENT

  •  

    Les entrepreneurs africains s'expriment

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2004

    Les pays africains auraient tout à gagner de l'aboutissement de l'actuel cycle de négociations de l'OMC. Le CCI aide les pays en développement à réengager les pourparlers commerciaux mondiaux grâce à une série de séminaires régionaux qui réunissent milieux d'affaires et gouvernements pour évaluer leurs avantages et aiguiser leurs stratégies de négociation.

    Les milieux économiques des pays en développement défendent énergiquement un retour à la table de négociations. Les séminaires du CCI Business for Development aident les cadres d'affaires à se faire entendre des négociateurs gouvernementaux et contribuent à l'établissement de positions nationales de négociation plus ciblées. Cette série de rencontres a pris un bon départ à Nairobi (30-31 mars), où les participants de l'Afrique australe et de l'Est ont débattu de leurs attentes liées aux pourparlers commerciaux dans le cadre du Cycle de Doha, qui devrait s'achever en janvier 2005.

    Défendre les intérêts de l'Afrique

    À Nairobi, les représentants gouvernementaux et économiques de 12 pays ont échangé leurs points de vue.

    «Si elle veut que ses intérêts soient traités à l'OMC, l'Afrique n'a pas d'autre choix que de rester présente lors des négociations, a déclaré M. Mukhisa Kituyi, Ministre du commerce et de l'industrie du Kenya. Cependant, nous devons posséder l'information nécessaire pour être efficaces. Les gouvernements négocient au nom des milieux économiques; et ils ne savent pas tout. C'est pourquoi il faut qu'ils forment des partenariats solides avec le secteur des affaires… La communauté des affaires doit avoir sa voix au chapitre lors des négociations.»

    Lors de la séance d'ouverture, le Directeur exécutif du CCI, M. J. Denis Bélisle, a annoncé que l'objectif de la réunion était d'aider les milieux d'affaires et les gouvernements à se rassembler au sein d'une équipe public-privé forte, en vue de défendre les intérêts de l'Afrique lorsque les négociations commerciales reprendraient à Genève.

    Étaient également présents à cette réunion le Ministre kényen de la planification et du développement national, M. Peter Anyang' Nyong'o, et la Chargée d'affaires auprès de l'ambassade des États-Unis, Mme Leslie Rowe. Les représentants du secteur privé de la région comprenaient des directeurs de chambres de commerce, des exportateurs en vue, des producteurs de produits de base et des défenseurs des consommateurs. Les participants ont écouté des présentations faites par des experts africains et du CCI sur l'état actuel des négociations à Genève sur l'agriculture et l'accès aux marchés pour les produits industriels, et sur l'avenir du commerce des textiles.

    Mme Rowe a réaffirmé l'engagement des États-Unis concernant le système commercial multilatéral et leur volonté de diminuer, voire d'éliminer le soutien à l'agriculture. Et d'ajouter: «La tâche de chaque État membre [de l'OMC] est de prendre des décisions difficiles sur les concessions qu'il veut et peut faire de manière à obtenir des avantages sur d'autres fronts. La contribution de la communauté des affaires à l'établissement du calendrier national des négociations est vitale pour le succès des discussions commerciales multilatérales.»

    Les milieux d'affaires doivent s'exprimer

    «Le succès des négociations du Programme de Doha pour le développement dépend pour une bonne part de la qualité de la collaboration entre les négociateurs commerciaux nationaux et les cadres d'affaires», a soutenu M. Bélisle. Le problème, c'est que trop souvent ces parties ne se parlent pas.

    Il a également commenté que les milieux économiques des pays en développement, en particulier ceux qui commencent seulement à avoir confiance dans leurs capacités, doivent faire entendre leur voix dans les cercles gouvernementaux avant que les pourparlers n'aboutissent. «Il ne faut pas attendre que les négociateurs rentrent chez eux pour se plaindre qu'ils n'ont pas obtenu les accords dont le secteur privé avait besoin.»

    M. Ramamurti Badrinath, Directeur de la Division des services d'appui au commerce du CCI, en vue de promouvoir le concept de «défense des intérêts des entreprises», a énoncé que, dans la plupart des pays en développement, le secteur privé, après s'être tenu éloigné des pourparlers commerciaux pendant des années, car il était persuadé que les négociateurs gouvernementaux s'en occupaient mieux, demande à présent à être consulté, comme cela se fait au Nord.

    M. Peter Naray, Conseiller principal du CCI sur le système commercial multilatéral, a mentionné que ses collègues et lui avaient remarqué que les milieux économiques africains étaient consternés par le vide lors des pourparlers de Cancún et qu'ils désirent un retour à la table de négociations aussitôt que possible.

    Une conséquence importante de Cancún est la prolifération d'accords bilatéraux et régionaux, qui ajoutent à la complexité des échanges internationaux et ne favorisent pas les pays qui ont peu de pouvoir de négociation. «L'incertitude est le pire ennemi des entreprises, a affirmé M. Bélisle. Les chefs d'entreprise doivent pouvoir prévoir l'avenir pour prendre des décisions, notamment celles concernant les investissements.»

    Avec ce séminaire, le CCI visait à permettre au secteur privé et aux gouvernements de la région de se comprendre et, ainsi, de préparer un programme cohérent pour reprendre les négociations du Cycle de Doha.

    Affronter les difficultés à venir

    Les orateurs concordaient pour dire que tout retard dans la reprise des négociations signifierait rater des possibilités pour les entreprises et perdre des chances de développement pour les économies africaines.
    • Textiles. Les problèmes qu'affrontent les plus petits producteurs, notamment avec l'arrivée de la concurrence chinoise alors que le secteur devra s'adapter aux règles de l'OMC dès l'année prochaine, ont représenté le thème majeur traité lors de cette rencontre. M. Martin Viljoen, Directeur exécutif du Conseil sud-africain de l'exportation de l'industrie textile, a suggéré que les pays subsahariens se réunissent sous l'appellation Brand Africa pour commercialiser leurs produits. M. Jeremy Misgrave, Chef de la direction de National Blankets Textile, au Zimbabwe, a exprimé que les producteurs africains pouvaient assurer une part du marché mondial des textiles et vêtements réduite mais durable en s'unissant.
    • Agriculture. «Tandis que l'agriculture est peut-être la question la plus importante pour l'Afrique, les cultivateurs de ce continent sont les moins informés et les moins engagés dans les négociations et autres mesures de développement commercial, a soutenu Mme Angela A. Wauye, Économiste au Ministère kényen de l'agriculture et du développement rural. Ils doivent former des associations et des consortiums en vue de bénéficier d'effets de synergie, d'économies d'échelle et d'efficacité technique.»
    • Accords commerciaux régionaux. «Les pays africains seraient mieux servis par le système commercial multilatéral que par des accords bilatéraux ou de tout autre type», a suggéré M. Kipkorir Aly Azad Rana, Directeur général adjoint de l'OMC. Certains participants ont soutenu que la création de groupements régionaux, tant en Afrique qu'avec d'autres pays en développement, pourrait aider le continent à défendre ses intérêts mieux que dans le cadre du Cycle de Doha. Mme Rosalind H. Thomas, du Centre de développement des ressources financières de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC), a rétorqué que cette stratégie était insuffisante, car les intérêts des parties prenantes de pactes si larges «sont souvent fondamentalement divergents».
    Un participant kényen, M. Job K. Kihumba, Directeur exécutif de l'Association of Professional Societies in East Africia, a noté que, grâce au CCI, les représentants du gouvernement et des chefs de file des milieux d'affaires comprenaient ce qui se passe dans la région et pouvaient voir les possibilités offertes par le système commercial multilatéral. «En fin de compte, ce sont les entreprises qui savent où le bât blesse.»

    Les participants ont aussi exprimé que le CCI devrait continuer à fournir des analyses et mises à jour destinées aux entreprises sur les pourparlers commerciaux, y compris un meilleur accès à ses outils et services à ce sujet, notamment Market Access Map.

    En 2004, la série de réunions Business for Development se fonde sur les résultats des sept rencontres Business for Cancún tenues pendant le premier semestre 2003. Ces réunions régionales ont abouti à ce que 49 entrepreneurs se joignent aux délégations nationales lors des pourparlers. Les deux séries sont financées notamment par l'Allemagne, les États-Unis, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse.


    Le CCI à la CNUCED XI

    • Business for Development - 8-9 juin. Cet atelier, que le CCI organise durant la Semaine du commerce à Rio de Janeiro, est destiné prioritairement aux pays d'Amérique latine et des Caraïbes.


    Défense des intérêts des entreprises

    Les sept ateliers régionaux Business for Cancún mis sur pied en 2003 ont compté avec la participation de plus de 300 cadres d'affaires et négociateurs gouvernementaux de 87 pays. Ils visaient à promouvoir des partenariats plus étroits et à intensifier le dialogue. La réunion Business for Development de Nairobi a rassemblé 60 participants issus des secteurs public et privé de 12 nations de l'Afrique australe et de l'Est. Ces initiatives aident à clarifier les positions de négociation et à stimuler la défense des intérêts du commerce.

    D'autres ateliers sont prévus pour 2004:
    • Économies en transition: Sofia, Bulgarie, 18-21 mai
    • Pays d'Amérique latine et des Caraïbes: Rio de Janeiro, Brésil, 10-11 juin (lié au programme de la CNUCED XI à São Paulo)
    • Pays asiatiques: septembre ou octobre (à confirmer)
    • Afrique centrale et de l'Ouest: novembre ou décembre (à confirmer)
    Les présentations et conclusions de la réunion de Nairobi se trouvent à l'adresse http://www.intracen.org/worldtradenet


    Pour plus d'information, veuillez contacter Peter Naray (naray@intracen.org), Conseiller principal du CCI sur le système commercial multilatéral.
    Dianna Rienstra et Prema de Sousa ont préparé cet article à partir des rapports et communiqués de presse rédigés par Robert Evans et Natalie Domeisen.