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  • LES CYBERTRAQUEURS DU KALAHARI

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    Les cybertraqueurs du Kalahari

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2007

    © Rolex Awards/Eric Vandeville

    Une innovation technologique primée génère de nouveaux emplois et permet aux Bochimans de partager leur précieux savoir pour préserver l'environnement.

    L'assistant numérique personnel (ANP), accessoire électronique de tout jeune cadre dynamique, a été adapté au savoir ancestral des Bochimans du Désert de Kalahari pour donner naissance à une nouvelle profession: le traqueur numérique écologique.

    Équipés d'un système high-tech, des traqueurs ont servi contre les braconniers, dans l'écotourisme, l'éducation environnementale, la recherche et le suivi. Le logiciel gratuit, qui relie le savoir ancestral à un mappage des données électroniques, a servi différents objectifs à l'échelon mondial (enquêtes sociales, agriculture biologique, gestion intégrée de la lutte antiparasitaire et secours en cas de catastrophe).

    Capter les compétences

    La nouvelle profession est née du travail de Louis Liebenberg, spécialiste de l'environnement initié au pistage par les chasseurs à l'arc et à la flèche du Botswana, qui a admis l'intérêt de leurs compétences et de leur savoir pour la protection - et le manque d'attention des autorités responsables, en partie motivé par l'illettrisme des Bochimans.

    Justin Steventon, ancien informaticien de l'Université de Cape Town, et M. Liebenberg ont développé un ordinateur de poche et un logiciel d'enregistrement des observations, qu'ils ont appelé CyberTracker. L'ordinateur propose diverses icônes représentant plus de 40 espèces et sous-espèces d'animaux et de plantes ainsi que des activités: boire, manger, courir, se battre, s'accoupler et dormir. Presser une icône revient à enregistrer une observation ou une information. Chaque écran permet à l'utilisateur de consigner des données très précises. En moyenne, chaque pisteur peut entrer jusqu'à 300 observations par jour.

    Connecté à un système de navigation par satellite en 1996, l'ordinateur portable enregistre automatiquement les observations, l'heure, la date et la localisation. L'ordinateur central traite l'information puis dresse les cartes et plans des mouvements et des habitudes alimentaires des animaux. Actuellement, la collecte de données peut se faire sur un ANP et le traitement sur un ordinateur personnel. Le logiciel gratuit, qui fait du pisteur un traqueur électronique, a été chargé plus de 25 000 fois dans plus de 50 pays.

    Le CyberTracker a valu à M. Liebenberg le prix Rolex Award des entreprises puis un financement par l'Union européenne de ses activités; il a pu créer une organisation non gouvernementale pour développer et distribuer le logiciel en vue de créer un réseau mondial de suivi écologique (http://www.cybertracker.org). M. Liebenberg souhaitait se départir de la gestion pour se consacrer uniquement à la recherche; cet objectif n'est toujours pas atteint sans compter qu'il doit aussi évaluer les traqueurs à des fins de certification.

    Dès le départ, ses travaux étaient axés sur le développement social. «J'ai entrepris de montrer qu'il y a une alternative à la pauvreté et l'oppression des Bochimans, qui connaissent la nature et son rythme comme personne,» déclare-t-il. Avec l'aide de MM. Liebenberg et Steventon, les pisteurs illettrés qui ont participé au premier projet, consacré au rhinocéros noir, ont vu leurs résultats publiés dans une revue scientifique reconnue.

    Les traqueurs certifiés sont désormais très nombreux. M. Liebenberg dirige des programmes de certification en Afrique du Sud dans le Parc national de Kalahari Gemsbok et la réserve naturelle privée de Thorny Bush, près du parc national Kruger. D'autres programmes sont aussi organisés aux États-Unis.

    Pour plus d'information sur le CyberTracker, visitez le sitehttp://www.cybertracker.org

    Peter Hulm est rédacteur adjoint du Forum du commerce.