• back
  • LES OPC ÉVOLUENT-ELLES?

  •  

    Les OPC évoluent-elles?

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2005

    Photo: PHOTOS.COM

    Les institutions nationales sont essentielles à la dynamisation durable du commerce. Les organisations de promotion du commerce efficaces s'adaptent au contexte commercial en mutation. Tel est le premier message sur les OPC.

    Ce célèbre proverbe chinois, particulièrement bien adapté à tout type de développement durable, n'est pourtant pas suivi par les prestataires d'assistance technique, qui, dans leur hâte à bien faire et à le faire savoir, privilégient souvent la «solution de fortune» ou «l'action à réalisation rapide». En rassasiant l'homme affamé d'un poisson, ils obtiennent des résultats positifs immédiats qui contentent chacun sur le court terme. Mais quand l'homme revient le lendemain avec la faim au ventre, le donateur aura peut-être réaffecté les ressources vers une autre situation «à victoire rapide».



    Durabilité du développement commercial



    Les institutions de développement national financées par l'État (sans être forcément contrôlées par lui) sont indispensables au développement durable. Ardues à mettre en place, elles garantissent la pérennité une fois achevés les projets d'assistance technique.

    Ceci vaut pour les PMA (pays les moins avancés) comme le Cambodge et la République démocratique populaire lao, et pour les pays développés comme l'Irlande qui, pendant plus de 20 ans, a reçu une aide substantielle au développement de l'Union européenne (UE). L'alternative tient en des mesures symboliques sans garantie de durabilité au-delà du projet d'assistance technique.

    Les auteurs (peu nombreux) d'articles sur le développement du commerce s'appuient souvent sur les écrits de la Banque mondiale du début des années 90 et s'accordent sur le manque de résultats des organisations de promotion du commerce (OPC) dans les pays en développement généralement considérées comme des mécanismes d'exécution inappropriés d'appui au commerce pour diverses raisons: prestataires de service public uniques (ou en situation de monopole) dotés d'un personnel peu qualifié et mal rémunéré, dont l'action est entravée par des procédures gouvernementales inflexibles et des comportements et stratégies inadaptés; incohérence des objectifs et comportements due à la répartition des rôles administratifs et réglementaires; et incapacité à développer les services d'appui nécessaires.

    Examen approfondi des OPC

    Ce numéro de Forum du commerce, consacré à la 5ème Conférence mondiale des OPC (Malte, octobre 2004), nous permet d'analyser de plus près le travail des OPC à travers le monde et de nous interroger: Ont-elles évolué depuis 1991 et leur pertinence a-t-elle progressé ou régressé? Y a-t-il d'autres moyens mieux à même de fournir les services d'appui? Ces questions sont-elles judicieuses?
    L'évolution est indéniable mais inégale. Certaines OPC dans les pays les moins avancés sont à la traîne mais leur utilité ne saurait être remise en cause.

    La solution est multiforme



    Depuis les années 90, le contexte commercial est devenu très changeant et complexe pour les exportateurs potentiels et réels et les responsables politiques. Les structures institutionnelles qui fournissent les services d'appui sont plus que jamais nécessaires.

    Ces changements obligent les OPC à examiner et adapter en continu leur rôle et nous rappellent qu'il n'y a pas de solution unique. La fourniture de l'assistance technique est compliquée; il n'existe pas de solution miracle applicable en tout temps et en tout lieu.

    Quelles sont les structures appropriées? Les pays en développement ne peuvent compter éternellement sur l'assistance technique étrangère, aussi efficace soit-elle, et doivent précocement développer leur propre expertise au sein de structures institutionnelles spécialisées.

    Ces structures sont multiples et vont de celles liées à l'infrastructure de base (douanes, transport, aéroports et ports maritimes, etc.) à celles facilitant l'accès aux marchés et soutenant la compétitivité (bureaux des normes ou installations de conditionnement). Les OPC sont une de ces structures, sans doute celle ayant la plus large assise commerciale.

    En tant que principales agences de développement, ces institutions sont sans but lucratif et doivent disposer d'un financement fiable, le plus souvent sous la forme de fonds publics d'origines variées (impôts, prélèvements ou donations).

    Les services intégrés sont une des voies possibles



    Si on conteste peu aujourd'hui l'intérêt d'un point focal sur le développement des exportations, sa forme suscite de nombreux débats. Doit-il conjuguer promotion du commerce, du tourisme et de l'investissement? Chaque pays fait ses propres choix qu'il peut réorienter à tout moment. Au rang des rares exemples récents de fusions en faveur d'un guichet unique figurent :

    Innovation Norway: Fondée en janvier 2004, cette entreprise publique regroupe 4 organisations: Office national du tourisme de Norvège; Conseil norvégien du commerce extérieur; Fondation norvégienne de développement industriel et régional (SND) et Office gouvernemental de conseils aux inventeurs (SVT). Elle encourage le développement industriel national fondé sur l'innovation, l'internationalisation et la communication.

    Malta Enterprise: En janvier 2004, trois agences, MDC (Promotion des investissements), METCO (Promotion du commerce) et IPSE (Promotion des petites entreprises), ont fusionné pour former Malta Enterprise, interlocuteur unique des sociétés souhaitant commercer avec Malte et y investir. Elle propose divers services et solutions pratiques aux entreprises maltaises souhaitant internationaliser leurs opérations et aux entreprises internationales cherchant à commercer ou investir.

    Enterprise Mauritius: L'entreprise est née de la fusion fin 2004 de 3 organisations dont elle a repris les activités: Autorité de développement des zones franches (EPZDA), Promotion des exportations (MIDA) et une activité de sous-traitance régionale de l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (SUBEX-M).

    Certains empruntent un chemin différent…



    A différents stades de leur développement, les pays doivent opérer un choix (voir ci-après). Mais ils ne sauraient faire l'impasse sur la structure institutionnelle financée par l'État chargée d'attirer l'attention sur les besoins en matière de développement du commerce.

    Commerce international Canada (CICan): Ce ministère est né début 2004 de la division de l'ancien Ministère des affaires étrangères et du commerce international en deux départements séparés: Affaires étrangères Canada (ATC) et CICan qui œuvre au développement du commerce (services à l'exportation, élaboration de politiques et stimulation des investissements). La promotion du commerce et des investissements est du ressort du Ministère du commerce international. Les affaires étrangères restent un département autonome sous tutelle du Ministère des affaires étrangères.

    Export Barbados Inc.: S'exprimant sur le budget, le Premier ministre barbadien a déclaré: «La Barbade est un des rares pays dont le développement est freiné par des contraintes de devises sans qu'il ne dispose d'une institution spécialisée élaborant des politiques et des programmes de développement et de promotion des exportations et surveillant la mise en œuvre des mesures visant à rechercher et exploiter en permanence les opportunités nouvelles sur les marchés d'exportation.»

    Au titre de la réponse du FMI (Fonds monétaire international) à la crise de la balance des paiements, la Société de promotion des exportations de la Barbade a été dissoute au début des années 90 et le développement des exportations a été confié à la Société d'investissement et de développement de la Barbade.

    Le Premier ministre a déclaré qu'il s'agissait d'une erreur institutionnelle stratégique qui a marginalisé le développement et la promotion des exportations et donné des résultats médiocres à l'exportation; il a proposé la création d'une nouvelle institution (Export Barbados Inc.) œuvrant au développement et à la promotion des exportations.

    Export Ireland: En 1998, les entités irlandaises de développement industriel national ont fusionné en une agence unique, Enterprise Ireland. Un récent rapport de l'Enterprise Strategy Group a conclu qu'«au niveau national, l'Irlande doit disposer d'un point focal pour le développement des marchés internationaux chargé de faciliter l'accès aux marchés internationaux mondialisés et de promouvoir l'image de l'entreprise à l'échelon international».

    Le rapport a recommandé la création interne d'«une structure efficace, Export Ireland, dotée de son propre budget et de compétences en matière de leadership censée développer une approche davantage centrée sur les informations des marchés d'exportation et la promotion».

    Développement de la capacité nationale



    Plutôt que de renforcer la capacité institutionnelle, certains prestataires d'assistance technique ont fait appel à des consultants étrangers ou des systèmes de montants compensatoires; leur rôle est indéniable mais ils ne garantissent pas la durabilité.

    Seul le développement des compétences et des institutions nationales peut apporter la durabilité mais le processus est lent et coûteux.

    Les pays en développement disposent rarement de services de base (ou de services suffisants) quelle que soit la source (publique, privée ou agence internationale). Les agences financées par l'État sont les mieux placées pour assurer ces services sur le long terme.

    La solution consiste à confier la fourniture des services utiles aux OPC qui doivent disposer d'une stratégie organisationnelle pertinente compatible avec la stratégie de développement du commerce national. Les services requis sont souvent inscrits dans la législation en vigueur ou le mandat ou règlement de l'organisation. Il faut se rappeler que les services appropriés à la Finlande par exemple ne sont pas forcément transposables (voire réalisables) au Kenya et que dans les deux cas ils évoluent.

    Davantage de services spécifiques à l'entreprise et au secteur



    Les services d'appui actuels doivent être plus axés sur l'entreprise et le secteur. Loin de se contenter désormais d'informations générales, les exportateurs veulent une assistance spécialisée répondant à leurs besoins spécifiques pour laquelle ils sont parfois prêts à payer.

    Ainsi Proexport Colombia a offert des cours de recyclage à son personnel et développé de nouveaux outils sur internet pour fournir des informations sur mesure aux clients sur des marchés et secteurs sélectionnés. Une partie du salaire est fonction des résultats de l'organisation.

    Les services doivent ajouter de la valeur



    Les entreprises recherchent les services ajoutant de la valeur à leurs opérations; les OPC doivent leur fournir une assistance non disponible sur internet, auprès de consultants privés ou autre source aisément accessible. Ces prestations requièrent un savoir spécialisé et des contacts susceptibles de fournir des informations et des conseils opportuns. Les pays hautement compétitifs valorisent désormais le travail des représentants spécialisés en commerce international.

    Des prestataires privés offrent ce type d'infrastructures dans quelques pays développés ou en développement.

    Les pays doivent se prendre en mains



    Les questions soulevées ne sont sans doute pas les seules méritant réflexion mais elles ont l'avantage d'être pertinentes. Les réponses portent à conclure que le développement durable consiste à hisser les pays à un niveau suffisant de développement au-delà duquel l'assistance devient caduque, les compétences, structures et systèmes mis en place pouvant apporter une réponse nationale aux problèmes.

    Les OPC sont une composante importante de la structure garantissant la durabilité du développement du commerce. Les pays doivent se prendre en main même si le processus est lent et difficile.


    Philip Williams est Conseiller principal du CCI, Service d'appui aux entreprises.