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  • LE COMMERCE ÉLECTRONIQUE OUVRE DE NOUVELLES POSSIBILITÉS: LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT SONT-ILS PRÊTS À SE LANCER?

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    Le commerce électronique ouvre de nouvelles possibilités: Les pays en développement sont-ils prêts à se lancer?

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2001 

    L'exportation de services, le développement de logiciels et la fabrication de matériel, tels sont les trois principaux créneaux du marché qui s'ouvrent aux entreprises des pays en développement et des économies en transition. Les exportateurs habituels peuvent aussi tirer parti des nouvelles technologies afin de réduire les coûts et de se repositionner sur le marché international. Les entreprises qui en bénéficieraient le plus sont-elles néanmoins prêtes à faire le pas?

    De nouvelles méthodes pour le commerce 

    L'économie numérique est en train de refaçonner les échanges internationaux, au fur et à mesure que de nouvelles modalités s'installent et que de nouveaux intermédiaires commerciaux apparaissent. Le commerce continue comme avant, mais avec de nouvelles méthodes, et aussi de nouvelles possibilités: c'est précisément en cela que le commerce électronique est intéressant.

    Un marché en évolution 

    Le commerce électronique ouvre de nouvelles perspectives aux entreprises qui se consacrent à l'exportation, en particulier les plus petites. Elles peuvent accéder aux intrants plus rapidement, rationaliser les chaînes de l'approvisionnement et de la distribution des exportations (en éliminant les intermédiaires par exemple) et réduire ainsi les coûts des transactions.

    La capacité en matière de commerce électronique ne signifie pas qu'un exportateur doit gérer en ligne chaque étape de la transaction. Pour l'instant, l'exigence du marché n'en est pas là. Le développement des exportations dans le cadre de l'économie numérique est plus nuancé.

    Le défi demeure néanmoins d'acquérir une capacité en la matière. Cela exige une réponse concertée tant de la part de l'entrepreneur que des stratèges du secteur public et des responsables des institutions d'appui au commerce (y compris les banques).

    Une approche par étapes 

    Les entreprises devraient planifier de se lancer dans l'électronique par étapes. Pour ce faire, elles pourraient commencer par renforcer les capacités de quelques personnes dans leur équipe, établir une présence sur le web, créer une infrastructure de communication pour que l'entreprise soit prête en toute circonstance, étendre le réseau électronique et son usage aux partenaires, clients et fournisseurs, enfin redéfinir les stratégies compétitives en y incluant

    l'électronique. À court terme, les PME des pays en développement et des économies en transition n'ont pas besoin de viser un niveau idéal de compétence électronique. Pas plus que les programmes de développement et les connaissances sur le commerce électronique du secteur public ne doivent être menés à ce niveau de sophistication.

    Les programmes proposés par le secteur public devraient plutôt veiller à ce que les entreprises qui se consacrent à l'exportation atteignent un niveau de compétence en matière électronique qui leur permette d'assurer leur présence électronique sur le marché international et qu'elles commencent à introduire des systèmes de commerce électronique pour les opérations internes (soit l'étape 3).

    À la longue, les entreprises devraient tendre vers une capacité de réponse totale. Certains signes sur le marché international confirment quel est le niveau minimal de compétence électronique nécessaire pour qu'une société soit compétitive à l'exportation.

    Les nouveaux créneaux 

    Trois catégories importantes de créneaux commerciaux sont apparues: l'exportation de services, et le matériel et les logiciels informatiques. Les possibilités d'exportation de services qui dérivent des technologies de l'information et des communications (TIC) croissent à mesure que les usages commerciaux évoluent et que de nouveaux intermédiaires apparaissent. Le développement du matériel et des logiciels informatiques représente des créneaux de cette branche, principalement en formant des partenariats avec des firmes multinationales.

    Les services 

    L'internet permet aux fournisseurs d'accès de s'«internationaliser», élargissant ainsi leur portée sur le marché. Ils peuvent ajouter de la valeur en offrant un plus vaste éventail de prestations et des services sur mesure. Les nouvelles possibilités commerciales pour les prestataires usuels de services (comme la recherche et le dessin industriels) marchent mieux dans les sociétés dont les résultats sont solides. Il existe en outre parmi ces nouveaux créneaux des services propres à l'internet: la gestion de sites portails, la conception et la promotion de sites web, la formation électronique, la gestion de projets en ligne, les consultations médicales à distance.

    Le développement des logiciels 

    Pour la majorité des concepteurs de logiciels des pays en développement et des économies en transition, la meilleure façon de s'assurer des exportations est de devenir partenaire de sociétés productrices de logiciels et de solutions informatiques établies dans les grands marchés, car la plupart des concepteurs de logiciels hors des pays industrialisés ne bénéficient pas de la reconnaissance de leur marque ou de l'acceptation du marché nécessaires à la commercialisation de leurs propres produits à l'échelle internationale. Selon Kamar M.S. Aulakh, de la firme Quark, Inc., «[pour] les services de maintenance, de développement sur mesure et de conseil en TI, l'externalisation vers des entreprises des pays en développement et des économies en transition est en train de devenir un des aspects principaux de l'économie numérique d'aujourd'hui».

    Les marchés du matériel 

    Selon des calculs du CCI effectués sur la base des statistiques COMTRADE des Nations Unies, la demande mondiale d'équipement et de composants pour l'information et la communication (à l'exclusion des machines électriques) frisait les US$ 600 milliards en 1998. Cette demande croît à un taux de 12% à 15% par année. Étant donné que les nouvelles technologies stimulent une demande toujours plus vaste et plus exigeante pour le matériel et les services liés à l'internet, le marché mondial des importations va dépasser US$ 1000 milliards avant l'an 2005. Le secteur de l'information et des communications est en fait devenu l'une des principales activités de croissance au sein des échanges mondiaux, dépassant les secteurs de l'agriculture, de l'automobile et des textiles.

    Partenariat avec les multinationales 

    «La meilleure stratégie consiste à travailler avec les sociétés multinationales. En effet, ellescherchent des partenaires», a affirmé R.K. Verma, Directeur exécutif du Centre indien de recherche et de développement électronique lors du Forum exécutif.

    Le marché de matériel technique pour l'information et les communications est dominé par les firmes multinationales. Du point de vue d'un exportateur d'un pays en développement ou en transition, ce marché se caractérise par:

    • des barrières d'entrée énormes pour les producteurs indépendants;

    • une séparation géographique et organisationnelle de la recherche et du développement du produit, de la production, et de la commercialisation;

    • l'accent mis sur la spécificité de la tâche ou du composant par opposition au produit complet (par exemple la production d'un composant ou l'assemblage), la concentration sur le degré le plus bas de l'«échelle de la complexité» (par exemple les circuits intégrés et les pièces d'ordinateurs) et des limitations à l'amélioration de la chaîne de valeur;

    • une concurrence croissante parmi les fournisseurs de tâches et ceux de composants, l'emphase étant mise sur le prix et la capacité de réponse dans un secteur où le cycle de vie d'un produit est de plus en plus court, et une concurrence déterminée surtout par la proximité aux marchés principaux et aux pôles de croissance (ce qui est paradoxal vu la tendance à l'élimination de la distance apportée par les TIC.

    Les entreprises des pays en développement et des économies en transition qui se sont fondées sur le marché de matériel technique pour l'information et les communications ont réussi en majeure partie parce qu'elles se sont intégrées à des réseaux de fourniture et de sous-traitance établis par les multinationales.




    Compétence électronique dans l'entreprise: approche par étapes 

    Étape 1: Du personnel efficace. Avec l'économie numérique, la pression s'oriente vers une capacité de réponse totale; il faut faire en sorte que le personnel soit à l'aise avec les nouvelles technologies et qu'il sache utiliser l'internet et le courrier électronique.

    Étape 2: Une présence minimale sur le web. Développez un site web et faites-le connaître à vos clients et fournisseurs en en inscrivant l'adresse sur les cartes de visite de la maison et dans l'en-tête de votre papier à lettre. N'hésitez pas à faire appel à un concepteur de sites professionnel. Le site doit contenir une information structurée, un accès rapide et une navigation aisée; évitez une technologie ou des images trop sophistiquées.

    Étape 3: L'«infostructure». Il faut adapter les processus internes aux modèles en ligne des cycles d'achat et de vente en tenant compte des consommateurs, des partenaires, des fournisseurs et des employés. Intégrez d'autres systèmes commerciaux de base au processus de développement de votre infostructure. Établissez ainsi un réseau interne par lequel le personnel a accès à l'information grâce à une seule entrée.

    Étape 4: Une organisation étendue. Approfondissez le partage de l'information. Commencez à développer un réseau commercial externe en offrant à vos clients et partenaires un accès limité, protégé par une barrière de sécurité, à l'infostructure de l'entreprise.

    Étape 5: Transformation commerciale. Prévoyez d'inclure dans votre réseau commercial externe le concept de «communautés». Aménagez votre site en fonction du visiteur: développez-y des pistes et rendez-en la consultation attrayante. Redéfinissez les processus commerciaux qui sous-tendent le site pour qu'ils répondent efficacement à l'interne et qu'ils satisfassent les besoins des clients et des partenaires qui ont accès à l'infostructure de l'entreprise.

    Étape 6: La transformation stratégique. À ce stade, l'internet fait déjà partie intégrante de la structure de votre entreprise, de ses processus et surtout de sa culture. La direction doit à présent repenser la nature des activités de l'entreprise et appliquer les compétences électroniques pour redéfinir les produits et services appropriés qu'elle offre, comment ils sont offerts, ainsi que leurs implications sur les rapports avec les clients et les partenaires commerciaux.

    Source: I. Worrell, I. Sayers, P. Williams, CCI 




    Les possibilités de développement de logiciels pour les pays en développement 

    Ce que pense un important concepteur de logiciels à propos des fournisseurs issus des pays en développement et des économies en transition. 

    «Pour rester leader sur le marché, nous devons garder auprès de nous les meilleurs ingénieurs en informatique. Pour ce faire, nous avons créé des centres de développement de logiciels dans de nombreux pays en développement.

    La conception de logiciels constitue l'activité principale de Quark et doit demeurer dans l'entreprise. Il s'agit d'une pratique courante dans l'industrie des produits logiciels. Par conséquent, nous n'externalisons pas le développement de logiciels, pour excellentes et compétitives que peuvent être certaines sociétés indépendantes. Nous préférons mettre sur pied des succursales.

    Pourtant, dans d'autres domaines comme la maintenance, le développement sur mesure et les services de conseil en matière de technologies de l'information, l'externalisation vers des sociétés sises dans les pays en développement ou en transition représente un aspect important.

    En général, les critères de sélection pour l'externalisation de tâches liées aux TI sont semblables à ceux d'autres activités. Les grandes sociétés prennent en considération le coût et la qualité, ainsi que la capacité de livraison dans les délais.

    Outre la Chine, l'Inde et Singapour, certains pays d'Europe de l'Est et d'Asie ont à présent développé des capacités. Le secret d'une bonne entente de travail dans l'industrie des logiciels entre le siège et les succursales ou les sous-traitants à l'étranger réside dans la communication, puisque le développement de logiciels est un processus long et ardu qui nécessite que les membres d'une équipe se consultent les uns les autres en permanence. L'avantage des pays membres du Commonwealth est leur possibilité de communiquer en anglais.

    Pour le spécialiste des stratégies nationales d'exportation, la préoccupation devrait se centrer sur l'éducation, l'expérience et l'infrastructure.»

    Résumé d'une entrevue avec Kamar M.S. Aulakh, Vice-Président, Recherche et développement, Quark, Inc., importante société dédiée à la conception de logiciels dont le siège se trouve aux États-Unis. Le texte complet de l'interview est disponible en anglais sur le site web du Forum exécutif, sous «July Brainstorming». 

    Les pays en développement sont-ils prêts? 

    Trois enquêtes du CCI 

    Plusieurs enquêtes menées lors de la préparation du Forum exécutif 2000 indiquent que les entreprises possédant une compétence électronique sont l'exception. Ces résultats ont révélé qu'il n'y a pas eu d'efforts concertés au sein de la communauté des affaires dans la majeure partie des pays en développement et des économies en transition, soit pour se doter de cette compétence, soit pour utiliser l'internet comme outil en vue d'augmenter ou de maintenir sa compétitivité au niveau international. C'est le cas des PME qui, dans la majorité des pays en développement, contribue aux résultats des exportations nationales.

    Les PME exportatrices et les technologies de l'information 

    Lors d'une des enquêtes, le CCI a pris contact avec 50 PME «branchées» en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Europe de l'Est. Chacune d'entre elles possédait un site internet. L'objectif était de recueillir leur opinion à propos des technologies de l'information et des communications (TIC) comme instruments de développement commercial et, ainsi, de mesurer si elles étaient prêtes à démarrer dans le commerce électronique.

    Les résultats furent surprenants. Le fait d'être connecté est considéré comme un outil de communication précieux, mais non comme un aspect essentiel de la compétitivité. Il était reconnu que l'utilisation des TIC était importante pour instaurer une culture des affaires moderne et novatrice au sein de l'entreprise, mais qu'elle n'avait pas ou peu d'incidences sur les perspectives de ventes ou l'efficacité de l'approvisionnement.

    Parmi les cadres contactés, peu considéraient une stratégie internet comme partie intégrante de leurs tâches. Ils ne pensaient pas non plus que l'application des TIC allait devenir un élément clé de leur stratégie de développement commercial à long terme. Ils considéraient les transactions électroniques intégrées comme lointaines, car ils pensaient qu'il était difficile d'introduire le financement ou le paiement en ligne, ainsi que de remplir les formalités liées aux impôts et taxes.

    Les exportateurs de vêtements et la pratique d'achat en ligne 

    Une deuxième enquête sur les PME des pays en développement s'est concentrée sur l'usage de l'internet pour agiliser l'approvisionnement. Elle couvrait les exportateurs de vêtements au Bangladesh, aux Philippines et au Sri Lanka, qui importaient une quantité importante de tissus. L'enquête a confirmé que le courrier électronique était l'unique utilisation internet. Pour la plupart, elles n'avaient pas la nécessité de recourir à l'internet pour dénicher de nouveaux fournisseurs. Aucune ne se servait de la possibilité de demander les prix offerte par les applications de l'internet. Aucune n'achetait ou ne gérait la logistique via le net.

    Les organismes nationaux de promotion des échanges 

    Une troisième enquête sur 51 organismes de promotion commerciale de pays en développement et en transition a montré des réponses inégales aux exigences de l'économie numérique. Moins de la moitié des institutions ont indiqué une composante spécifique au commerce électronique dans leurs stratégies de développement des exportations. Parmi les pays dotés d'une stratégie liée aux échanges en ligne, peu possèdent une approche intégrée pour s'assurer que le contexte adéquat est en place pour l'expansion du commerce électronique, et moins encore ont établi un programme complet de soutien au secteur du commerce.

    Brian Barclay, du CCI, a coordonné le Forum exécutif 2000. Natalie Domeisen a participé à la modération des discussions en ligne à l'occasion de cette rencontre. 




    Définir l'aptitude au commerce électronique 

    L'«aptitude au commerce électronique» signifie qu'une entreprise peut:

    • Exécuter une recherche de marché préliminaire et identifier des partenaires commerciaux potentiels.

    • Promouvoir ses capacités et établir une présence en ligne avec un site internet.

    • Initier et maintenir des contacts réguliers avec des clients et fournisseurs éventuels par courrier électronique.

    • Obtenir des renseignements commerciaux.

    • Négocier les détails et les termes d'un contrat.

    • Passer et signer des contrats grâce à des signatures électroniques.

    • Demander du matériel en vue de produire des biens commandés, et contrôler la production et la livraison.

    • Accélérer le dédouanement de matériel importé.

    • Coordonner la production et la livraison avec les sous-traitants.

    • Tenir l'acheteur au courant de la production et de la livraison.

    • Coordonner l'expédition avec les transitaires.

    • Obtenir les certificats d'origine et autres documents d'exportation.

    • Planifier le paiement aux fournisseurs par l'intermédiaire des banques locales.

    • Recevoir le paiement des acheteurs par l'intermédiaire des banques internationales.