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  • L'APPROVISIONNEMENT ÉLECTRONIQUE DANS LE MARCHÉ DE L'AIDE

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    L'approvisionnement électronique dans le marché de l'aide

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2001

    De nombreux acheteurs financés par l'aide mettent leurs avis d'appel d'offres sur leur site internet.

    Voici, pour les fournisseurs des pays en développement, des détails sur les tendances de l'approvisionnement de l'aide par internet, plus quelques conseils et de nombreuses adresses.

    Dans les pays en développement, un nombre croissant de compagnies exécutent par internet une part essentielle de leur commercialisation et de leurs ventes destinées à l'aide qu'apportent les gouvernements, les Nations Unies (NU) et les agences humanitaires. L'approvisionnement des besoins de l'aide et des projets de développement, tels que la construction de routes ou le secours d'urgence pour les réfugiés, a toujours fait appel à des entreprises des pays en développement, en particulier pour les achats locaux de produits et services essentiels, lors de négociations tête à tête et par écrit.

    Processus nouveau, l'approvisionnement électronique de l'aide en est encore à ses débuts, mais cela pousse les entreprises à chercher plus de clients, à proposer des produits à l'exportation et à augmenter leur compétitivité sur les marchés internationaux. L'approvisionnement électronique permet aux acheteurs financés par l'aide de comparer rapidement, facilement et à moindre frais les prix, spécifications et dates de livraison chez des fournisseurs du monde entier.

    Lors d'approvisionnement électronique, on utilise l'internet de différentes manières. Ainsi, il existe:

    • des sites internet de compagnies avec leur catalogue de produits, et parfois la possibilité d'y acheter en ligne;

    • les sites internet des agences d'aide, avec des avis d'appel d'offres qui invitent les entreprises à soumettre leurs offres grâce à des formulaires en ligne ou par e-mail;

    • des sites portails ou des Bourses par internet qui établissent des marchés en mettant en contact acheteur et vendeurs;

    • l'envoi d'information par e-mail à des acheteurs ou fournisseurs potentiels.

    Les acheteurs incluent les gouvernements, soit qu'ils font partie des donateurs par l'intermédiaire de programmes de développement ou d'organisations humanitaires, soit qu'ils sont des nations bénéficiaires d'aide ou de prêts; les agences des NU avec leurs tâches spécifiques; les forces armées lors d'opérations humanitaires ou de maintien de la paix; certains organes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et d'autres organisations non gouvernementales comme Oxfam.

    De nombreux courtiers sont d'ailleurs actifs dans ce domaine - ce qui prouve que l'aide constitue un marché complexe représentant de multiples petites opérations -, qui vendent aux acheteurs ou leur servent d'agents. À l'exception de Crown Agents, au Royaume-Uni, peu d'entre eux investissent beaucoup dans l'approvisionnement électronique.

    L'aide en ligne

    Des tentatives sont faites pour mettre le marché de l'aide sur l'internet, avec par exemple les Gouvernements des États-Unis ou du Japon, du Chili ou du Mexique qui proposent toujours plus de marchés publics en ligne, sur des sites web où paraissent des avis d'appel d'offres concernant l'aide ou des besoins du secteur public. Les banques de développement donnent en ligne des détails sur leurs programmes de prêts destinés aux dépenses publiques.

    La BFCNU permet aux entreprises, moyennant une cotisation, de laisser leurs coordonnées et autres renseignements à leur propos; il existe 40 autres endroits dans le système des NU qui comptent des registres et des listes de fournisseurs.

    Des ONG telles que le CICR sont intéressantes pour les entreprises de petite taille des nations en développement, car elles s'engagent souvent à acheter localement, même si elles utilisent aussi l'internet, par exemple pour préparer en ligne des appels d'offres communs afin de bénéficier du meilleur prix pour les produits et services courants comprenant tant des aliments que les communications par téléphone mobile.

    Il existe des compagnies qui se spécialisent dans les appels d'offres publics - pour des autorités locales ou nationales, l'armée ou encore des institutions internationales - sur l'internet grâce à des portails payants.

    Les avantages

    Universal Trading Corporation (http://www.tentsandshelters.com), dont le siège se trouve au Pakistan, est un exemple de ces sociétés des pays en développement qui savent tirer parti de l'internet: son activité principale est d'y proposer des tentes. Son directeur commercial, Rana Tahir Abbas, nous informe que sa compagnie et son site sont inscrits auprès de diverses agences des NU ainsi que sur d'autres sites consacrés à l'aide humanitaire tels qu'AlertNet. «L'internet est très important pour notre société. Cela a sans doute donné de l'élan à nos affaires». Le dynamisme est la qualité de Mohammad Javed Iqbal, cadre supérieur chez Yasar Tentage and Textiles (http://www.yasar-tentage.org), firme spécialisée dans la vente de couvertures, d'articles d'hébergement et d'aliments, sise à Islamabad. En effet, il ne se contente pas d'attendre les visiteurs sur son site; selon lui, «AlertNet est très utile pour notre compagnie. Nous nous en sortons bien grâce à la recherche de clients sur des sites comme ReliefWeb ou InterAction, en envoyant des messages électroniques et en dénichant des acheteurs pays par pays.»

    L'internet, les sites web et la messagerie électronique sont essentiels pour les entreprises des pays en développement, surtout en Afrique, selon Neale du Plooy, Directeur de gestion de Tactical Medical Developments (http://www.icon.co.za/~tacmed), en Afrique du Sud, qui produit de l'équipement médical de terrain et des combinaisons de déminage. «Ce qui nous prendrait une semaine avec un courrier postal et le téléphone se résout à présent en cinq minutes», déclare-t-il. Il juge que DevBusiness, la revue en ligne des NU spécialisée dans les appels d'offres, vaut bien les US$ 495 d'abonnement annuel.

    Frais et incidences

    Malgré l'enthousiasme que suscite l'internet, les entreprises des pays en développement devraient en peser le pour et le contre. Il faut mesurer les coûts, qui vont des ordinateurs aux lignes téléphoniques, sans compter la formation nécessaire pour créer des pages web ou la sous-traitance de ce service, ainsi que le temps à investir dans la recherche sur le net et la maintenance du site.

    Dénicher des négoces par l'intermédiaire de l'internet et du courrier électronique requiert des connaissances d'une ou plusieurs langues internationales. La qualité de la présentation du site et de la traduction - ou son absence - peut influencer l'opinion du visiteur sur la qualité des produits proposés. Il peut y avoir également une pression sur les prix et les marges de profit, sans que l'on tienne compte de la qualité du produit, puisque l'acheteur ne l'aura jamais en main.

    Enfin, il faut savoir rester vigilant avec l'internet, car il peut s'y produire des escroqueries, ou encore, plus simplement, la distance et le peu de contact peuvent rendre difficile, lors des achats, le maintien de critères éthiques, concernant par exemple le travail des enfants, le commerce des armes ou l'environnement, que les personnes travaillant dans le domaine de l'aide tiennent à respecter.

    Il existe de nombreux avantages dans l'approvisionnement électronique, notamment parce qu'il donne des chances aux entreprises des pays en développement de se positionner sur les marchés mondiaux.

    Il devrait permettre d'économiser temps et argent lors de la commercialisation et des ventes, accroître l'efficacité et améliorer les produits et services en raison de la comparaison avec la concurrence. Les entreprises peuvent aussi se servir de l'approvisionnement en ligne pour réduire les coûts de la chaîne de l'approvisionnement.

    L'approvisionnement électronique de l'aide doit encore faire des progrès, non seulement en raison de ses limites actuelles, mais plutôt à cause de la complexité du domaine de l'aide, de la dispersion et du bas niveau de l'investissement relatif à son approvisionnement.

    Dorénavant, les sites subiront des améliorations constantes pour satisfaire les attentes, offrant ainsi des clichés des produits ou même des démonstrations en mouvement, des possibilités l'interactivité pour que les clients puissent connaître en ligne le niveau des stocks, les prix et les délais de livraison, des logiciels pour suivre les envois, des mécanismes de sécurité accrue lors des opérations de vente, et des changements structurels pour permettre l'intégration dans des sites portails commerciaux et des systèmes de gestion de fournitures destinées à l'aide tels que le très utile système de gestion des secours SUMA.

    D'ici à une année ou deux, de nombreux autres donateurs, agences et entreprises vont mettre leurs avis d'appel d'offres en ligne, soit sur leur propre site, soit par échange, de sorte que les firmes devront adapter leur production en fonction de soumissions rapides, ciblées et concurrentielles, répondre aux codes et spécifications conçus pour accélérer l'approvisionnement électronique, et mettre en place des systèmes financiers capables de gérer les commandes en ligne. Ainsi, les entreprises doivent se préparer.

    Nick Cater est Consultant et Journaliste spécialisé dans l'aide et le commerce (n_cater.2hotmail.com).