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  • L'AIDE POUR LE COMMERCE EN ASIE ET DANS LE PACIFIQUE

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    L'aide pour le commerce en Asie et dans le Pacifique

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 2/2009

    La croissance fondée sur l'exportation a fortement contribué à la prospérité de la région Asie-Pacifique au cours des quatre dernières décennies; de nombreux pays restent cependant à la traîne et se maintiennent dans la pauvreté. La Banque asiatique de développement (BAsD) estime que dans les pays asiatiques en développement, près de 900 millions de personnes vivent avec moins de $E.U. 1,25 par jour. Même dans les pays les plus prospères se côtoient des régions riches et pauvres qui témoignent de manière saisissante des deux visages de l'Asie.


    La crise économique mondiale a exacerbé la situation. L'effondrement des exportations de la région laisse à penser que, dans les pays asiatiques en développement, la croissance accumulée du PIB plongera de 6,3 pour cent en 2008 à près de 3,4 pour cent cette année. Même si la région recouvre les 6 pour cent prévus pour 2010, il est probable que les pays à faible revenu et les petits États resteront à la traîne. La progression de la pauvreté est très préoccupante.

    Les dernières réunions organisées dans la région ont dégagé trois points clés garantissant l'efficacité de l'Aide pour le commerce. Le premier est que les approches régionales soutenant les stratégies nationales de développement sont les mieux à même de multiplier les bénéfices de l'Aide pour le commerce. Deuxièmement, l'aménagement de corridors économiques transfrontaliers est au cœur des programmes d'Aide pour le commerce couronnés de succès. Troisièmement, l'instauration de solides partenariats entre les gouvernements, le secteur privé et la communauté des donateurs garantit la durabilité des bénéfices.

    Rééquilibrer la croissance vers une augmentation de la demande nationale et régionale est un facteur clé de la relance dans la région, qui favorisera l'essor du commerce interrégional, accélérera la relance régionale et renforcera l'approche du régionalisme asiatique. À cet égard, il est important que les pays ne recourent pas à des mesures protectionnistes. La baisse de la demande et la hausse du chômage alimentent les pressions protectionnistes suite notamment à l'influence des lobbies politiques dans les secteurs en déclin. Certains pays semblent recourir à des formes traditionnelles de protection telles que les droits de douane et les subventions, alors que d'autres usent de mesures plus subtiles de diverses natures, notamment sanitaires et phytosanitaires, antidumping et appelant au "protectionnisme vert". Pour contrer cela, la région Asie-Pacifique doit garder les marchés ouverts, coopérer au plan régional, former les travailleurs et développer des filets de sécurité.

    L'Aide pour le commerce en action



    La BAsD s'est investie dans l'Aide pour le commerce dès 2006, en tant que membre du Groupe consultatif de l'OMC et coorganisatrice des réunions concernant l'examen régional de Manille en septembre 2007 et de Siem Reap au Cambodge en 2009. Elle agit également en tant que secrétariat du groupe technique régional pour la région.

    Depuis longtemps, la banque reconnaît que l'Aide pour le commerce est essentielle à la relance économique, au développement à long terme et au changement structurel. L'approche des projets spécifiques n'est pas "unitaille" mais l'expérience de la BAsD laisse penser que l'assistance aux projets a déjà généré de nombreux bénéfices d'autant plus importants que coexistent une volonté politique et une coordination effective des donateurs. En fait, c'est le principal enseignement tiré de plus de 15 ans d'appui au programme de la sous-région Bassin du Mékong, qui permet au Cambodge, à la République populaire de Chine, à la République démocratique populaire lao, au Myanmar, à la Thaïlande et au Viet Nam d'œuvrer ensemble à la promotion du développement via la création de liens économiques étroits.

    Des progrès substantiels ont été faits depuis le lancement du programme en 1992. Jusqu'ici la sous-région a bénéficié de 41 projets pour un montant total estimé à $E.U. 11 milliards; la BAsD a aussi élargi le crédit de $E.U. 3,8 milliards et le cofinancement à $E.U. 4 milliards. Le corridor nord-sud du bassin du Mékong, qui relie la Chine à la Thaïlande via le Laos, est un exemple concret des avancées possibles. En 1997, il fallait trois jours aux marchandises pour parcourir les 270 km de pistes poussiéreuses du corridor du Laos alors qu'aujourd'hui quatre heures suffisent; le trafic commercial a fortement augmenté grâce à un projet de $E.U. 90 millions financé à parts égales par la Chine, la Thaïlande et la BAsD. Et surtout, le PIB par habitant a fortement progressé en 2008 dans une des provinces les plus pauvres du Laos.

    D'une manière générale, la part du commerce entre les pays du bassin du Mékong a augmenté au cours de la dernière décennie. Les initiatives menées dans la sous-région ont permis une expansion rapide des projets appliqués dans le corridor. Et surtout, le programme de facilitation du transport et du commerce a déjà prouvé son efficacité et d'autres sous-régions de pays asiatiques en développement l'ont reproduit, comme l'initiative récente de Coopération économique régionale en Asie centrale.

    En tant que banque de développement de la région, la BAsD est le catalyseur naturel permettant de mobiliser et de canaliser efficacement l'Aide pour le commerce, ce qui peut être fait au départ par trois voies: premièrement par une hausse des prêts destinés à l'infrastructure liée au commerce aux plans national, sous-régional et régional; deuxièmement, par une aide à la coordination des divers participants à l'Aide pour le commerce, comme le secrétariat du nouveau Groupe technique régional, codirigé par le Cambodge et le Japon; et troisièmement par un partage de l'expérience et de l'expertise technique transfrontalières liées aux activités de l'Aide pour le commerce via le dialogue et des analyses politiques.

    Cet article est adapté d'un discours prononcé le 6 juillet 2009 à Genève, Suisse, lors du deuxième examen global de l'Aide pour le commerce: Maintenir la dynamique.