Le commerce mondial du cuir, qui compte parmi les marchandises
le plus souvent échangées, s'élève à plus de US$ 50 milliards par
année et va en croissant. En Afrique, le secteur du cuir, bien que
doté d'atouts naturels, risque de rater l'occasion de s'étendre sur
les marchés mondiaux.
Par ailleurs, ce secteur doit anticiper les défis commerciaux qui
peuvent découler de la Conférence ministérielle de Cancún.
Agir suffisamment tôt pour soutenir les efforts nationaux et
régionaux en Afrique et adopter des positions réalistes lors des
négociations de Cancún sont déterminants pour que ce secteur puisse
obtenir les débouchés émergeant sur ce marché.
Exploiter ses atouts naturels
Pour l'Afrique, le succès sur les marchés mondiaux du cuir varie
d'un pays ou d'une région à l'autre. Des réussites retentissantes
se sont produites et de nombreuses PME sont tout à fait
compétitives sur les marchés internationaux, tant en ce qui
concerne le cuir que les articles en cuir.
En Afrique, le grand potentiel du secteur du cuir demeure toutefois
sous-exploité et cette activité n'a pas suivi le rythme de
croissance soutenu de la filière dans les autres pays en
développement.
Profiter des débouchés sur les marchés mondiaux du cuir est une
tâche cruciale pour l'industrie africaine. En augmentant ses
exportations, le secteur du cuir apportera des bénéfices
économiques et sociaux à tout le continent. Comme le cuir est un
sous-produit de l'industrie de la viande, le point de départ de la
chaîne d'approvisionnement est lié à l'élevage et à l'économie
rurale. La réussite du développement de l'industrie du cuir
contribuera donc à la réduction de la pauvreté dans les zones
rurales. De plus, comme il s'agit d'une activité à forte
main-d'œuvre, c'est une importante source d'emplois.
Les défis de la chaîne d'approvisionnement
Le secteur du cuir est de plus en plus intégré au niveau mondial.
Les chaînes d'approvisionnement, dépendant souvent des acheteurs,
peuvent s'étendre à plusieurs pays ou régions, selon que les agents
commerciaux ou les fabricants mettent en place des réseaux de
production globaux, principalement dans les pays en développement.
Pour accéder à de nouveaux marchés et consolider des parts de
marché additionnelles, le secteur africain du cuir doit, dans la
mesure du possible, s'intégrer aux niveaux national, sous-régional
et régional.
Une intégration industrielle effective est difficile à atteindre.
Chaque stade de la chaîne d'approvisionnement, de la collecte des
peaux et leur travail dans les tanneries à la fabrication et à la
commercialisation d'articles en cuir, requiert des politiques, des
compétences humaines et des systèmes de soutien spécifiques. Le
long de la chaîne d'approvisionnement, problèmes et solutions sont
liés. Ainsi, seule une approche combinée du secteur africain du
cuir peut répondre aux exigences de compétitivité qu'il subit. Lors
d'une réunion d'experts mise sur pied par le CCI et l'ONUDI à
l'occasion de Meet in Africa 2002, plus de 30 spécialistes
africains ont identifié ces exigences:
- la qualité des cuirs et peaux;
- l'infrastructure physique et les services;
- l'attractivité pour l'investissement étranger;
- le développement technologique, la productivité et la
main-d'œuvre;
- les services propres au développement des ressources
humaines;
- la disponibilité de fonds de roulement et de capital à bas
coût;
- les contrôles environnementaux efficaces, et
- l'information commerciale, l'expertise et le suivi.
Approche combinée pour l'intégration
Les principales difficultés pour parvenir à l'intégration sont
notamment l'absence de mécanismes facilitant une collaboration
régionale au sein de cette activité, des contacts limités entre les
entreprises et les institutions d'appui, et une visibilité
internationale restreinte pour le secteur africain du cuir. Avec
des obstacles de cette taille, seuls les efforts conjoints des
parties prenantes, c'est-à-dire les entreprises du secteur, les
gouvernements, les institutions d'appui au commerce et les
organisations internationales, pourront apporter des solutions. À
cet effet, en 1997, le CCI a lancé le Programme intégré de
développement des exportations du secteur du cuir en Afrique.
«Meet in Africa»
Une série de manifestations se sont déroulées sous la désignation
de «Meet in Africa» et constituent un des piliers du programme.
Elles ont débuté au Cap en 1998, puis ont eu lieu à Casablanca en
2000 et à Tunis en 2002; la prochaine réunion se tiendra à
Addis-Abeba en 2004. Il s'agit d'une foire commerciale à laquelle
sont associés séminaires, réunions d'experts, rencontres
acheteur/vendeur et visites de fabriques. "Meet in Africa" vise
à:
- créer un contexte propice au travail en réseau pour les firmes
et les institutions;
- sensibiliser sur les questions de développement propres à la
communauté africaine et identifier les mesures à prendre;
- favoriser le développement de partenariats et de synergies
entre les institutions d'appui, et
- promouvoir la visibilité de l'Afrique dans le négoce du
cuir.
Avec la participation grandissante des entreprises africaines et
internationales ainsi que celle des institutions d'appui et des
organisations internationales, "Meet in Africa" est devenu le
catalyseur d'une action collective au sein du secteur africain du
cuir. Une telle approche est essentielle si l'on veut défendre
efficacement les intérêts du secteur africain du cuir à
Cancún.
Une fédération régionale
Un autre pilier du programme s'est concrétisé avec la création, en
1998, de la Fédération africaine du cuir et des industries connexes
(FACIC), sur le conseil du CCI. La FACIC est la seule entité
représentant tout le secteur africain du cuir. Les initiatives de
la FACIC ont renforcé les associations nationales ou
sous-régionales existantes et stimulé la formation de nouvelles
entités, notamment en Afrique centrale, de l'Ouest et du
Nord.
La FACIC réunit à présent 46 pays, avec une véritable couverture
continentale. Sa mission, mise en œuvre par le biais d'un réseau
d'associations et fondée sur des plans stratégiques à moyen et long
termes, comprend des activités de promotion du développement de
l'industrie africaine du cuir aux niveaux national, sous-régional
et régional.
La FACIC, grâce à son travail de coordination et d'intégration, se
trouve également en bonne position pour participer avec succès au
Programme de Doha pour le développement et pour défendre des
traitements spéciaux et différenciés lors de négociations
multilatérales.
Le secteur africain du cuir à Cancún
Des tarifs élevés sur le cuir et les articles en cuir, qui vont en
s'élevant lorsque le produit grimpe le long de la chaîne de valeur,
entravent l'accès aux marchés dans de nombreux pays importateurs.
C'est notamment le cas pour les économies émergentes telles que la
Chine, l'Inde et le Mexique.
En Inde par exemple, un tarif douanier de zéro pour le cuir s'élève
à 45% dans le cas des chaussures et des accessoires vestimentaires
en cuir, alors que le Mexique et la Chine appliquent respectivement
34,8% et 25% sur les importations de chaussures en cuir.
Certains pays industrialisés appliquent aussi des droits élevés.
C'est le cas du Japon, qui applique en moyenne des droits de 21,8%
pour le cuir, de 13,9% pour les accessoires vestimentaires en cuir
et de 25,6% pour les chaussures en cuir.
L'accès aux marchés est également affecté par les restrictions à
l'exportation sur les matières premières, telles que les
interdictions d'exporter, les contingents, les droits ou les prix
d'exportation minimaux. Ces mesures sont destinées à protéger les
industries émergentes, mais elles peuvent altérer la compétition
sur les marchés mondiaux lorsqu'elles prennent la forme de
«subsides» pour les opérateurs nationaux et qu'elles continuent à
être appliquées une fois que l'industrie produit des biens dotés
d'une plus forte valeur ajoutée.
Changements prévus sur le marché
L'Union européenne (UE), principal marché d'exportation
pour l'industrie africaine du cuir, applique des droits de douane
relativement bas, en moyenne de 5,1% sur le cuir, de 6,6% sur les
accessoires vestimentaires en cuir et de 7,7% sur les chaussures en
cuir. De nombreux pays africains ont un accès préférentiel aux
marchés de l'UE grâce à des systèmes tels que le Système généralisé
de préférences ou la Convention avec le Groupe des États d'Afrique,
des Caraïbes et du Pacifique (ACP).
Ces préférences sont néanmoins peu à peu limitées par des zones de
libre-échange bilatérales que les pays membres de l'UE négocient
avec un nombre croissant de partenaires commerciaux en marge de la
convention.
À Cancún, les pays africains se verront confrontés à une
proposition de l'UE sur le commerce du cuir concernant les produits
couverts par le Chapitre 41 de la nomenclature du Système harmonisé
SH (voir encadré ci-dessus).
Pour se préparer en vue de Cancún, le secteur africain du cuir
doit:
- développer une position claire pour introduire ses
revendications et s'apprêter à faire des concessions;
- soutenir les représentants du pays africain assis à la table
des négociations de façon à saisir les occasions et à bénéficier
des avantages à long terme qui peuvent découler d'une
représentation solide des intérêts du secteur.
Cela ne pourra se produire qu'en stimulant le dialogue entre les
pays et, surtout, entre les secteurs public et privé, de manière à
associer les revendications des entreprises à celles, plus
générales, de développement économique et social.
Les rencontres "Meet in Africa" et les activités de la FACIC
constituent des jalons importants qui permettent au secteur
africain du cuir d'être représenté plus efficacement lors de
négociations commerciales intergouvernementales cruciales.
Le commerce du cuir dans le monde
Le cuir et les articles en cuir comptent parmi les marchandises le
plus largement échangées dans le monde. La valeur annuelle totale
des échanges est estimée à:
- 1,5 fois la valeur du commerce de la viande;
- plus de 5 fois celle du café;
- plus de 8 fois celle du riz.
Le commerce formel est calculé à plus de US$ 50 milliards par année
et, selon les analystes, le marché est loin d'être saturé. Durant
la décennie à venir, la demande de matières premières et de
produits finis pourrait dépasser l'offre.
Dans certains pays en développement, le dynamisme du secteur du
cuir a entraîné un mouvement ascendant le long de chaîne de valeur
ajoutée et le renforcement de leur position sur les marchés. Au
final, les pays en développement détiennent déjà 45% du commerce
mondial des articles en cuir.
Les lacunes du secteur
En Afrique, l'abondance de bétail représente un atout naturel pour
le secteur du cuir, puisque le cuir est un sous-produit de
l'industrie de la viande. L'Afrique possède environ 16% du cheptel
mondial de bovins, pourcentage qui a augmenté d'un quart durant ces
dix dernières années, dépassant la tendance mondiale. Elle détient
également près de 25% du cheptel mondial d'ovins.
Malgré son importance en tant que producteur de bétail, l'Afrique
ne compte que pour 8% de la production mondiale de peaux de bovins
et pour 14% de peaux d'ovins. De plus, même si les pays africains
considèrent le cuir comme un produit d'exportation important, il
s'élève à moins de 4% du total des exportations.
La position de COTANCE lors des négociations de l'OMC
1. COTANCE consent à l'élimination de la part de l'UE de tous les
droits de douane et des restrictions à l'exportation, y inclus les
taxes à l'exportation, appliquées sur les produits couverts par le
Chapitre 41 du SH, pourvu qu'au moins les pays suivants prennent le
même engagement: Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, États-Unis,
Inde, Pakistan et Chine.
2. COTANCE recommande un accord sectoriel pour les produits du
Chapitre 41 du SH négocié entre l'UE, les États-Unis, le MERCOSUR,
l'Inde, le Pakistan et la Chine en tant que noyau dur de cet accord
qui doit être ouvert au plus grand nombre possible de partenaires
commerciaux afin de consolider le principe indiqué sous le point 1
(ci-dessus).
3. L'élimination des droits de douane conventionnels et des
restrictions aux exportations, y inclus les taxes à l'exportation,
doit se faire au même rythme afin d'arriver en même temps à la
libéralisation totale. Les pays en développement pourraient suivre
un calendrier différent pour la mise en œuvre de leurs engagements
en ce qui concerne les tarifs à l'importation mais pas en ce qui
concerne les restrictions à l'exportation, y inclus les taxes à
l'exportation. La libéralisation totale du noyau dur des
partenaires commerciaux devrait être mise en œuvre dans un cadre
temporel n'excédant pas trois ans entre ceux qui ont démantelé leur
protection et ceux qui bénéficient d'un calendrier plus long.
4. Un traitement spécial et différencié devrait être appliqué à
tous les pays les moins avancés (PMA) se ralliant à l'initiative,
notamment les pays ACP, dans le sens qu'ils seraient autorisés à
des calendriers de démantèlement de leurs tarifs d'importation et
des restrictions aux exportations, y inclus les taxes à
l'exportation, plus longs sur les produits couverts par le Chapitre
41 du SH dans la mesure où ceux-ci seraient justifiés pour cause de
leur faible participation dans le commerce international du
secteur. Il est néanmoins conseillé que le délai maximal jusqu'à la
libéralisation totale n'excède pas une période de dix ans afin de
stimuler des politiques d'industrialisation actives.
5. Le Japon devrait mettre en œuvre un régime commercial pour le
Chapitre 41 du SH en pleine réciprocité avec ses partenaires
commerciaux développés (UE et États Unis) éliminant dès lors le
système TQ pour le cuir.
6. COTANCE s'engage à travailler dans ce but en promouvant cet
accord sectoriel parmi ses partenaires commerciaux pour être mis en
œuvre dans le Programme de Doha pour le développement.
Extraits de la «Prise de position de COTANCE pour le Cycle de
négociations de l'OMC - Programme de Doha pour le
développement».Pour plus d'information, veuillez contacter Giovanni Dadaglio,
Administrateur principal du CCI, Développement des marchés (dadaglio@intracen.org).
Pour plus d'information sur "Meet in Africa", veuillez contacter
Johanna De Paredes, Conseillère principale du CCI, Développement
des marchés (deparedes@intracen.org).
Pour plus d'information sur la FACIC, veuillez contacter Hachemi
Cherif, Président de la FACIC (facic@planet.tn).