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  • L'AFRIQUE SE POSITIONNE SUR LE MARCHÉ MONDIAL DU CUIR

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    L'Afrique se positionne sur le marché mondial du cuir

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2003

    Le marché mondial du cuir est en expansion. C'est maintenant que l'Afrique doit agir pour consolider ses atouts naturels dans ce secteur et devenir un acteur international. Une nouvelle fédération représentant les intérêts de la région et des réunions commerciales de la filière sont autant de pas dans cette direction.

    Le commerce mondial du cuir, qui compte parmi les marchandises le plus souvent échangées, s'élève à plus de US$ 50 milliards par année et va en croissant. En Afrique, le secteur du cuir, bien que doté d'atouts naturels, risque de rater l'occasion de s'étendre sur les marchés mondiaux.

    Par ailleurs, ce secteur doit anticiper les défis commerciaux qui peuvent découler de la Conférence ministérielle de Cancún.

    Agir suffisamment tôt pour soutenir les efforts nationaux et régionaux en Afrique et adopter des positions réalistes lors des négociations de Cancún sont déterminants pour que ce secteur puisse obtenir les débouchés émergeant sur ce marché.

    Exploiter ses atouts naturels

    Pour l'Afrique, le succès sur les marchés mondiaux du cuir varie d'un pays ou d'une région à l'autre. Des réussites retentissantes se sont produites et de nombreuses PME sont tout à fait compétitives sur les marchés internationaux, tant en ce qui concerne le cuir que les articles en cuir.

    En Afrique, le grand potentiel du secteur du cuir demeure toutefois sous-exploité et cette activité n'a pas suivi le rythme de croissance soutenu de la filière dans les autres pays en développement.

    Profiter des débouchés sur les marchés mondiaux du cuir est une tâche cruciale pour l'industrie africaine. En augmentant ses exportations, le secteur du cuir apportera des bénéfices économiques et sociaux à tout le continent. Comme le cuir est un sous-produit de l'industrie de la viande, le point de départ de la chaîne d'approvisionnement est lié à l'élevage et à l'économie rurale. La réussite du développement de l'industrie du cuir contribuera donc à la réduction de la pauvreté dans les zones rurales. De plus, comme il s'agit d'une activité à forte main-d'œuvre, c'est une importante source d'emplois.

    Les défis de la chaîne d'approvisionnement

    Le secteur du cuir est de plus en plus intégré au niveau mondial. Les chaînes d'approvisionnement, dépendant souvent des acheteurs, peuvent s'étendre à plusieurs pays ou régions, selon que les agents commerciaux ou les fabricants mettent en place des réseaux de production globaux, principalement dans les pays en développement. Pour accéder à de nouveaux marchés et consolider des parts de marché additionnelles, le secteur africain du cuir doit, dans la mesure du possible, s'intégrer aux niveaux national, sous-régional et régional.

    Une intégration industrielle effective est difficile à atteindre. Chaque stade de la chaîne d'approvisionnement, de la collecte des peaux et leur travail dans les tanneries à la fabrication et à la commercialisation d'articles en cuir, requiert des politiques, des compétences humaines et des systèmes de soutien spécifiques. Le long de la chaîne d'approvisionnement, problèmes et solutions sont liés. Ainsi, seule une approche combinée du secteur africain du cuir peut répondre aux exigences de compétitivité qu'il subit. Lors d'une réunion d'experts mise sur pied par le CCI et l'ONUDI à l'occasion de Meet in Africa 2002, plus de 30 spécialistes africains ont identifié ces exigences:
    • la qualité des cuirs et peaux;
    • l'infrastructure physique et les services;
    • l'attractivité pour l'investissement étranger;
    • le développement technologique, la productivité et la main-d'œuvre;
    • les services propres au développement des ressources humaines;
    • la disponibilité de fonds de roulement et de capital à bas coût;
    • les contrôles environnementaux efficaces, et
    • l'information commerciale, l'expertise et le suivi.

    Approche combinée pour l'intégration

    Les principales difficultés pour parvenir à l'intégration sont notamment l'absence de mécanismes facilitant une collaboration régionale au sein de cette activité, des contacts limités entre les entreprises et les institutions d'appui, et une visibilité internationale restreinte pour le secteur africain du cuir. Avec des obstacles de cette taille, seuls les efforts conjoints des parties prenantes, c'est-à-dire les entreprises du secteur, les gouvernements, les institutions d'appui au commerce et les organisations internationales, pourront apporter des solutions. À cet effet, en 1997, le CCI a lancé le Programme intégré de développement des exportations du secteur du cuir en Afrique.

    «Meet in Africa»

    Une série de manifestations se sont déroulées sous la désignation de «Meet in Africa» et constituent un des piliers du programme. Elles ont débuté au Cap en 1998, puis ont eu lieu à Casablanca en 2000 et à Tunis en 2002; la prochaine réunion se tiendra à Addis-Abeba en 2004. Il s'agit d'une foire commerciale à laquelle sont associés séminaires, réunions d'experts, rencontres acheteur/vendeur et visites de fabriques. "Meet in Africa" vise à:
    • créer un contexte propice au travail en réseau pour les firmes et les institutions;
    • sensibiliser sur les questions de développement propres à la communauté africaine et identifier les mesures à prendre;
    • favoriser le développement de partenariats et de synergies entre les institutions d'appui, et
    • promouvoir la visibilité de l'Afrique dans le négoce du cuir.
    Avec la participation grandissante des entreprises africaines et internationales ainsi que celle des institutions d'appui et des organisations internationales, "Meet in Africa" est devenu le catalyseur d'une action collective au sein du secteur africain du cuir. Une telle approche est essentielle si l'on veut défendre efficacement les intérêts du secteur africain du cuir à Cancún.

    Une fédération régionale

    Un autre pilier du programme s'est concrétisé avec la création, en 1998, de la Fédération africaine du cuir et des industries connexes (FACIC), sur le conseil du CCI. La FACIC est la seule entité représentant tout le secteur africain du cuir. Les initiatives de la FACIC ont renforcé les associations nationales ou sous-régionales existantes et stimulé la formation de nouvelles entités, notamment en Afrique centrale, de l'Ouest et du Nord.

    La FACIC réunit à présent 46 pays, avec une véritable couverture continentale. Sa mission, mise en œuvre par le biais d'un réseau d'associations et fondée sur des plans stratégiques à moyen et long termes, comprend des activités de promotion du développement de l'industrie africaine du cuir aux niveaux national, sous-régional et régional.

    La FACIC, grâce à son travail de coordination et d'intégration, se trouve également en bonne position pour participer avec succès au Programme de Doha pour le développement et pour défendre des traitements spéciaux et différenciés lors de négociations multilatérales.

    Le secteur africain du cuir à Cancún

    Des tarifs élevés sur le cuir et les articles en cuir, qui vont en s'élevant lorsque le produit grimpe le long de la chaîne de valeur, entravent l'accès aux marchés dans de nombreux pays importateurs. C'est notamment le cas pour les économies émergentes telles que la Chine, l'Inde et le Mexique.

    En Inde par exemple, un tarif douanier de zéro pour le cuir s'élève à 45% dans le cas des chaussures et des accessoires vestimentaires en cuir, alors que le Mexique et la Chine appliquent respectivement 34,8% et 25% sur les importations de chaussures en cuir.

    Certains pays industrialisés appliquent aussi des droits élevés. C'est le cas du Japon, qui applique en moyenne des droits de 21,8% pour le cuir, de 13,9% pour les accessoires vestimentaires en cuir et de 25,6% pour les chaussures en cuir.

    L'accès aux marchés est également affecté par les restrictions à l'exportation sur les matières premières, telles que les interdictions d'exporter, les contingents, les droits ou les prix d'exportation minimaux. Ces mesures sont destinées à protéger les industries émergentes, mais elles peuvent altérer la compétition sur les marchés mondiaux lorsqu'elles prennent la forme de «subsides» pour les opérateurs nationaux et qu'elles continuent à être appliquées une fois que l'industrie produit des biens dotés d'une plus forte valeur ajoutée.

    Changements prévus sur le marché

    L'Union européenne (UE), principal marché d'exportation pour l'industrie africaine du cuir, applique des droits de douane relativement bas, en moyenne de 5,1% sur le cuir, de 6,6% sur les accessoires vestimentaires en cuir et de 7,7% sur les chaussures en cuir. De nombreux pays africains ont un accès préférentiel aux marchés de l'UE grâce à des systèmes tels que le Système généralisé de préférences ou la Convention avec le Groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

    Ces préférences sont néanmoins peu à peu limitées par des zones de libre-échange bilatérales que les pays membres de l'UE négocient avec un nombre croissant de partenaires commerciaux en marge de la convention.

    À Cancún, les pays africains se verront confrontés à une proposition de l'UE sur le commerce du cuir concernant les produits couverts par le Chapitre 41 de la nomenclature du Système harmonisé SH (voir encadré ci-dessus).

    Pour se préparer en vue de Cancún, le secteur africain du cuir doit:
    • développer une position claire pour introduire ses revendications et s'apprêter à faire des concessions;
    • soutenir les représentants du pays africain assis à la table des négociations de façon à saisir les occasions et à bénéficier des avantages à long terme qui peuvent découler d'une représentation solide des intérêts du secteur.
    Cela ne pourra se produire qu'en stimulant le dialogue entre les pays et, surtout, entre les secteurs public et privé, de manière à associer les revendications des entreprises à celles, plus générales, de développement économique et social.

    Les rencontres "Meet in Africa" et les activités de la FACIC constituent des jalons importants qui permettent au secteur africain du cuir d'être représenté plus efficacement lors de négociations commerciales intergouvernementales cruciales.

    Le commerce du cuir dans le monde

    Le cuir et les articles en cuir comptent parmi les marchandises le plus largement échangées dans le monde. La valeur annuelle totale des échanges est estimée à:
    • 1,5 fois la valeur du commerce de la viande;
    • plus de 5 fois celle du café;
    • plus de 8 fois celle du riz.
    Le commerce formel est calculé à plus de US$ 50 milliards par année et, selon les analystes, le marché est loin d'être saturé. Durant la décennie à venir, la demande de matières premières et de produits finis pourrait dépasser l'offre.

    Dans certains pays en développement, le dynamisme du secteur du cuir a entraîné un mouvement ascendant le long de chaîne de valeur ajoutée et le renforcement de leur position sur les marchés. Au final, les pays en développement détiennent déjà 45% du commerce mondial des articles en cuir.

    Les lacunes du secteur

    En Afrique, l'abondance de bétail représente un atout naturel pour le secteur du cuir, puisque le cuir est un sous-produit de l'industrie de la viande. L'Afrique possède environ 16% du cheptel mondial de bovins, pourcentage qui a augmenté d'un quart durant ces dix dernières années, dépassant la tendance mondiale. Elle détient également près de 25% du cheptel mondial d'ovins.

    Malgré son importance en tant que producteur de bétail, l'Afrique ne compte que pour 8% de la production mondiale de peaux de bovins et pour 14% de peaux d'ovins. De plus, même si les pays africains considèrent le cuir comme un produit d'exportation important, il s'élève à moins de 4% du total des exportations.

    La position de COTANCE lors des négociations de l'OMC

    1. COTANCE consent à l'élimination de la part de l'UE de tous les droits de douane et des restrictions à l'exportation, y inclus les taxes à l'exportation, appliquées sur les produits couverts par le Chapitre 41 du SH, pourvu qu'au moins les pays suivants prennent le même engagement: Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, États-Unis, Inde, Pakistan et Chine.

    2. COTANCE recommande un accord sectoriel pour les produits du Chapitre 41 du SH négocié entre l'UE, les États-Unis, le MERCOSUR, l'Inde, le Pakistan et la Chine en tant que noyau dur de cet accord qui doit être ouvert au plus grand nombre possible de partenaires commerciaux afin de consolider le principe indiqué sous le point 1 (ci-dessus).

    3. L'élimination des droits de douane conventionnels et des restrictions aux exportations, y inclus les taxes à l'exportation, doit se faire au même rythme afin d'arriver en même temps à la libéralisation totale. Les pays en développement pourraient suivre un calendrier différent pour la mise en œuvre de leurs engagements en ce qui concerne les tarifs à l'importation mais pas en ce qui concerne les restrictions à l'exportation, y inclus les taxes à l'exportation. La libéralisation totale du noyau dur des partenaires commerciaux devrait être mise en œuvre dans un cadre temporel n'excédant pas trois ans entre ceux qui ont démantelé leur protection et ceux qui bénéficient d'un calendrier plus long.

    4. Un traitement spécial et différencié devrait être appliqué à tous les pays les moins avancés (PMA) se ralliant à l'initiative, notamment les pays ACP, dans le sens qu'ils seraient autorisés à des calendriers de démantèlement de leurs tarifs d'importation et des restrictions aux exportations, y inclus les taxes à l'exportation, plus longs sur les produits couverts par le Chapitre 41 du SH dans la mesure où ceux-ci seraient justifiés pour cause de leur faible participation dans le commerce international du secteur. Il est néanmoins conseillé que le délai maximal jusqu'à la libéralisation totale n'excède pas une période de dix ans afin de stimuler des politiques d'industrialisation actives.

    5. Le Japon devrait mettre en œuvre un régime commercial pour le Chapitre 41 du SH en pleine réciprocité avec ses partenaires commerciaux développés (UE et États Unis) éliminant dès lors le système TQ pour le cuir.

    6. COTANCE s'engage à travailler dans ce but en promouvant cet accord sectoriel parmi ses partenaires commerciaux pour être mis en œuvre dans le Programme de Doha pour le développement.

    Extraits de la «Prise de position de COTANCE pour le Cycle de négociations de l'OMC - Programme de Doha pour le développement».




    Pour plus d'information sur "Meet in Africa", veuillez contacter Johanna De Paredes, Conseillère principale du CCI, Développement des marchés (deparedes@intracen.org).

    Pour plus d'information sur la FACIC, veuillez contacter Hachemi Cherif, Président de la FACIC (facic@planet.tn).