Le siège de ce bouleversement se situe au niveau des opérations
interentreprises (B2B: E-E), qui réunissent tous les acteurs du
commerce international et de leurs services en un lieu unique:
fournisseurs, acheteurs, transporteurs, services liés à la finance,
à la logistique et à l'inspection, tout comme les nouvelles des
marchés et les applications logicielles qui offrent des catalogues
numériques pour la production, l'achat et la vente. Le marché
électronique est pratiquement l'équivalent virtuel d'une place du
marché, ouverte néanmoins aux acheteurs et aux fournisseurs du
monde entier pouvant connecter leur ordinateur sur l'internet.
L'objectif d'un marché électronique est de représenter un usage si
simple et si efficace que les acheteurs et les vendeurs seront
prêts à payer les services proposés. Ces marchés existent dans
presque tous les secteurs. L'avant-garde à l'origine de ces
bouleversements était constituée des firmes dominantes sur le
marché, qui pouvaient apporter l'investissement initial nécessaire,
de l'ordre du million de dollars. À l'heure actuelle, des marchés
plus modestes peuvent être mis en place pour créer des liens entre
les communautés d'affaires à un coût bien moindre que celui des
premiers sites. Dans les pays dont les liens de communication sont
lents et peu fiables, les usagers potentiels peuvent être amenés à
établir des accès temporaires par l'intermédiaire d'un site à
l'étranger, ou doivent sinon investir dans un lien vers un réseau
satellite VSAT, propre ou partagé; une telle expérience a été mise
en place au Népal.
Pourquoi le terme de révolution?
De grands changements ont lieu dans les rapports entre les
entreprises et au niveau des coûts des transactions. Les nouvelles
technologies permettent aux acheteurs de communiquer simultanément
avec plusieurs fournisseurs de biens et de services, ainsi qu'avec
les fournisseurs mêmes de ces derniers et avec les points de
production et de distribution. Cela entraîne une diminution
sensible des coûts, des cycles de commandes et des besoins en
capital actif ainsi qu'une augmentation de l'efficacité (voir
synthèse dans l'encadré de la page 13).
Cela permet aussi aux fournisseurs de composer des ensembles de
produits et services adaptés aux nécessités de chaque acheteur.
Selon les indications d'une enquête effectuée par Goldman Sachs,
les acheteurs ont généralement expérimenté des réductions de coût
des facteurs de 10% à 30%, et les fournisseurs une réduction des
frais de vente de 5% à 20%. Les compagnies de transport en tirent
également profit, puisqu'elles peuvent combiner des cargaisons pour
le trajet de retour au lieu de revenir à vide comme c'est
généralement le cas. Les sociétés qui ont restructuré leur
fonctionnement interne, leur hiérarchie et leur communication à
partir des nécessités d'un environnement numérique sont celles qui
en ont le plus profité. Elles ont réussi à gérer toute leur chaîne
d'approvisionnement grâce à l'internet et passent d'un processus
«achat-attente-manu-facturation-attente-vente» au modèle
«vente-source-assemblage-expédition». En d'autres termes, elles
fabriquent à la commande et non en vue de stocker.
Des marchés aux réseaux d'achats par
internet
Les places de négoce électroniques se présentent sous
différentes formes. Actuellement, une expression couramment
utilisée pour les distinguer des sites de compagnies isolées est
réseau d'achat par internet (Internet Trading Exchange, ITE).
Certains de ces réseaux sont limités à des branches d'activité
spécifiques, comme par exemple http://www.africa.recycle.net/,
la Bourse africaine de recyclage. D'autres possèdent un rayon
d'action plus large. Ainsi, http://www.goindustry.com est
consacré à la vente de matériel excédentaire pour de nombreux
secteurs, http://www.mmprocurement.com
s'occupe du secteur métallurgique, et http://www.gofish.com traite des
ventes internationales de fruits de mer.
Les réseaux d'achats en ligne ne se trouvent pas uniquement dans
les pays industrialisés. On en rencontre par exemple en Chine, en
Inde, en Mongolie, en Ouganda, au Paraguay, au Pérou, en Thaïlande
et dans d'autres pays en développement. À l'heure actuelle, plus de
1000 sont en activité, et il est prévu d'en développer bon nombre
l'année prochaine.
Préparer son pays au commerce électronique
En octobre 1999, lors du premier Forum exécutif du CCI tenu à
Annecy, nombre d'organismes de promotion du commerce ont exprimé
leurs doutes quant à l'utilité de l'internet en tant qu'instrument
pour les échanges internationaux. Une année plus tard, ce
scepticisme a disparu. La question qui se pose maintenant est
comment tirer le meilleur parti de l'internet pour augmenter
l'efficacité en affaires.
Neuf mesures pratiques
Voici neuf mesures pratiques que les institutions de promotion
des échanges peuvent prendre pour aider les exportateurs à
exploiter au mieux l'internet. Fondées sur les expériences narrées
par les participants au Forum exécutif 2000, ces mesures consistent
à créer un environnement favorable au niveau national, à s'assurer
que votre organisation se sert efficacement de l'internet et à
aider les fournisseurs à l'exportation à devenir toujours plus
efficaces, grâce à la formation et à la technologie.
1. Sensibiliser les dirigeants nationaux et les agences
internationales aux nécessités du pays dans la voie vers
l'électronique. Par le travail en partenariat entre les organismes
qui représentent les petites et les grandes entreprises et les
agences internationales. En analysant ce dont votre pays a besoin
pour augmenter ses compétences électroniques, et en travaillant
avec les partenaires intéressés afin de convaincre les milieux
d'affaires, la presse et les agents gouvernementaux. En
communiquant vos conclusions aux responsables nationaux et aux
agences internationales afin de trouver des solutions.
Simultanément, il faut tenir les exportateurs et leurs partenaires
le long de la chaîne de l'approvisionnement au courant des
changements rapides issus de l'emploi du commerce électronique dans
tous les secteurs d'activité. La communication peut se faire grâce
à des séminaires, des conférences et par des journaux
spécialisés.
2. Faire équipe avec des acheteurs internationaux pour former
les fournisseurs locaux. Il faut que les exportateurs sachent tirer
le meilleur parti des nouvelles technologies. La formation devrait
inclure l'adaptation des processus de production et des pratiques
commerciales à l'économie numérique grâce à l'usage d'enchères et
de bourses commerciales, en limitant les mises avec des détails
techniques et financiers choisis, un réseau de fournisseurs et de
sécurité. Les fournisseurs doivent aussi être formés aux techniques
de recherche par internet, à la collecte et à l'analyse des données
sur les clients et à l'évaluation de la qualité et de l'exactitude
de l'information. Le CCI et certains acheteurs internationaux
mettent sur pied des programmes de formation des fournisseurs et
fonctionnent volontiers comme partenaires dans des ateliers
destinés aux fournisseurs de lachaîne d'approvisionnement, comme
fournisseurs logistiques, les douanes et les autorités portuaires,
les fournisseurs, les banques et les agences gouvernementales.
3. Rechercher et proposer de l'information en ligne. Il faut que
les fournisseurs sachent quel réseau d'achat en ligne et quelle
information disponible sur le net sont appropriés à leurs
activités. Ils doivent aussi être en possession d'information sur
les réseaux eux-mêmes: leur degré de sécurité, quelles possibilités
sont offertes, les conditions requises pour y participer et quels
acheteurs font partie du réseau. Les institutions de promotion du
commerce peuvent se montrer utiles en sélectionnant les meilleurs
renseignements, en les synthétisant et en les diffusant parmi les
exportateurs du pays ou de la région. Le CCI propose de
l'information sur son site internet et va bientôt en proposer plus
(voir encadré).
4. Utiliser les technologies de l'information pour améliorer
l'efficacité de la chaîne d'approvisionnement. Il faut aider les
sociétés à se servir des technologies de l'information pour
augmenter l'efficacité de leurs opérations de manière à pouvoir
exécuter les commandes à l'exportation à temps, plus précisément et
obtenir des marchandises possédant la qualité requise. Une
formation pratique devrait être apportée, telle que la conversion
des données sur papier en format numérique; l'intégration des
opérations logistiques, de la gestion financière et de
l'information sur la production et la gestion de la chaîne des
fournisseurs. Cela signifie la mise sur pied d'ateliers sur les
questions d'organisation et de gestion destinés aux exportateurs et
aux fournisseurs. Les petits fournisseurs dotés de potentiel à
l'exportation peuvent être encouragés à constituer des consortiums
pour acquérir la capacité de production nécessaire pour répondre
aux attentes des acheteurs internationaux. Les technologies de
l'information peuvent servir à la formation dans l'organisation et
la gestion de consortiums d'achat ou de vente, en passant par les
services des fournisseurs d'accès à l'internet locaux qui offrent
des applications meilleur marché pour la gestion des logiciels.
5. Augmenter la confiance des acheteurs dans les fournisseurs
locaux. En mettant en place des services de vérification et
d'arbitrage et des bases de données de référence à jour; en
divulguant les réussites des fournisseurs et des opérations
effectuées. Il faut avertir les utilisateurs quand les services de
transmission sont interrompus et assurer que toute information
proposée aux acheteurs potentiels et aux investisseurs étrangers
est datée, tenue à jour et complète.
6. Offrir vos services habituels en ligne. En construisant votre
site web comme un guichet unique, de sorte qu'acheteurs et vendeurs
puissent dénicher le renseignement recherché en un seul endroit.
Utilisez les services en ligne pour vos formalités: par exemple
pour les certificats d'origine et phytosanitaire ou la conformité
aux normes de qualité et d'emballage. D'autres services aux
exportateurs qui ne coûtent pas grand-chose à mettre en place sont
la calculation des taux de change, les bulletins de nouvelles ou
l'information sur le trafic maritime.
7. Encourager les accords avec des sites portails de la branche.
Les acheteurs internationaux préfèrent s'informer par
l'intermédiaire de sites propres à leur branche d'activité plutôt
que sur des sites par régions. Ne vous concentrez pas exclusivement
sur les exportateurs nationaux sur le site d'une organisation de
promotion des échanges, mais essayez plutôt de procéder à des
arrangements et de créer de liens qui mettent en valeur vos
exportateurs sur des sites commerciaux spécifiques à l'activité et
que vous avez contrôlés. En aidant les exportateurs à évaluer le
moment où il devient opportun d'investir dans leur propre site web,
ou quand il vaut mieux agir par le biais des marchés existants.
8. Encourager les logiciels locaux et le développement de leur
contenu. Une des retombées de la croissance de l'internet est une
véritable explosion de la demande de services logiciels
d'application à l'internet adaptés à la culture ou à la langue
locale. Il vaut mieux satisfaire une telle demande sur place. Les
institutions d'appui au commerce sont favorables à l'emploi des
technologies de l'information dans le cadre des normes
internationales pour la qualité de conception et de la gestion de
projets, car cela représente un véritable tremplin pour de futures
exportations.
9. Exploiter les possibilités de back-office. Les institutions
d'appui au commerce devraient profiter des nouveaux créneaux
d'exportation qui se forment grâce aux progrès de la technique et
qui peuvent apporter un retour d'investissement rapide dans la
formation à la technologie de l'internet. Ainsi, des sociétés de
pays en développement peuvent offrir des services administratifs,
des prestations comme centre d'usagers et d'achat via l'internet
pour des sociétés clientes sises à l'autre bout du monde.
L'ouvrage publié par le CCI Opérations de back-office offshore:
Fourniture de service d'appui aux marchés mondiaux examine
précisément ces possibilités dans le détail.
Ian Sayers est Administrateur principal du CCI pour le
secteur privé, en particulier pour les PME; e-mail: sayers@intracen.org
Les avantages de l'internet
Diminution des coûts dans la chaîne
d'approvisionnement
Le cycle des commandes passe de quelques semaines à quelques jours
ou heures.
L'exactitude de l'exécution de la commande augmente de 70% à
98%.
Les coûts d'inventaire diminuent grâce à un contrôle plus serré des
approvisionnements et à des exécutions sur mesure.
Diminution des coûts des opérations
Les frais de transactions et de communication diminuent (de 80% en
temps, communication et travail).
Efficacité sur le marché
Un nombre réduit de places importantes, beaucoup d'information sur
les marchés et un vaste choix pour le vendeur (économies allant
jusqu'à 50%).
Augmentation des recettes
Grâce à de nouvelles activités fondées sur des liquidités obtenues
grâce à la diminution du cycle du fonds de roulement.
Base de données sur les réseaux d'achats par
internet
Un des résultats du Forum exécutif sur le développement des
exportations dans l'économie numérique (2000) est un nouveau
partenariat entre plusieurs organisations de promotion des échanges
et représentants de certains secteurs d'activité, dans le dessein
d'élaborer une base de données sur les réseaux d'achats en ligne et
les services offerts. Il est prévu que les activités commencent dès
le début de 2001. Le CCI invite ses partenaires des pays en
développement spécialisés dans la gestion des achats et de la
chaîne d'approvisionnement, afin de construire un réseau de sources
d'information sur de tels sites dans leur pays. Veuillez prendre
contact avec M. Ian Sayers (sayers@intracen.org).