• back
  • E-MANAGEMENT: LES FOURNISSEURS SONT AUX AVANT-POSTES

  •  

    E-management: Les fournisseurs sont aux avant-postes

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 3/2005

    Photo: Photodisc

    Pour les grands acheteurs et les fabricants du secteur du vêtement, le recours à la technologie de l'information ne se traduit pas seulement par l'informatisation du commerce traditionnel mais également par un partage des responsabilités.

    Un grand fabricant de chemises de Hong Kong (Chine), TAL Apparel, a conclu avec JC Penney, géant américain de la distribution, un accord qui montre la façon dont les fabricants peuvent offrir aux acheteurs de nouveaux services dépassant leur rôle traditionnel. En leur transférant certaines responsabilités, les entreprises comme JC Penney peuvent se concentrer sur la «distribution à flux tendu».

    Cet exemple va au-delà de l'adoption d'une technologie sophistiquée par le secteur; il montre que les fournisseurs, qui jugent parfois pesants certains «extras» (dont l'approvisionnement en tissus), doivent se préparer à affronter des temps plus durs s'ils veulent rester dans la course.

    JC Penney est aux États-Unis l'un des plus importants grands magasins, vendeurs par correspondance et e-détaillants; il est le numéro 1 de la vente par catalogue de marchandises générales. TAL opère en Asie et a instauré des liens avec des distributeurs de renom: Banana Republic, Brooks Brothers, Calvin Klein et Land's End. En 2003, TAL a fabriqué environ 12% des chemises vendues aux Éats-Unis.

    La réduction des stocks resserre les liens

    Les détaillants, dont JC Penney, contraints de réduire leurs stocks et de limiter la quantité de produits vendus avec démarque, doivent sous-traiter certaines activités traditionnelles (entreposage et réapprovisionnement notamment).

    TAL a saisi l'occasion de fournir des services connexes à JC Penney (prévisions des ventes et gestion des stocks notamment). Les magasins JC Penney n'ont désormais plus de stock excédentaire de chemises de soirée de marque propre. TAL a conçu un programme pour recueillir les données au point de vente pour les chemises JC Penney directement auprès des magasins nord-américains; il applique ensuite un modèle informatique et décide du nombre de chemises à fabriquer, de leur style, coloris et taille. Il réapprovisionne directement chaque magasin, contournant ainsi les entrepôts du détaillant ou les décideurs de l'entreprise.

    Par exemple, un samedi, un magasin JC Penney vend deux chemises blanches infroissables et deux chemises vert pâle de la même taille mais dans une autre marque propre; il ne reste alors plus de stock de cette taille et de cette couleur. Lundi, un informaticien de Hong Kong (Chine) télécharge les enregistrements des ventes et, grâce aux ventes précédentes, l'ordinateur de TAL détermine le niveau idéal de stock pour chaque marque, modèle, couleur et taille pour le magasin en question. Mercredi après-midi, une usine de la province de Taïwan (Chine) aura fabriqué et emballé les nouvelles chemises à expédier. Au lieu de demander à JC Penney ses prévisions d'achat, l'ordinateur de TAL l'informe du nombre de chemises qu'il vient d'acheter.

    Gain de temps et d'argent

    JC Penney a cédé certaines fonctions jugées autrefois fondamentales, TAL pouvant les réaliser de façon plus efficace et moins chère. Les décisions étant prises à l'usine, TAL répond aussitôt à la demande des consommateurs en activant ou en freinant la production selon les pics ou les baisses de ventes. Le système relie directement le fabricant au consommateur.

    Si les équipes de création de TAL à New-York ou Dallas sortent un nouveau modèle, un mois suffit pour produire 100 000 nouvelles chemises qui seront vendues à titre d'essai pendant un mois. Après analyse des ventes, TAL décide de la quantité et des coloris des nouvelles chemises à fabriquer. TAL gérant l'intégralité du processus, depuis la création jusqu'à la commande des fils, il est capable d'apporter un nouveau modèle en magasin en quatre mois, soit plus rapidement que ne le pourrait JC Penney.

    Une fois ce processus rodé, JC Penney et TAL ont poussé leur collaboration aux estimations des ventes. Celles de JC Penney étaient souvent imprécises, surestimant parfois les besoins par une marge équivalant à deux mois de ventes. TAL est intervenu afin de prévoir quels seraient les besoins hebdomadaires des magasins JC Penney. Il prévoit les besoins hebdomadaires des magasins JC Penney, reçoit directement les données des ventes et réagit aussitôt en commandant le tissu et en augmentant la production le cas échéant. JC Penney a fixé à TAL des objectifs en termes de fréquence de réapprovisionnement puis a laissé TAL faire le reste.

    TAL prévoit d'être bientôt capable de fournir des assortiments spécifiques à chaque magasin: par exemple, des jeans fabriqués au Cambodge, des chemises fabriquées en Thaïlande et des sous-vêtements fabriqués au Bangladesh.

    Au départ, JC Penney était réticent à ce type de coopération. Dans un premier temps, TAL a pris en charge le réapprovisionnement. Après des années à surmonter les résistances internes et autres obstacles, Tal s'est vu confier la création de nouveaux modèles, leur mise à l'essai et la fourniture directe de chemises à tous les magasins JC Penney aux États-Unis. Le niveau des stocks a chuté.

    TAL ne va pas endosser toutes les prises de décisions. Les projets futurs concernent la planification, la prévision et le réapprovisionnement en collaboration. JC Penney n'accepterait pas qu'une tierce partie prenne ses décisions d'achat. Celles-ci resteront aux mains de JC Penney ou seront prises conjointement. Les décisions en matière d'approvisionnement sont elles entièrement assumées par TAL.

    Les marchés ont des besoins plus pressants

    L'accord TAL-JC Penney illustre l'entrée des technologies dans l'activité des entreprises qui souhaitent vendre dans les circuits de distribution américains.

    Les fabricants souhaitant s'inspirer de cet exemple doivent savoir que les coûts d'investissement sont élevés. En près de cinq ans, TAL a investi US$ 12 millions à US$ 15 millions pour mettre au point et perfectionner le système.

    Seules, les petites et moyennes entreprises peuvent difficilement mettre en place un tel système. Elles doivent s'associer avec de grands fournisseurs comme TAL, la confection de vêtements étant disséminée dans le monde. Contrairement à TAL, de nombreuses entreprises basées à Hong Kong (Chine) et Singapour sous-traitent certaines de leurs activités. Elles recherchent des fabricants progressistes susceptibles d'intégrer la chaîne de valeur en mutation.

    Les pressions qui s'exercent pour réduire les coûts et améliorer la qualité et le délai de mise sur le marché plaident pour l'utilisation des technologies avancées. Ces pressions se renforcent chaque année et pèsent de plus en plus sur les entreprises qui souhaitent vendre (ou continuer à vendre) aux États-Unis. En outre, la «sécurité intérieure» et autres protections douanières sont des facteurs qui incitent les entreprises à recourir aux nouvelles technologies pour approvisionner efficacement les États-Unis.

    Grâce aux nouvelles technologies, les fabricants reçoivent les données sur les «points de vente» de façon quasi-instantanée. Ils peuvent lancer la production et expédier le stock de remplacement sans attendre les commandes du détaillant.


    Les pressions s'accentuant, les importateurs devront s'adapter pour éviter les délais imprévus à la frontière américaine. Les entreprises proactives auront un avantage certain. Dans quelques années, la nouvelle norme sera l'utilisation de la technologie avancée tout au long de la chaîne d'approvisionnement, notamment les étiquettes d'identification par radiofréquence (RFID) et la gestion des stocks par le vendeur (cas de TAL). Les distributeurs américains expérimentent actuellement ces technologies. Au cours des prochaines années, la différence entre les entreprises se fera sur la base de l'adaptation à la technologie et de sa mise à disposition des clients.

    Mais cet avantage ne sera pas éternel.

    Cette étude de cas est tirée de la publication du CCI: Get Connected : E-applications in the textile and clothing sector (Connectez-vous: Les applications électroniques dans le secteur des textiles et des vêtements, à paraître prochainement en français).Achat en ligne, visitez le site du CCI e-shop àhttp://www.intracen.org/eshop

    Steve Hirsch est journaliste indépendant, écrivain et rédacteur spécialisé en matière de nouvelles internationales; il est basé à Washington. Il est l'ancien rédacteur en chef de UN-WIRE.