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  • DE NOUVEAUX PARTENARIATS ENTREPRISES-ONG AU SECOURS DES PLUS PAUVRES

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    De nouveaux partenariats entreprises-ONG au secours des plus pauvres

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 2/2007, © Centre du commerce international

    Entreprises, ONG, gouvernement et agences d'aide créent un nouveau type de coopération en vue de définir des approches novatrices pour réduire la pauvreté par le commerce.

    «Nous croyons que les entreprises de 2020 seront celles qui fournissent des biens et des services à de nouveaux consommateurs, tout en répondant aux principaux enjeux mondiaux tels que la pauvreté, les changements climatiques, l'épuisement des ressources, la mondialisation et les changements démographiques».

    Cette déclaration n'est pas extraite d'une Conférence des Nations Unies ou d'un congrès d'une ONG mais d'un «Manifeste sur le rôle des entreprises dans la société de demain» rédigé et signé par huit sociétés importantes - dont Adidas, BP et Procter & Gamble - membres du groupe des Leaders de demain du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD).

    Cet exemple de responsabilité sociale collective n'est pas le seul signe que les entreprises deviennent plus responsables socialement. L'entrepreneuriat social a le vent en poupe. Ces tendances reflètent la multiplication des partenariats entre les secteurs marchands et non marchands.

    Alors que les entreprises internationales explorent le monde en développement en quête de nouveaux marchés, elles réalisent que la prospérité à long terme dépend du développement de ces marchés. Elles multiplient donc les partenariats avec des ONG et des agences de développement avec lesquelles elles partagent des intérêts communs et favorisent ainsi l'échange d'expériences.

    Divers exemples montrent qu'en matière de réduction de la pauvreté par le commerce, approches et partenariats novateurs pourraient supplanter l'importance précédemment accordée aux ressources.

    • Unilever intègre des stratégies d'innovation sociale dans ses opérations. En Inde, elle a créé avec des ONG un réseau rural fort de 31 000 femmes (Shakti) qui vend des produits adaptés aux consommateurs ruraux dans plus de 100 000 villages. En Indonésie, elle a mené avec Oxfam une évaluation de l'impact des processus de production et de distribution sur les communautés pauvres (Source: Unilever, Oxfam).
    • Électricité de France fournit du courant aux habitants des régions rurales grâce à divers partenariats. La Banque mondiale, des agences de l'ONU, d'autres donateurs multilatéraux et bilatéraux, des ONG et la société civile participent au programme d'accès à l'énergie qui vise à créer des petites entreprises locales d'électricité, d'eau, de gaz et de services téléphoniques en vue de doper l'activité économique locale et de créer des richesses. Le potentiel est immense: 2 milliards de personnes n'ont pas accès à l'électricité (Source: WBCSD).
    • Allan Schwartz, membre d'Ashoka, a collaboré avec le CCI pour développer les exportations du secteur du bois au Mozambique tout en aidant les communautés forestières à préserver l'environnement. Les travailleurs locaux fabriquent désormais des bracelets de bois de qualité en respectant un plan de reforestation. Le CCI s'est concentré sur l'adaptation des produits aux divers marchés, l'assurance qualité, la commercialisation et la distribution. (Source: Forum du commerce).
    • Procter & Gamble a mis au point avec des organisations, dont des instituts de recherche, un produit purificateur d'eau bon marché (US$ 0,01/litre). PuR est mélangé à l'eau puis filtré au travers d'une étoffe pour éliminer bactéries, virus et parasites. Un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable. Les agences d'aide utilisent PuR pour obtenir de l'eau potable lors des opérations de secours. (Source: Institut des sciences de la santé P&G)
    • Un jeune Britannique élu entrepreneur social de l'année 2006 a su faire reculer la pauvreté grâce au commerce dans une station d'écotourisme du Mozambique. Construite dans le respect des normes environnementales en privilégiant des matériaux, des techniques et la main-d'œuvre locale, la station emploie 55 personnes de la région qui à leur tour subviennent aux besoins de 500 personnes (un tiers du village). Le concept doit être reproduit ailleurs. (Source: http://www.bespokeexperience.com)
    • Cemex, troisième producteur mondial de matériaux de construction, et Ashoka ont aidé plus de 30 000 familles à faibles revenus à se construire une maison décente à un prix abordable. Les bénéficiaires ont participé à un programme d'épargne et de crédit, reçu une aide pour préparer la construction et bénéficié de divers services: stockage du matériel, fourniture et garantie des prix durant deux ans. L'entreprise a conquis de nouveaux consommateurs inaccessibles jusqu'alors tout en améliorant les conditions de vie des familles pauvres (Source: Ashoka, Association mondiale d'entrepreneurs locaux).
    Ces exemples montrent l'approche radicalement différente que nécessite un marché de 4 milliards de personnes vivant avec moins de US$ 2 par jour - une approche plus responsable socialement.



    L'essor de l'entrepreneuriat social

    Pendant longtemps, le travail des entrepreneurs sociaux est passé inaperçu. Les choses changent. John Elkington, Président-fondateur de SustainAbility, cabinet de conseil spécialisé en responsabilité sociale et développement durable, estime que «les entrepreneurs sociaux vont avoir un impact majeur sur les questions sociétales et environnementales les plus complexes à l'échelle mondiale. Leur impact, modéré par leur nombre actuel, pourrait être illimité s'ils s'associaient à des partenaires commerciaux appropriés». La Fondation Schwab pour l'entrepreneuriat social, créée par Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, organise des sommets annuels. Son dernier rapport précise que «les entrepreneurs sociaux peuvent aider les entreprises à maintenir le fragile équilibre entre la redistribution des profits aux actionnaires et le respect de leurs responsabilités sociales».

    Plusieurs développements font apparaître une sensibilité accrue de l'opinion publique à l'entrepreneuriat social:

    • Microfinance. Le succès de la microfinance montre que l'entrepreneuriat social peut être un outil de réduction de la pauvreté au plan mondial. Après l'Asie et l'Amérique latine, il gagne désormais l'Afrique.
    • Éducation. Les prestigieuses universités, comme Oxford et Harvard, offrent désormais des cours sur l'entrepreneuriat social et créent leur propre centre spécialisé. Les diplômés des grandes écoles de commerce et les cadres supérieurs entrevoient désormais le secteur non marchand comme une option de carrière séduisante.
    • Événements. Les entrepreneurs sociaux sont invités à des événements importants, tels que le Forum économique mondial, aux côtés de personnalités riches et influentes. Plusieurs prix et concours ont été créés afin d'identifier et d'aider financièrement les entrepreneurs sociaux qui réussissent.
    • Publications. Aujourd'hui, il existe des douzaines de guides sur l'entrepreneuriat social sur le site www.amazon.com De nombreux articles et livres soulignent qu'il y a dix ans, le sujet intéressait peu.
    • Philanthropie. Alors que la philanthropie en matière de développement est de plus en plus en vogue, l'inefficacité de certaines dépenses caritatives a donné naissance aux «intermédiaires philanthropiques», dont des entreprises, chargés de conseiller les donateurs sur les organisations les mieux à même de les aider à s'attaquer aux problèmes sociaux. Ceux-ci recommandent souvent des entrepreneurs sociaux comme partenaires d'exécution.

    La pauvreté, problème relevant du commerce

    Les nouvelles tendances en matière de consommation et d'investissement semblent avoir un effet «encourageant» sur la nouvelle conscience sociale des entreprises.

    • Consommateurs et investisseurs acquièrent de plus en plus une conscience sociale et boycottent les entreprises qui ne respectent pas les normes éthiques fondamentales.
    • La récente enquête de PricewaterhouseCoopers portant sur 140 dirigeants de multinationales basées aux États-Unis a montré que 85% d'entre eux estiment que le développement durable gagnera en importance dans leur modèle commercial d'ici à cinq ans et que plus de la moitié des investisseurs institutionnels et des analystes considèrent que la bonne gouvernance et les informations sur la durabilité sont des indicateurs essentiels de la valeur de l'entreprise.
    • Les investisseurs s'intéressent de plus en plus aux «certificats verts» des entreprises. Les fonds et l'investissement éthiques progressent. Selon une récente étude de Goldman Sachs, les entreprises présentant de solides indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance sont les meilleurs choix en matière d'investissement à long terme.
    • Les présidents-directeurs généraux des plus grandes entreprises mondiales participent au débat mondial sur le développement durable et le rôle des entreprises, et s'expriment lors d'événements tels que le Sommet du Pacte mondial de l'ONU de juillet 2007 à Genève ou les activités du Forum économique.

    Passer à la pratique

    La recherche menée dans le cadre de cet article a fait apparaître différents facteurs importants pour la réussite à long terme des initiatives de réduction de la pauvreté:

    • S'assurer que les communautés locales participent au développement régional et s'approprient les initiatives de réduction de la pauvreté.
    • Tenir compte des différences culturelles entre communautés et adapter les projets en conséquence.
    • Mesurer systématiquement l'impact et les résultats. Les preuves empiriques de succès peuvent servir d'incitations à d'autres.
    • Prendre en compte le besoin de travailler pour concilier les intérêts du gouvernement, des entrepreneurs sociaux et des milieux d'affaires. Les entrepreneurs sociaux et les responsables des programmes de responsabilité sociale par exemple, peuvent trouver difficile de s'attaquer aux politiques publiques, tels que les cadres législatifs, pour élargir le champ des initiatives.
    • Les entreprises doivent intégrer le développement social dans les stratégies commerciales à long terme et non pas le considérer comme un moyen de se faire de la publicité.

    Rédaction: Marija Stefanovic. Direction de la recherche: N. Domeisen.

    Collaborateurs : N. Domeisen, P. Hulm.



    Bref glossaire
    Entrepreneur social

    Dirigeant d'entreprise qui admet un problème social et utilise des principes entrepreneuriaux pour organiser, élaborer et gérer un projet en vue d'initier des changements sociaux. Alors qu'en règle générale, les entrepreneurs commerciaux mesurent la performance en termes de profits et de rendement, les entrepreneurs sociaux évaluent leur réussite en terme d'impact sur la société. (Source: Wikipedia)

    Microfinance

    Système de financement accordant des prêts modiques à des personnes pauvres désireuses de lancer ou d'étendre des affaires de petite taille et qui n'ont pas accès aux services de banques formelles. (Source: Banque mondiale)

    Responsabilité sociale des entreprises

    Engagement des entreprises à contribuer au développement économique durable en coopération avec les employés, leur famille, la communauté locale et la société au sens large afin d'améliorer leur vie par des mesures favorables à l'entreprise et au développement.(Source: International Finance Corporation)

    Le concept de la base de la pyramide

    La base de la pyramide (économique) regroupe 4 milliards de personnes vivant avec moins de US$ 2 par jour. C.K. Prahalad, professeur à l'Université du Michigan, estime que ces 4 milliards de pauvres peuvent être le moteur du prochain cycle du commerce mondial et de la prospérité ainsi qu'une source d'innovations. Les prendre en compte exige des grandes entreprises qu'elles collaborent avec les organisations de la société civile et les gouvernements locaux.(Source: C.K. Prahalad, The Fortune at the Bottom of the Pyramid: Eradicating Poverty through Profits, Wharton School Publishing, 2004)

    Le Pacte mondial des Nations Unies

    Réseau regroupant 2 900 entreprises, les gouvernements et des organisations de la société civile. Voir http://www.unglobalcompact.org




    La pyramide de la pauvreté et le potentiel d'exportation

    En termes de potentiel d'exportation, les spécialistes du développement considèrent que les pauvres forment une pyramide à plusieurs strates et qu'ils sont capables de contribuer à l'exportation.

    En bas, se trouvent les plus pauvres d'entre les pauvres: les ultra pauvres. Leur contribution au revenu familial ne suffit pas à garantir leur propre survie. Ils ont peu de biens, voire aucun, ont peu de chances de gagner de l'argent et survivent souvent grâce à la mendicité et au tri des ordures.

    Au-dessus sont les travailleurs pauvres qui gagnent leur vie en vendant des services, soit sur les marchés ou par eux-mêmes grâce à la production de subsistance. Sont inclus les travailleurs agricoles, les domestiques et les sous-employés qui vivent au bord du dénuement.

    On trouve ensuite les travailleurs indépendants pauvres, qui assurent leurs besoins fondamentaux en travaillant dans leur micro-entreprise ou l'entreprise familiale, souvent à temps partiel, sans avoir totalement renoncé à l'emploi rémunéré ou à une activité de subsistance. Ils ont besoin d'un fonds de roulement pour assurer leur activité productive.

    Le sommet est occupé par des personnes juste en dessous du seuil de pauvreté capables de générer des emplois additionnels. Ces entrepreneurs pauvres ou «e-pauvres» recrutent souvent d'autres personnes (majoritairement des membres de leur famille) à temps partiel, pour les aider à la bonne marche de leur entreprise. Pour eux aussi, le fonds de roulement est essentiel.

    Par élimination, les «e-pauvres» paraissent avoir les meilleures chances de participer au processus d'exportation. En devenant fournisseurs indirects de biens d'exportation grâce à la vente de marchandises à des grossistes mieux établis travaillant déjà dans l'exportation, ils peuvent pénétrer le secteur productif.

    Les travailleurs indépendants pauvres et qualifiés peuvent contribuer au processus d'exportation en alimentant la main-d'œuvre à l'étranger, pour autant qu'il y ait adéquation des compétences, ou en approfondissant leur formation pour gravir l'échelon supérieur avec une aide financière.

    Enfin, les travailleurs pauvres peuvent tenter leur chance sur les marchés du travail étrangers comme domestiques, soignants, travailleurs agricoles dans les grandes plantations notamment.

    Adapté de: Financing a Sustainable Linkage: The ADFIAP Experience, document présenté par Octavio B. Peralta, Secrétaire général, Association d'Asie et du Pacifique des institutions financières de développement (ADFIAP), Philippines, lors du Forum exécutif 2006 du CCI (disponible à l'adressehttp://www.intracen.org/wedf/ef2006/Global-Debate/Resource-Person-papers/Peralta_Paper.pdf ).