Le commerce des peaux et cuirs et des articles en cuir tanné
semi-finis est lucratif. C'est particulièrement vrai pour certains
pays en développement, où le dynamisme du secteur a induit une
hausse dans la chaîne de valeur et renforcé leur position sur le
marché. Par conséquent, les pays en développement détiennent 45%
des parts du commerce mondial des articles manufacturés en cuir.
Nombreux sont ceux qui ont augmenté substantiellement leur part de
la production mondiale de chaussures par rapport aux pays
industrialisés.
Pourtant, l'Afrique ne connaît qu'une hausse modeste. La
pénétration des importations de la branche nationale de la
chaussure sur le marché par d'autres pays en développement est
estimée à 73%. Le cuir et les produits en cuir s'élèvent
généralement à moins de 4% des exportations totales. Les chiffres
sont parlants: les pays africains possèdent 15% du gros bétail
mondial et 25% des caprins et ovins, mais ne produit que 14,9% des
peaux et cuirs - 8% de cuirs de bovins et 14% de peaux de moutons
et de chèvres.
Les exportations de peaux et cuirs ont chuté ces dernières années
pour se situer en dessous de 4%, alors que le cuir est classé très
haut comme produit d'exportation dans plusieurs pays africains. La
capacité de tannage de ces pays a diminué, passant de 9,2 à 6,8%.
Simultanément, l'effectif du cheptel a augmenté de 25% ces dix
dernières années, dépassant la tendance mondiale.
En 1997, pour s'attaquer aux problèmes que ces chiffres révèlent,
le CCI, avec l'appui financier des Pays-Bas, a lancé le Programme
intégré de développement des exportations du secteur du cuir en
Afrique (Integrated Leather Sector Export Development Programme for
Africa). Saisir les occasions qui se présentent sur le marché
mondial est impératif pour ce secteur. Des étapes importantes ont
été franchies ces sept dernières années: une fondation a été créée,
sur laquelle repose ce partenariat africain.
Combler les lacunes
Le cuir est en tête des exportations de nombreux pays d'Afrique.
L'écart entre les ressources et la production est important, mais
révèle le potentiel de cette activité. Réduire cet écart est
essentiel, car il est stratégique pour le développement industriel
et économique. Le continent entier bénéficierait de la dynamisation
des exportations. Comme le cuir est un sous-produit de l'industrie
de la viande, la chaîne d'approvisionnement commence avec l'élevage
des animaux, vital pour la plupart des communautés rurales.
Un développement réussi de ce secteur contribuerait à la diminution
de la pauvreté dans les zones rurales. En tant qu'activité à forte
main-d'œuvre, elle représente une source d'emploi importante à tous
les niveaux de la chaîne d'approvisionnement du continent. En
raison des liens en amont et en aval le long de la chaîne,
l'Afrique peut se positionner tant comme source de matière première
que comme exportatrice de produits finis.
A Blueprint for the African Leather Industry est
un rapport commandé par l'ONUDI et préparé conjointement par le
CCI, la FAO et le Fonds commun des produits de base. Il identifie
le potentiel de l'Afrique et émet des recommandations pour les
acteurs de la chaîne d'approvisionnement: gouvernements, secteur
privé et organisations internationales. Ce rapport est le résultat
de la rencontre Meet in Africa 2002, qui a réuni 25 experts
africains à Tunis. Il met en avant plusieurs indicateurs positifs
qui donnent une base solide pour trouver des solutions
avantageuses.
- Des institutions ont été créées pour introduire et renforcer
les normes et la qualité.
- Des bases de données ont été établies pour appuyer cette
activité.
- Les normes ont été harmonisées au niveau national dans
plusieurs pays, ce qui facilite les transactions et diminue
fortement les coûts.
- Des stratégies de promotion du commerce ont été élaborées et
des institutions d'appui instaurées, la coordination restant
néanmoins à renforcer.
Les difficultés à résoudre
Les chaînes d'approvisionnement, souvent induites par les
acheteurs, peuvent embrasser plusieurs pays et régions, dans la
mesure où les acteurs de la production et de la commercialisation
établissent des réseaux. Pour entrer sur de nouveaux marchés, le
secteur doit déjà s'intégrer aux niveaux national, sous-régional et
régional. Toutefois, l'intégration effective n'est pas facile.
Chaque étape de la chaîne d'approvisionnement, depuis la collecte
des peaux, en passant par les tanneries pour les transformer en
cuir, puis par la fabrication de produits en cuir et leur
commercialisation, exige des mesures spécifiques, des compétences
humaines et des systèmes d'appui.
La réunion du groupe d'experts tenue durant Meet in Africa 2002 a
identifié quelques obstacles.
- La qualité des peaux.
- Une mauvaise infrastructure des routes et des réseaux
électriques et des télécommunications, qui affecte toute la chaîne
d'approvisionnement.
- Le manque d'investissement étranger.
- La faible productivité de la main-d'œuvre, la mauvaise gestion
et des services de formation désuets.
- Des niveaux de développement technologique, de productivité et
de la main-d'œuvre insuffisants.
- Peu ou pas d'accès à un capital d'exploitation bon marché.
- Les mesures de protection de l'environnement.
- Le manque d'information commerciale, d'expertise et de
contrôle.
«Les problèmes, contraintes et difficultés, ainsi que leurs
solutions, sont liés les uns aux autres et requièrent par
conséquent une approche intégrée», énonce M. Giovanni Dadaglio,
Administrateur principal du CCI pour le développement des
marchés.
Des partenariats pour stimuler le secteur
Parmi les principales difficultés d'intégration, on compte
notamment le manque de mécanismes favorisant la collaboration
régionale au sein du secteur, les contacts réduits entre les
entreprises et les institutions d'appui, et une visibilité
internationale du secteur trop faible. Pour corriger cette
situation, le CCI reconnaît qu'il faut combiner les efforts de tous
les intéressés.
Le programme de 1997 a réuni les parties prenantes au sein d'un
partenariat développé lors d'une série de foires commerciales très
réussies, organisées par le CCI et ses partenaires africains. Il a
également donné naissance à la seule organisation représentant le
secteur sur ce continent, la Fédération africaine du cuir et des
industries associées (AFLAI).
Meet in Africa, manifestation lancée au Cap en 1998, suivie par
celles de Casablanca en 2000, de Tunis en 2002 et d'Addis Abeba en
2004, représente maintenant un carrefour international, qui associe
un salon commercial, auquel assistent des acheteurs du monde
entier, avec des séminaires, des réunions d'experts, des rencontres
acheteurs/vendeurs et des visites de fabriques. Lors de ce forum,
les entreprises et les institutions déterminent les mesures à
prendre et de précieux partenariats se mettent en place. À cette
occasion se retrouvent aussi les associations professionnelles, les
institutions d'appui au commerce, les compagnies de transports et
de douanes, et les représentants de plusieurs ministères du pays
d'accueil en vue de coordonner chaque événement.
Autre résultat important: l'amélioration de la visibilité et du
profil de la branche. Meet in Africa a révélé que cette activité
dépend autant des échanges intra-africains et Sud-Sud que des
acheteurs occidentaux. Les participants à la réunion de 2002 ont
annoncé la signature de contrats émanant des 480 rencontres
bilatérales entre 260 acheteurs et vendeurs. Le salon a attiré 367
exposants de 38 pays, 2200 visiteurs de la profession et plus de
300 participants aux séminaires et réunions d'experts. Des échanges
estimés à US$ 10 millions ont été négociés.
Meet in Africa a été financé par le Centre pour la promotion des
importations en provenance des pays en développement (CBI,
Pays-Bas). La Société internationale du cuir (SIC, France),
organisateur reconnu des foires commerciales internationales les
plus importantes dans le domaine du cuir, est devenue un partenaire
fidèle du CCI et de l'AFLAI pour l'organisation de Meet in Africa,
ce qui a peu à peu attiré la participation non seulement des
associations internationales, mais également de celles du secteur
privé. ASSOMAC, l'association italienne de fabricants de machines
pour la transformation du cuir, a facilité les réunions périodiques
de l'AFLAI, parrainé la préparation d'études sur le secteur et
coordonné la participation de l'Italie à ces manifestations.
Meet in Africa sert également de catalyseur pour une action
collective. Pour consolider les partenariats et la coopération,
l'AFLAI a été créée en 1998 sur la recommandation du CCI. Comme
l'AFLAI est l'unique organisation qui représente le secteur, ses
projets ont contribué à fortifier les associations nationales ou
sous-régionales existantes et à en créer de nouvelles, notamment en
Afrique centrale, de l'Ouest et du Nord. À ce jour, l'AFLAI
représente 46 pays et forme un réseau d'associations.
«Mobiliser les partenariats et intensifier le dialogue entre les
différents acteurs de la branche et les parties intéressées demeure
essentiel. C'est l'un des objectifs de Meet in Africa, souligne M.
Dadaglio. L'intérêt croissant et la participation aux
manifestations a généré un dialogue soutenu, le partage
d'expériences et la recherche commune de solutions.»
Relever de nouveaux défis
Pour devenir un acteur mondial puissant, l'Afrique doit surmonter
de nombreux obstacles commerciaux, ainsi que des difficultés liées
à la chaîne d'approvisionnement, en raison de pressions tant
internes qu'externes. Si ce secteur réussissait à combler l'écart
entre les ressources et la production, il aurait des débouchés. Sa
plus grande force réside dans la grande disponibilité de peaux, car
les prévisions indiquent que, dans la décennie à venir, la demande
mondiale de cuir va dépasser l'offre.
Pour atteindre son plein potentiel, cette activité devra consentir
beaucoup d'efforts, et notamment moderniser la chaîne
d'approvisionnement en ce qui concerne la technique et la gestion.
Une approche axée sur le marché, avec un système d'achat fondé sur
le renforcement de la valeur est également nécessaire. La
production de chaussures et d'autres articles en cuir devrait être
entraînée par la demande interne du marché. L'intensification des
liens avec la chaîne d'approvisionnement du cuir mondiale par la
sous-traitance, les partenariats et d'autres types d'alliances est
crucial, tout comme l'amélioration des capacités de design en
Afrique même, dans le cadre d'une approche commerciale «Made in
Africa».
Lieu de rencontre virtuel
Leatherline, le site portail développé par le CCI, a été lancé en
septembre 2003. Il offre une information complète qui répond aux
besoins du secteur partout dans le monde, avec notamment des
répertoires commerciaux en ligne qui couvrent la chaîne
d'approvisionnement du secteur, les dernière nouvelles commerciales
et les débouchés, les foires commerciales, des orientations
techniques, des enquêtes de marché, des bibliographies et d'autres
liens utiles. 280 000 appels ont été enregistrés, équivalant à 12
000 visites en juin 2004. Leatherline a recueilli des
renseignements détaillés sur 2000 compagnies, 12 000 étant
vérifiées. Ce site est gratuit. http://www.intracen.org/leatherline
Meet in Africa génère des accords
commerciaux
Meet in Africa est à l'origine de nouveaux contacts d'affaires,
l'accent étant mis sur les échanges Sud-Sud et intra-africains. On
compte à son actif de nombreuses réussites, comme cet accord de
partenariat signé entre Esperabé Peaux Export, au Tchad, et le
groupe TCIM-Roggwill, leader mondial d'articles exotiques en cuir,
dont Hermès International est un actionnaire. Une autre compagnie
tchadienne a signé un accord avec Meister and Co., à Marseille, en
vue de livrer 20 000 peaux de chèvres.
Tannery Ahmed A. Shahin and Sons, en Égypte, s'est associé avec
Curtumes Iberia SA, pour leur vendre toute leur production de cuir
en bleu humide. Une firme brésilienne, MK Química, après avoir
essayé en vain d'établir des contacts en Afrique par le passé, a
enfin réussi à s'installer en Tunisie et au Zimbabwe.
Elle a élaboré un programme pour fournir les produits chimiques aux
tanneries membres de l'Association de l'industrie du cuir d'Afrique
orientale et australe, ce qui aide les tanneries locales à obtenir
la certification ISO comme producteurs de biens respectueux de
l'environnement.
Un grand groupe de tanneries marocain, producteur de cuir fini, a
conclu des contrats avec trois nouveaux clients européens, ce qui
représente une croissance de 5% à 10% de ses exportations
annuelles. Les accords qu'une tannerie et fabrique d'empeignes de
chaussures a négociés avec cinq nouveaux clients s'élèvent à 30% de
son chiffre d'affaires mensuel. Enfin, Nalina Ltd., au Kenya, qui
fabrique des sacs à main, portefeuilles, chemises de classement,
serviettes, sacs de voyage et sacs en sisal faits main pour les
banques et les hôtels locaux, a commencé à exporter vers
l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et les États-Unis.
Texte: Dianna Rienstra
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