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    Cuir africain: Les industriels à la rencontre des marchés mondiaux

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2004

    Photo: SCI SA

    Le cuir est un des produits les plus négociés du monde. Le commerce du cuir, qui représente plus de US$ 60 milliards par année, va encore croître. Le secteur africain du cuir est doté d'un fort potentiel, mais souffre de l'écart entre ses ressources et la production. Un programme de développement du CCI est venu stimuler cette activité.

    Le commerce des peaux et cuirs et des articles en cuir tanné semi-finis est lucratif. C'est particulièrement vrai pour certains pays en développement, où le dynamisme du secteur a induit une hausse dans la chaîne de valeur et renforcé leur position sur le marché. Par conséquent, les pays en développement détiennent 45% des parts du commerce mondial des articles manufacturés en cuir. Nombreux sont ceux qui ont augmenté substantiellement leur part de la production mondiale de chaussures par rapport aux pays industrialisés.

    Pourtant, l'Afrique ne connaît qu'une hausse modeste. La pénétration des importations de la branche nationale de la chaussure sur le marché par d'autres pays en développement est estimée à 73%. Le cuir et les produits en cuir s'élèvent généralement à moins de 4% des exportations totales. Les chiffres sont parlants: les pays africains possèdent 15% du gros bétail mondial et 25% des caprins et ovins, mais ne produit que 14,9% des peaux et cuirs - 8% de cuirs de bovins et 14% de peaux de moutons et de chèvres.

    Les exportations de peaux et cuirs ont chuté ces dernières années pour se situer en dessous de 4%, alors que le cuir est classé très haut comme produit d'exportation dans plusieurs pays africains. La capacité de tannage de ces pays a diminué, passant de 9,2 à 6,8%. Simultanément, l'effectif du cheptel a augmenté de 25% ces dix dernières années, dépassant la tendance mondiale.

    En 1997, pour s'attaquer aux problèmes que ces chiffres révèlent, le CCI, avec l'appui financier des Pays-Bas, a lancé le Programme intégré de développement des exportations du secteur du cuir en Afrique (Integrated Leather Sector Export Development Programme for Africa). Saisir les occasions qui se présentent sur le marché mondial est impératif pour ce secteur. Des étapes importantes ont été franchies ces sept dernières années: une fondation a été créée, sur laquelle repose ce partenariat africain.

    Combler les lacunes

    Le cuir est en tête des exportations de nombreux pays d'Afrique. L'écart entre les ressources et la production est important, mais révèle le potentiel de cette activité. Réduire cet écart est essentiel, car il est stratégique pour le développement industriel et économique. Le continent entier bénéficierait de la dynamisation des exportations. Comme le cuir est un sous-produit de l'industrie de la viande, la chaîne d'approvisionnement commence avec l'élevage des animaux, vital pour la plupart des communautés rurales.

    Un développement réussi de ce secteur contribuerait à la diminution de la pauvreté dans les zones rurales. En tant qu'activité à forte main-d'œuvre, elle représente une source d'emploi importante à tous les niveaux de la chaîne d'approvisionnement du continent. En raison des liens en amont et en aval le long de la chaîne, l'Afrique peut se positionner tant comme source de matière première que comme exportatrice de produits finis.

    A Blueprint for the African Leather Industry est un rapport commandé par l'ONUDI et préparé conjointement par le CCI, la FAO et le Fonds commun des produits de base. Il identifie le potentiel de l'Afrique et émet des recommandations pour les acteurs de la chaîne d'approvisionnement: gouvernements, secteur privé et organisations internationales. Ce rapport est le résultat de la rencontre Meet in Africa 2002, qui a réuni 25 experts africains à Tunis. Il met en avant plusieurs indicateurs positifs qui donnent une base solide pour trouver des solutions avantageuses.
    • Des institutions ont été créées pour introduire et renforcer les normes et la qualité.
    • Des bases de données ont été établies pour appuyer cette activité.
    • Les normes ont été harmonisées au niveau national dans plusieurs pays, ce qui facilite les transactions et diminue fortement les coûts.
    • Des stratégies de promotion du commerce ont été élaborées et des institutions d'appui instaurées, la coordination restant néanmoins à renforcer.

    Les difficultés à résoudre

    Les chaînes d'approvisionnement, souvent induites par les acheteurs, peuvent embrasser plusieurs pays et régions, dans la mesure où les acteurs de la production et de la commercialisation établissent des réseaux. Pour entrer sur de nouveaux marchés, le secteur doit déjà s'intégrer aux niveaux national, sous-régional et régional. Toutefois, l'intégration effective n'est pas facile. Chaque étape de la chaîne d'approvisionnement, depuis la collecte des peaux, en passant par les tanneries pour les transformer en cuir, puis par la fabrication de produits en cuir et leur commercialisation, exige des mesures spécifiques, des compétences humaines et des systèmes d'appui.

    La réunion du groupe d'experts tenue durant Meet in Africa 2002 a identifié quelques obstacles.
    • La qualité des peaux.
    • Une mauvaise infrastructure des routes et des réseaux électriques et des télécommunications, qui affecte toute la chaîne d'approvisionnement.
    • Le manque d'investissement étranger.
    • La faible productivité de la main-d'œuvre, la mauvaise gestion et des services de formation désuets.
    • Des niveaux de développement technologique, de productivité et de la main-d'œuvre insuffisants.
    • Peu ou pas d'accès à un capital d'exploitation bon marché.
    • Les mesures de protection de l'environnement.
    • Le manque d'information commerciale, d'expertise et de contrôle. Les problèmes, contraintes et difficultés, ainsi que leurs solutions, sont liés les uns aux autres et requièrent par conséquent une approche intégrée.

    Des partenariats pour stimuler le secteur

    Parmi les principales difficultés d'intégration, on compte notamment le manque de mécanismes favorisant la collaboration régionale au sein du secteur, les contacts réduits entre les entreprises et les institutions d'appui, et une visibilité internationale du secteur trop faible. Pour corriger cette situation, le CCI reconnaît qu'il faut combiner les efforts de tous les intéressés.

    Le programme de 1997 a réuni les parties prenantes au sein d'un partenariat développé lors d'une série de foires commerciales très réussies, organisées par le CCI et ses partenaires africains. Il a également donné naissance à la seule organisation représentant le secteur sur ce continent, la Fédération africaine du cuir et des industries associées (AFLAI).

    Meet in Africa, manifestation lancée au Cap en 1998, suivie par celles de Casablanca en 2000, de Tunis en 2002 et d'Addis Abeba en 2004, représente maintenant un carrefour international, qui associe un salon commercial, auquel assistent des acheteurs du monde entier, avec des séminaires, des réunions d'experts, des rencontres acheteurs/vendeurs et des visites de fabriques. Lors de ce forum, les entreprises et les institutions déterminent les mesures à prendre et de précieux partenariats se mettent en place. À cette occasion se retrouvent aussi les associations professionnelles, les institutions d'appui au commerce, les compagnies de transports et de douanes, et les représentants de plusieurs ministères du pays d'accueil en vue de coordonner chaque événement.

    Autre résultat important: l'amélioration de la visibilité et du profil de la branche. Meet in Africa a révélé que cette activité dépend autant des échanges intra-africains et Sud-Sud que des acheteurs occidentaux. Les participants à la réunion de 2002 ont annoncé la signature de contrats émanant des 480 rencontres bilatérales entre 260 acheteurs et vendeurs. Le salon a attiré 367 exposants de 38 pays, 2200 visiteurs de la profession et plus de 300 participants aux séminaires et réunions d'experts. Des échanges estimés à US$ 10 millions ont été négociés.

    Meet in Africa a été financé par le Centre pour la promotion des importations en provenance des pays en développement (CBI, Pays-Bas). La Société internationale du cuir (SIC, France), organisateur reconnu des foires commerciales internationales les plus importantes dans le domaine du cuir, est devenue un partenaire fidèle du CCI et de l'AFLAI pour l'organisation de Meet in Africa, ce qui a peu à peu attiré la participation non seulement des associations internationales, mais également de celles du secteur privé. ASSOMAC, l'association italienne de fabricants de machines pour la transformation du cuir, a facilité les réunions périodiques de l'AFLAI, parrainé la préparation d'études sur le secteur et coordonné la participation de l'Italie à ces manifestations.

    Meet in Africa sert également de catalyseur pour une action collective. Pour consolider les partenariats et la coopération, l'AFLAI a été créée en 1998 sur la recommandation du CCI. Comme l'AFLAI est l'unique organisation qui représente le secteur, ses projets ont contribué à fortifier les associations nationales ou sous-régionales existantes et à en créer de nouvelles, notamment en Afrique centrale, de l'Ouest et du Nord. À ce jour, l'AFLAI représente 46 pays et forme un réseau d'associations.

    «Mobiliser les partenariats et intensifier le dialogue entre les différents acteurs de la branche et les parties intéressées demeure essentiel. C'est l'un des objectifs de Meet in Africa, souligne M. Dadaglio. L'intérêt croissant et la participation aux manifestations a généré un dialogue soutenu, le partage d'expériences et la recherche commune de solutions.»

    Relever de nouveaux défis

    Pour devenir un acteur mondial puissant, l'Afrique doit surmonter de nombreux obstacles commerciaux, ainsi que des difficultés liées à la chaîne d'approvisionnement, en raison de pressions tant internes qu'externes. Si ce secteur réussissait à combler l'écart entre les ressources et la production, il aurait des débouchés. Sa plus grande force réside dans la grande disponibilité de peaux, car les prévisions indiquent que, dans la décennie à venir, la demande mondiale de cuir va dépasser l'offre.

    Pour atteindre son plein potentiel, cette activité devra consentir beaucoup d'efforts, et notamment moderniser la chaîne d'approvisionnement en ce qui concerne la technique et la gestion. Une approche axée sur le marché, avec un système d'achat fondé sur le renforcement de la valeur est également nécessaire. La production de chaussures et d'autres articles en cuir devrait être entraînée par la demande interne du marché. L'intensification des liens avec la chaîne d'approvisionnement du cuir mondiale par la sous-traitance, les partenariats et d'autres types d'alliances est crucial, tout comme l'amélioration des capacités de design en Afrique même, dans le cadre d'une approche commerciale «Made in Africa».



    Lieu de rencontre virtuel

    Leatherline, le site portail développé par le CCI, a été lancé en septembre 2003. Il offre une information complète qui répond aux besoins du secteur partout dans le monde, avec notamment des répertoires commerciaux en ligne qui couvrent la chaîne d'approvisionnement du secteur, les dernière nouvelles commerciales et les débouchés, les foires commerciales, des orientations techniques, des enquêtes de marché, des bibliographies et d'autres liens utiles. 280 000 appels ont été enregistrés, équivalant à 12 000 visites en juin 2004. Leatherline a recueilli des renseignements détaillés sur 2000 compagnies, 12 000 étant vérifiées. Ce site est gratuit. http://www.intracen.org/leatherline



    Meet in Africa génère des accords commerciaux

    Meet in Africa est à l'origine de nouveaux contacts d'affaires, l'accent étant mis sur les échanges Sud-Sud et intra-africains. On compte à son actif de nombreuses réussites, comme cet accord de partenariat signé entre Esperabé Peaux Export, au Tchad, et le groupe TCIM-Roggwill, leader mondial d'articles exotiques en cuir, dont Hermès International est un actionnaire. Une autre compagnie tchadienne a signé un accord avec Meister and Co., à Marseille, en vue de livrer 20 000 peaux de chèvres.

    Tannery Ahmed A. Shahin and Sons, en Égypte, s'est associé avec Curtumes Iberia SA, pour leur vendre toute leur production de cuir en bleu humide. Une firme brésilienne, MK Química, après avoir essayé en vain d'établir des contacts en Afrique par le passé, a enfin réussi à s'installer en Tunisie et au Zimbabwe.

    Elle a élaboré un programme pour fournir les produits chimiques aux tanneries membres de l'Association de l'industrie du cuir d'Afrique orientale et australe, ce qui aide les tanneries locales à obtenir la certification ISO comme producteurs de biens respectueux de l'environnement.

    Un grand groupe de tanneries marocain, producteur de cuir fini, a conclu des contrats avec trois nouveaux clients européens, ce qui représente une croissance de 5% à 10% de ses exportations annuelles. Les accords qu'une tannerie et fabrique d'empeignes de chaussures a négociés avec cinq nouveaux clients s'élèvent à 30% de son chiffre d'affaires mensuel. Enfin, Nalina Ltd., au Kenya, qui fabrique des sacs à main, portefeuilles, chemises de classement, serviettes, sacs de voyage et sacs en sisal faits main pour les banques et les hôtels locaux, a commencé à exporter vers l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et les États-Unis.

    Texte: Dianna Rienstra

    Organisations mentionnées dans cet article: