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  • CRÉER UNE SUPERPUISSANCE COMMERCIALE

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    Créer une superpuissance commerciale

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 1/2007 ,
    Interview de Mashudu Ramano, Président, Johnnic Communications
     
     

    © Johnnic Communications Mashudu Ramano, un dirigeant d'entreprise avec une nouvelle vision de l'Afrique

    Johnnic Communications (ou Johncom) est un des plus grands groupes de presse et de loisirs d'Afrique; parallèlement à la distribution de journaux, de musique et de films, il possède des librairies et des cinémas. S'il a noué des liens étroits avec un géant multimédia anglais, le groupe sud-africain a toujours été un champion du commerce Sud-Sud. Son expansion vigoureuse au Nigéria vise à développer le potentiel de l'industrie du cinéma (surnommée Nollywood).

    Q: Le parcours de Johncom depuis 1995 est remarquable en soi. Pourriez-vous nous en parler? 

    R: Johnnic Communications s'appelait autrefois Times Media Limited (TML). Le National Empowerment Consortium, qui a acheté Johncom, est une coalition englobant depuis les milieux d'affaires jusqu'aux syndicats noirs. Elle nous a permis d'emprunter auprès des banques et d'acquérir Johncom en 1996. Nous avons aussi créé une co-entreprise avec le groupe anglais Pearson. Johncom est le plus grand groupe sud-africain de communication et de loisirs; il possède le premier journal d'Afrique du Sud (Sunday Times), la chaîne de librairies Exclusive Books, des maisons d'édition, la compagnie de disques Gallo Music et la société de cinéma Nu Metro.

    Q: Johncom revendique sa fierté d'être une entreprise africaine et sud-africaine. Alors que vos recettes ont quasiment doublé entre 2004 et 2006, le site Internet précise que Johncom est «une entreprise sud-africaine prospère - mais surtout éthique - possédée et dirigée par des Sud-Africains» dont 65% des effectifs sont issus des communautés défavorisées. Que pensez-vous de l'image d'une Afrique enlisée dans la pauvreté? 

    R: Si vous prenez le continent dans sa globalité, la pauvreté ne vient pas d'une pénurie de ressources mais d'un manque de vision - de perception de nos richesses. Et lorsque nous en avons conscience, nous ne cherchons pas vraiment à en tirer parti. Le Nigéria a 140 millions d'habitants, soit un peu plus que le Japon, qui, en dépit d'une pénurie de ressources, est la deuxième puissance économique mondiale. Malgré son pétrole et ses minéraux, le Nigéria est à la traîne en termes de taille de l'économie et de niveau de vie. Si nous réglons les problèmes de gouvernance, nous pourrons mieux exploiter nos ressources. Certains pays - comme le Nigéria - s'activent pour corriger la situation.

    Q: Est-ce pour cela que vous investissez massivement dans l'industrie du cinéma nigériane? Nu Metro a conclu des partenariats stratégiques avec les grands studios étrangers; il distribue leurs meilleurs films en Afrique du Sud et approvisionne les magasins de vente et de location de vidéos et de DVD. 

    R: Nollywood, comme on l'appelle, est une énorme machine qui emploie près de 500 000 personnes. Il nous suffit d'aller à à Nollywood et de collaborer à la création d'un centre de production de films de qualité en Afrique s'inspirant uniquement de la culture africaine. Nous créons une unité de production à Lagos pour les DVD et la vidéo. Nous possédons Business Day Nigeria; nous avons créé un partenariat avec le Gouvernement pour encourager la production cinématographique et nous organisons le Festival du cinéma nigérian qui projettera des films de Nollywood dans nos studios dont la réputation n'est plus à faire.

    Q: Le sous-développement des systèmes économiques doit poser certains problèmes… 

    R: Si vous faites allusion à l'Afrique du Sud, en 1994, 7% de la population tentait de maintenir une économie capable de garantir emplois et revenus durables à 93% de la population. Cette situation était intenable. Depuis 1994, le Gouvernement et le secteur public ont fait des efforts pour encourager la participation des exclus. Il en va de notre survie et de la durabilité de nos activités: plus il y aura de travailleurs, de producteurs et de consommateurs, plus l'économie sera viable. En 2002, le Nigéria n'avait pas de centres commerciaux modernes comme ceux que nous construisons; nous avons dû créer l'environnement commercial favorable.


    © Johnnic Communications
    Les différentes fonctions commerciales au
    sein de Johncom. Visitez leur site à l'adresse
    http://www.johncom.co.za
     

    Q: Votre image est celle de produits de qualité destinés aux Africains mais vous cherchez à être compétitif sur le plan mondial et en position dominante en Afrique. Est-il possible, même pour une grande entreprise, de se frayer une place sur le marché mondial ou pour l'Afrique de devenir un important marché mondial? 

    R: Nous sommes attachés à l'Afrique. Mais nous devons aussi admettre que les Africains doivent changer les choses pour aller de l'avant, notamment le cadre réglementaire. Les entreprises ont besoin d'une certitude réglementaire. Le piratage déstabilise le commerce des films: lorsque les États-Unis lancent un film, on le retrouve le jour même sur les marchés locaux de certains pays africains. Le rapatriement des profits ou des surplus par les investisseurs étrangers est un autre problème tout comme la corruption. Nous devons affronter la réalité; certains pays s'attaquent déjà à ces problèmes. Il s'agit désormais que nous Africains, montrions au monde, à travers un effort concerté, que des changements positifs sont en cours et que nous sommes en mesure de les initier et de décider de l'avenir du continent. 

    Interview de Peter Hulm.