Lancée au Kenya au début des années 1900, la cotonculture
ne s’est guère développée avant les années 70. À l’époque, le coton était
considéré par le gouvernement comme une culture essentielle pour lutter contre
la pauvreté dans le pays, et 20 unités d’égrenage au moins avaient été créées.
L’effondrement de la filière au début des années 90 a cependant touché
l’ensemble de la filière. De nombreuses unités d’égrenage ont fermé leurs
portes après avoir pris livraison de coton graine sans le payer. Dans ce
contexte, réintroduire le coton n’était pas une mince affaire.
L’ITC a cependant mis en relation des responsables d’unités
d’égrenage, des cotonculteurs kényans et des parties intéressées de la chaîne
de valeur du coton jusqu’aux vêtements en Chine, lesquels leur ont présenté
leur modèle d’activité et leurs exigences. Une des principales leçons tirées
par les Kényans a été qu’il leur fallait mettre l’accent sur la qualité et
l’ajout de valeur local.
S’agissant de l’ajout de valeur local, le Kenya produisant
quelque 12 000 tonnes métriques de coton-fibre entièrement consommées
localement, les discussions avec les parties prenantes chinoises ont clairement
montré qu’il devait exploiter le potentiel du marché local du coton-fibre et du
coton graine pour commencer, avant même que d’envisager d’exporter.
Ils ont donc appris combien il était important d’ajouter de
la valeur au produit avant la vente. Étant donné que seuls 35%-40% du coton
graine consistent en du coton-fibre, le potentiel d’ajout de valeur au coton
graine par le broyage et l’extraction de l’huile de la graine en vue de sa
transformation en d’autres produits est considérable. Le tourteau restant est
ensuite transformé en aliments pour animaux. En fait, un marché local existait
mais les égreneurs kényans n’en avaient jamais tiré parti.
Makueni Ginneries est une des entreprises qui ont participé
à l’Initiative de l’ITC pour le développement du coton africain. L’entreprise,
privatisée en 2000, a une capacité de plus de 10 000 balles par an. Pour
satisfaire la demande nationale et accroître la valeur du produit avant la
vente, l’entreprise a décidé d’acheter une machine d’extraction d’huile
chinoise, opérée par quatre personnes, et d’une capacité de 1000 kg par jour. À
l’époque, elle avait des difficultés à vendre le coton graine qui devait être
transporté jusqu’à Nairobi et était vendu pour seulement 6 shillings kényans
($E.-U. 0,06) le kilo à un cartel de négociants. Après l’installation de
l’extracteur, les fabricants d’aliments pour animaux ont commencé à passer
commande de tourteaux de coton graine, et l’huile de coton était vendue pour
produire de l’huile de table ou pour peindre des usines. La valeur du coton
graine est passée à 30 shillings le kilo, soit une amélioration de 500%. En
outre, le cartel a été démantelé et le prix du coton graine est passé à 30
shillings pour toutes les unités d’égrenage. Sachant que quelque 22 000
tonnes de coton graine sont produites dans le pays, cette augmentation signifie
des recettes potentielles $E.-U. 5,7 millions pour l’ensemble de la
campagne. Les cotonculteurs bénéficient directement de cette augmentation étant
donné qu’elle sera répartie entre les égreneurs et les producteurs. La
formation au calcul des prix du coton graine a contribué à faire en sorte que
toutes les parties soient gagnantes.
Partenariats le long
de la chaîne de valeur
Au Viet Nam, l’ITC a permis à Makueni Ginneries de
rencontrer toutes les entreprises de la chaîne de valeur des textiles et des
vêtements. Toutes les entreprises visitées étaient très exigeantes en termes de
qualité du coton, mais avaient aussi besoin de quantités minimum que
l’entreprise n’était pas encore en mesure de fournir. Pendant le voyage, des
représentants de Makueni Ginneries ont également visité une usine spécialisée
dans les produits à base de coton tels les serviettes hygiéniques. Cette
entreprise n’ayant pas besoin de grandes quantités de coton graine, elle
s’approvisionne en coton-fibre auprès d’usines textiles, ce qui est coûteux.
Makueni Ginneries a donc perçu le potentiel de l’exportation de coton-fibre et,
parallèlement, de la collaboration avec eux pour produire au Kenya des produits
sanitaires.
Un accord de principe a été donné par l’unité d’égrenage
dans les deux cas mais elle commencera par vendre du coton-fibre qui sera
transformé et revendu pour le conditionnement des produits sanitaires. L’idée
est de travailler en amont, en s’inspirant de l’expérience vietnamienne, et
d’ajouter ensuite de la valeur à chaque étape de la production, jusqu’à ce que
l’unité d’égrenage dispose d’une usine complète de produits sanitaires en
coton. Aucun problème de commercialisation ne devrait se poser car la nouvelle
Constitution du Kenya impose au Gouvernement de fournir toutes les écoles de
filles en serviettes hygiéniques. En outre, Makueni Ginneries sera aussi en
mesure de produire du coton hygiénique pour les hôpitaux.
Associer le
gouvernement
Pour finir, l’ajout de valeur et l’expansion du marché sont
également nécessaires dans l’industrie locale des textiles et des vêtements
confrontée à des difficultés liées à l’importation illicite de produits et aux
vêtements de seconde main. Pour qu’une industrie survive, elle a besoin de l’appui
d’un gros acheteur. Le Gouvernement kényan est un gros acheteur puisqu’il a
besoin d’approvisionner les institutions publiques, y compris les hôpitaux et
les universités. S’inspirant de l’expérience chinoise, Makueni Ginneries s’est
adressée au Premier ministre pour lui demander de soutenir la branche et il a
été décidé que les produits requis devraient en priorité être obtenus
localement. Il s’agit là d’un énorme coup de pouce pour la filière coton et
textile.
Avec
l’expansion de la filière kényane du coton, les entreprises doivent se pencher
sur le potentiel commercial de tous les produits de la chaîne de valeur.
L’ajout de valeur permet d’élargir le marché local et est source de débouchés à
l’étranger. La coopération sud-sud a été un point de départ crucial de cette
entreprise.