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    Coopération Sud-Sud avec le concours de l’ITC

    David W. Masika, Directeur, Makueni Ginneries
    décembre 01, 2011

    Lancée au Kenya au début des années 1900, la cotonculture ne s’est guère développée avant les années 70. À l’époque, le coton était considéré par le gouvernement comme une culture essentielle pour lutter contre la pauvreté dans le pays, et 20 unités d’égrenage au moins avaient été créées. L’effondrement de la filière au début des années 90 a cependant touché l’ensemble de la filière. De nombreuses unités d’égrenage ont fermé leurs portes après avoir pris livraison de coton graine sans le payer. Dans ce contexte, réintroduire le coton n’était pas une mince affaire.

    L’ITC a cependant mis en relation des responsables d’unités d’égrenage, des cotonculteurs kényans et des parties intéressées de la chaîne de valeur du coton jusqu’aux vêtements en Chine, lesquels leur ont présenté leur modèle d’activité et leurs exigences. Une des principales leçons tirées par les Kényans a été qu’il leur fallait mettre l’accent sur la qualité et l’ajout de valeur local.

    S’agissant de l’ajout de valeur local, le Kenya produisant quelque 12 000 tonnes métriques de coton-fibre entièrement consommées localement, les discussions avec les parties prenantes chinoises ont clairement montré qu’il devait exploiter le potentiel du marché local du coton-fibre et du coton graine pour commencer, avant même que d’envisager d’exporter.

    Ils ont donc appris combien il était important d’ajouter de la valeur au produit avant la vente. Étant donné que seuls 35%-40% du coton graine consistent en du coton-fibre, le potentiel d’ajout de valeur au coton graine par le broyage et l’extraction de l’huile de la graine en vue de sa transformation en d’autres produits est considérable. Le tourteau restant est ensuite transformé en aliments pour animaux. En fait, un marché local existait mais les égreneurs kényans n’en avaient jamais tiré parti.

    Makueni Ginneries est une des entreprises qui ont participé à l’Initiative de l’ITC pour le développement du coton africain. L’entreprise, privatisée en 2000, a une capacité de plus de 10 000 balles par an. Pour satisfaire la demande nationale et accroître la valeur du produit avant la vente, l’entreprise a décidé d’acheter une machine d’extraction d’huile chinoise, opérée par quatre personnes, et d’une capacité de 1000 kg par jour. À l’époque, elle avait des difficultés à vendre le coton graine qui devait être transporté jusqu’à Nairobi et était vendu pour seulement 6 shillings kényans ($E.-U. 0,06) le kilo à un cartel de négociants. Après l’installation de l’extracteur, les fabricants d’aliments pour animaux ont commencé à passer commande de tourteaux de coton graine, et l’huile de coton était vendue pour produire de l’huile de table ou pour peindre des usines. La valeur du coton graine est passée à 30 shillings le kilo, soit une amélioration de 500%. En outre, le cartel a été démantelé et le prix du coton graine est passé à 30 shillings pour toutes les unités d’égrenage. Sachant que quelque 22 000 tonnes de coton graine sont produites dans le pays, cette augmentation signifie des recettes potentielles $E.-U. 5,7 millions pour l’ensemble de la campagne. Les cotonculteurs bénéficient directement de cette augmentation étant donné qu’elle sera répartie entre les égreneurs et les producteurs. La formation au calcul des prix du coton graine a contribué à faire en sorte que toutes les parties soient gagnantes.

     

    Partenariats le long de la chaîne de valeur 

    Au Viet Nam, l’ITC a permis à Makueni Ginneries de rencontrer toutes les entreprises de la chaîne de valeur des textiles et des vêtements. Toutes les entreprises visitées étaient très exigeantes en termes de qualité du coton, mais avaient aussi besoin de quantités minimum que l’entreprise n’était pas encore en mesure de fournir. Pendant le voyage, des représentants de Makueni Ginneries ont également visité une usine spécialisée dans les produits à base de coton tels les serviettes hygiéniques. Cette entreprise n’ayant pas besoin de grandes quantités de coton graine, elle s’approvisionne en coton-fibre auprès d’usines textiles, ce qui est coûteux. Makueni Ginneries a donc perçu le potentiel de l’exportation de coton-fibre et, parallèlement, de la collaboration avec eux pour produire au Kenya des produits sanitaires.

    Un accord de principe a été donné par l’unité d’égrenage dans les deux cas mais elle commencera par vendre du coton-fibre qui sera transformé et revendu pour le conditionnement des produits sanitaires. L’idée est de travailler en amont, en s’inspirant de l’expérience vietnamienne, et d’ajouter ensuite de la valeur à chaque étape de la production, jusqu’à ce que l’unité d’égrenage dispose d’une usine complète de produits sanitaires en coton. Aucun problème de commercialisation ne devrait se poser car la nouvelle Constitution du Kenya impose au Gouvernement de fournir toutes les écoles de filles en serviettes hygiéniques. En outre, Makueni Ginneries sera aussi en mesure de produire du coton hygiénique pour les hôpitaux.

     

    Associer le gouvernement 

    Pour finir, l’ajout de valeur et l’expansion du marché sont également nécessaires dans l’industrie locale des textiles et des vêtements confrontée à des difficultés liées à l’importation illicite de produits et aux vêtements de seconde main. Pour qu’une industrie survive, elle a besoin de l’appui d’un gros acheteur. Le Gouvernement kényan est un gros acheteur puisqu’il a besoin d’approvisionner les institutions publiques, y compris les hôpitaux et les universités. S’inspirant de l’expérience chinoise, Makueni Ginneries s’est adressée au Premier ministre pour lui demander de soutenir la branche et il a été décidé que les produits requis devraient en priorité être obtenus localement. Il s’agit là d’un énorme coup de pouce pour la filière coton et textile.

    Avec l’expansion de la filière kényane du coton, les entreprises doivent se pencher sur le potentiel commercial de tous les produits de la chaîne de valeur. L’ajout de valeur permet d’élargir le marché local et est source de débouchés à l’étranger. La coopération sud-sud a été un point de départ crucial de cette entreprise.