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    Coopérer avec les ONG

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 2/2006, © Centre du commerce international


    © Reuters/B. Yip
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    Le développement doit être le ciment des partenariats unissant agences de promotion du commerce et organisations non gouvernementales.

    Si les gouvernements, les donateurs et les agences spécialisées œuvrant au développement du commerce veulent renforcer l'impact de leurs actions, ils doivent tendre la main aux organisations non gouvernementales (ONG).

    Le développement est un processus complexe, qui ne se mesure pas seulement en produit intérieur brut (PIB) par habitant. Les institutions économiques, sociales et politiques sont liées au développement et les efforts en vue de les réformer doivent tenir compte de cette relation.

    Or, la majorité des actions «officielles» en faveur du commerce adoptent des objectifs en termes économiques. Les ONG, qui touchent à tous les aspects du développement, peuvent contribuer à redresser la barre.

    S'il semble évident que des partenaires complémentaires doivent coopérer, pourquoi n'en est-il rien? L'obstacle est avant tout idéologique. De par leur indépendance, les ONG ne participent qu'aux programmes qu'elles jugent dignes d'intérêt. Et les gouvernements et donateurs ne veulent pas être contraints, par des groupes d'«intérêt particulier» non élus, de mener des activités heurtant leur propre philosophie.

    En faisant du développement le ciment de la coopération, on pourrait y parvenir. Les recommandations ci-après visent à stimuler le développement du commerce par une coopération entre donateurs et ONG.

    Les donateurs peuvent élargir leurs objectifs de développement du commerce. Ils peuvent les recentrer pour inclure les aspects environnementaux, sociaux et politiques du développement, favorisant ainsi l'intégration des activités liées au développement du commerce dans d'autres actions spécifiques et renforçant leur chance de réussite par une prise en compte fidèle du processus.

    Leur expérience en matière de coordination des activités et d'actions touche-à-tout dans le secteur fait des ONG le partenaire idéal pour aider les programmes de développement du commerce à intégrer ces questions. Sans compter que les ONG frileuses dès qu'il s'agit du commerce, hésiteraient moins à s'investir dans des actions dont les objectifs se calquent étroitement sur les leurs.

    Les ONG peuvent participer à la planification et l'évaluation. Les ONG internationales pourraient apporter un éclairage nouveau sur la place du commerce dans le développement et sur la façon dont les activités liées au développement du commerce affectent l'environnement, la santé, etc., et suggérer des façons d'intégrer les plus démunis dans les stratégies de développement. Les ONG locales, regroupant souvent des membres de la communauté, peuvent encourager le dialogue participatif lors de l'élaboration et de la mise en œuvre des projets et garantir leur durabilité.

    Les ONG peuvent être des partenaires de projets. Les ONG dispose d'une expertise dans de nombreux secteurs. Celles axées sur le commerce (associations industrielles, chambres de commerce, coopératives commerciales, etc.) sont parmi les meilleurs experts techniques dans leur domaine. Les ONG locales et internationales défendent souvent la cause des femmes, l'éducation ou l'environnement.

    Grâce à leur implantation locale, elles peuvent atteindre des régions isolées sous-développées.

    Recibler les populations. Les ONG, les gouvernements et les agences internationales peuvent s'entendre sur les populations cibles des programmes de développement du commerce. Certains projets se focalisent sur les mieux à même de soutenir la concurrence sur les marchés mondiaux, à savoir souvent les grandes entreprises et les entrepreneurs riches, faisant fi des capacités entrepreneuriales des populations pauvres et marginalisées.

    Par ailleurs, les ONG doivent choisir des gagnants parmi les entrepreneurs pauvres. Des motifs humanitaires les poussent souvent à aider les plus indigents. Aider les initiatives inefficaces ou peu rentables ne fera pas avancer la cause du développement si les entreprises ne peuvent accéder à l'autosuffisance et être compétitives sur les marchés internationaux.

    Reconnaître les activités non traditionnelles de développement du commerce. Les ONG n'étiquettent pas toujours leurs activités en faveur du commerce comme tel, notamment si elles s'inscrivent dans des initiatives de développement plus vastes. Elles ignorent souvent la contribution de leurs services de développement des entreprises ou de micro-crédit au développement du commerce et des exportations. La reconnaître pourrait combler la fracture philosophique entre les ONG et d'autres partenaires de promotion du commerce, et renforcer la coopération et l'intégration.

    Le développement du commerce peut aider les ONG

    Nous avons examiné certaines des contributions des ONG au développement du commerce. Des ONG estiment pour leur part que l'essor du commerce peut les aider à réaliser leurs objectifs.

    Les gouvernements, les agences de développement et les ONG admettent tous le lien entre commerce, pauvreté et développement. InterAction, la plus grande alliance d'ONG humanitaires et de développement, basée aux États-Unis, déclare dans son rapport de mars 2005, croire au recul de la pauvreté et à l'envol de la croissance fondé sur l'aide au renforcement des capacités commerciales.

    Devant ces objectifs affichés par les ONG, il serait vain d'ignorer les avantages de la coopération.

    Renforcer l'impact des ONG. Les campagnes de sensibilisation renforcent la prise de conscience et la mobilisation des citoyens tout en influençant les décideurs. Le plaidoyer en faveur du développement du commerce pourrait dissiper les contrevérités sur le commerce et mobiliser un soutien et des ressources plus importantes pour les actions spécifiques.

    Intégrer la durabilité des marchés. L'inexpérience et la défiance vis-à-vis des marchés peuvent compromettre la pérennité économique des activités tout comme la gratuité des services fournis par les ONG exclus de leurs coûts de production. Ces programmes peuvent catalyser le développement réussi des entreprises et des exportateurs, encore faut-il que les entreprises disposent d'un plan de sortie opportun bien conçu pour ne créer aucune dépendance. Le meilleur modèle fournit des services payants qui reflètent les forces de l'offre et de la demande.

    Les partenariats avec les ONG offrent aux gouvernements, aux donateurs et au secteur privé, l'opportunité de tirer parti des connaissances spécialisées et de renforcer la capacité sur plusieurs fronts.


    Tendances: Pourquoi les ONG s'intéressent au commerce

    L'intérêt des ONG pour le commerce résulte de plusieurs tendances:

    • Depuis plusieurs décennies, l'aide officielle au développement perçue par les ONG n'a cessé de croître. Les gouvernements donateurs octroient actuellement 15% à 20% de l'aide aux ONG (OCDE, Coopération pour le développement, Rapport 2004). Cette aide a surtout vocation humanitaire mais les ONG se focalisent de plus en plus sur des projets de développement.

    • Le financement du développement du commerce a progressé au cours des cinq dernières années comme en témoignent diverses initiatives: Assistance technique liée au commerce (TRTA), renforcement des capacités commerciales (TCB), «Aide pour le commerce». Ainsi, les donateurs ont consacré US$ 2,99 milliards au commerce en 2004, soit une hausse de 49% par rapport à 2001 (données de l'OCDE et de l'OMC).

    • Les membres de l'OMC sont passés de 128 en 1995 à 149 aujourd'hui. Le Programme de Doha pour le développement, né de cette envolée des adhésions, fonde beaucoup d'espoirs dans le commerce qu'il considère comme le moteur du développement et du recul de la pauvreté.

    • La création de l'OMC en 1995 a eu pour effet d'attirer les ONG. Les sommets de l'OMC sont devenus pour ces organisations une tribune pour s'opposer au rythme de la mondialisation et à certains effets secondaires. En 1996, 108 ONG ont assisté à la Conférence de l'OMC à Singapour; dix ans plus tard, fin 2005, elles étaient plus de 1000 à Hong Kong. Le nombre d'ONG au sein des délégations des pays en développement a constamment progressé entre les conférences de Cancún et de Hong Kong, à la fois pour les ONG de défense du commerce et les ONG traditionnelles, comme ActionAid. L'OMC à trouvé de nouveaux moyens d'associer les ONG au débat, notamment en organisant des événements pour qu'elles puissent s'exprimer, en leur donnant une place de choix lors des réunions ministérielles et en améliorant leur accès internet.