La montée en puissance des économies émergentes et
en développement
La crise a amélioré la visibilité internationale des économies
émergentes non seulement en termes de production et de commerce
mais également de finance et de gouvernance. Les prévisions à long
terme estiment que la part des pays émergents et en développement
pourrait atteindre près de 60% du produit intérieur brut (PIB)
mondial en 2030. En 2008, le PIB combiné des quatre économies
émergentes que sont le Brésil, la Chine, l'Inde et la Fédération de
Russie (pays BRIC) a atteint 15% et 22% du PIB mondial,
en termes de prix courants et de parité du pouvoir d'achat
respectivement. En 2009, la part des pays en développement dans le
commerce mondial et les flux d'investissement étranger direct (IED)
a représenté près de 39%. Aujourd'hui, les réserves étrangères aux
mains des pays en développement sont 50% plus élevées que celles
détenues par les pays développés. Six pour cent des réserves
mondiales sont détenues par les pays BRIC et le pourcentage est
identique pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Brésil
inclus.
Le commerce Sud-Sud a progressé à un taux annuel moyen de 13%
entre 1990 et 2008, atteignant $E.-U. 2,9 milliards en 2008. La
part du commerce Sud-Sud dans le commerce mondial total a bondi de
9% à 18% entre 1990 et 2009. Autrement dit, près de 40% des
échanges mondiaux sont le fait des pays en développement et près de
40% de ce pourcentage concerne le commerce Sud-Sud.
Évolution de la demandeSi les flux d'IED Sud-Sud restent limités, les IED
intra-régionaux dans les pays en développement asiatiques et en
Amérique latine et aux Caraïbes (ALC) ont été dynamiques. Dans le
cas de l'ALC, près de 10% des flux d'IED provient de cette région,
renforçant l'importance des 'Translatins'. Les flux d'IED d'origine
asiatique, chinoise et indienne notamment, devraient augmenter.
Le dynamisme du commerce Sud-Sud de l'ALC est contrebalancé par
un recul des exportations à destination des pays développés. Entre
2000 et 2009, la part des États-Unis a chuté dramatiquement de 60%
à 40%; celle de l'Union européenne est au point mort à 13%. Parmi
les pays asiatiques, le Japon a connu un déclin marqué, qui
contraste avec l'embellie chinoise.
La part du commerce Sud-Sud dans le commerce de l'ALC est
importante et représente près de 29% de ses exportations totales.
Les pays en développement destinataires des exportations de l'ALC
appartiennent à cette même région, qui absorbe plus de 18% des
exportations totales, puis à l'Asie (65%). L'Afrique, le
Moyen-Orient et l'Europe centrale restent des destinations mineures
pour les exportations de toute la région. Le commerce entre les
pays asiatiques en développement et le Moyen-Orient, surtout basé
sur le pétrole, progresse alors que le commerce asiatique
intra-régional Sud-Sud offre le meilleur exemple des
complémentarités de la production mondiale. L'importance relative
du commerce Sud-Sud en Amérique latine est meilleure si on exclut
le Mexique. Près de la moitié des exportations de la région se fait
dans le sens Sud-Sud et le partage entre commerce intra et
inter-régional est quasi-égalitaire.
Les liens avec l'AsieLes pays en développement d'Asie, chinois notamment, sont
devenus des partenaires commerciaux importants pour plusieurs
économies d'Amérique latine. La Chine est le premier marché
d'exportation du Brésil et du Chili et le second pour l'Argentine,
le Costa Rica, Cuba et le Pérou. La forte demande chinoise de
produits alimentaires, de métaux et de minéraux a bénéficié aux
pays exportateurs de ces produits, améliorant leurs termes de
l'échange et dopant leur croissance. En fait, durant la crise, les
exportations de l'ALC vers la Chine ont augmenté de 5% alors
qu'elles ont décliné de 27% vers d'autres régions. Le dynamisme
économique de la Chine a donc profité aux exportations de la
région.
Cependant, à l'instar d'autres régions du Sud, les pays
asiatiques en développement restent un marché d'exportation
sous-exploité par l'ALC, dont les échanges avec ces pays sont aussi
limités que la participation de la région au commerce mondial en
général. L'ALC exporte surtout des produits primaires
semi-manufacturés et doit s'efforcer d'augmenter la valeur ajoutée
de ces produits d'exportation basés sur les ressources naturelles
et chercher de nouveaux débouchés en Asie pour des produits
différenciés à forte valeur ajoutée.
Les pays de la région doivent sans attendre tirer parti du
dynamisme actuel de la région Asie-Pacifique et développer des
liens pour améliorer l'innovation et la compétitivité (lien très
ténu en Amérique latine), renforcer ceux existant entre commerce et
investissement et consolider ceux liant technologie et production.
Les pays asiatiques en développement proposent des investissements
pouvant contribuer au financement d'initiatives d'envergure,
notamment dans les secteurs infrastructurels et énergétiques. On
pourrait identifier les projets concernant l'infrastructure et
l'énergie ayant un besoin pressant du financement asiatique et
accélérer leur mise en œuvre, non seulement pour renforcer la
facilitation du commerce et les liens d'investissement avec l'Asie
et le Pacifique mais aussi pour générer des externalités pour le
processus d'intégration régionale en Amérique latine. Il faudrait
donc combiner le partenariat stratégique conclu avec cette région
et l'intégration régionale actualisée, afin d'unifier les marchés
en adoptant davantage de normes communes et en garantissant une
meilleure sécurité juridique.
Afin d'intégrer davantage les chaînes de production et
d'exportation asiatiques, les pays de la région doivent conclure
des partenariats de commerce et d'investissement allant au-delà des
accords de libre-échange. Certes importants, ces accords ne sont
pas en mesure d'encourager les partenariats commerciaux et
technologiques entre les deux régions ou de combler les profonds
déséquilibres entre les larges volumes du commerce et les faibles
niveaux d'investissement connexes. Il est cependant important
d'analyser avec soin les effets possibles de la prolifération
d'accords commerciaux dans la région Asie-Pacifique, qui peut
détourner les flux commerciaux et d'investissement de l'Amérique
latine et des Caraïbes vers les pays asiatiques en
développement.

COMMERCE SUD-SUD (CSS)
Pourcentage moyen du CSS dans les régions du Sud
(1995-2008)
| ALC | ECO | AFR | MO | PAD | CSS |
Amérique latine et les Caraïbes (ALC) | 18,4 | 1,3 | 1,7 | 1,1 | 6,4 | 28,9 |
Europe centrale et orientale (ECO) | 1,6 | 19,4 | 1,4 | 3,2 | 7,5 | 33,1 |
| Afrique (AFR) | 1,7 | 0,3 | 10,0 | 2,4 | 15,5 | 29,9 |
| Moyen-Orient (MO) | 0,2 | 0,9 | 3,8 | 12,2 | 33,6 | 50,7 |
Pays asiatiques en développement (PAD | 2,4 | 2,1 | 2,6 | 2,9 | 37,4 | 47,4 |
Toutes régions du Sud confondues (CSS) | 4,2 | 3,5 | 3,1 | 4,5 | 27,8 | 43,1 |
Source: CEPALC, Division de l'intégration et du commerce
international, basé sur les données de l'OMC et la base de données
COMTRADE des Nations Unies.