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    Connectivité dans la chaîne alimentaire

    Juan Hoyos, Conseiller en développement des capacités de formation en gestion de la chaîne de valeur et de la chaîne logistique, Division de l’appui aux institutions et aux entreprises/Compétitivité à l’exportation, ITC
    juillet 01, 2011
    issue 02 2011 Connectivity supply chain figure 1 French
    issue 02 2011 Connectivity supply chain figure 2 French

    Il n’est pas facile d’établir la connectivité au sein des chaînes logistiques d’autant qu’elle est souvent limitée dans les pays en développement et les PMA. Cette contrainte affecte également les chaînes alimentaires de ces pays. Les agriculteurs rencontrent parfois des problèmes pour améliorer leur compétitivité et nouer des relations mutuellement bénéfiques avec les acheteurs de ces chaînes. Comprendre les exigences de tous les acteurs et adopter une approche à long terme pour créer et entretenir de solides partenariats peut permettre de régler ces problèmes.

    Qu’est-ce qui empêche les producteurs d’aliments, les petits agriculteurs notamment, de vendre leurs produits aux gros consommateurs, comme les hôtels, les restaurants et les cafés? Pourquoi les gros consommateurs ne cherchent-ils pas à s’approvisionner auprès des petits agriculteurs, contribuant ainsi à améliorer la productivité et la compétitivité de leur région?

    Le désintérêt des gros consommateurs pour les fournisseurs locaux s’explique notamment par l’absence de normes de qualité, une diversification insuffisante des produits, un manque de respect des délais de livraison et des variations imprévues de prix.

    Du côté des petits agriculteurs, les problèmes viennent de l’incapacité à respecter les accords conclus concernant des prix justes et convenus, de la hausse des coûts de livraison et de délais de paiement irréalistes attendu la situation des fermiers.
     

    Importance de l’engagement et comment l’obtenir 

    Renforcer l’engagement des fournisseurs permet de mieux coordonner les relations entre eux-mêmes et les acheteurs. Un engagement plus vigoureux peut améliorer les conditions des échanges et le niveau de transactions entre fournisseurs locaux et consommateurs. La baisse subséquente des importations permettra de dégager d’importants bénéfices pour les régions concernées. Mais s’assurer de l’engagement entre les partenaires ne résout pas certains problèmes fondamentaux, tels que l’inadéquation des infrastructures, les exigences environnementales et les conditions économiques et de sécurité.

    Que faut-il améliorer pour bâtir une chaîne logistique compétitive? Le plus important, c’est que tous les acteurs impliqués dans l’ensemble du processus appliquent des stratégies à long et moyen terme. Par exemple, une grande chaîne hôtelière ne peut se permettre de changer de producteur de fruits et légumes tous les deux mois. Outre une hausse des dépenses administratives, ces situations entraînent, pour l’acheteur, des coûts additionnels liés à l’introduction de nouveaux produits et processus de livraison, et le fournisseur peut le percevoir comme un manque de loyauté. De plus, la hausse des prix ne reflète pas nécessairement la réalité du marché.
     

    Programme de développement pour les fournisseurs 

    Les gros acheteurs doivent privilégier les stratégies d’approvisionnement à long terme, incluant une composante de développement des fournisseurs. Cela comporte certains risques, qui compromettent le succès car de tels programmes peuvent durer entre trois et cinq ans, et les acheteurs n’ont en général que des stratégies à court terme. Cette mutation stratégique doit s’accompagner d’un changement des mentalités englobant des efforts de développement des fournisseurs à long terme prenant en compte l’évolution des conditions du marché. Les avantages acquis en menant à bien le projet peuvent livrer à l’entreprise des produits de qualité constante, contribuant ainsi à sa compétitivité.

    Au rang des avantages promis aux entreprises par un programme de développement des fournisseurs figurent la garantie d’un approvisionnement en produits à des prix compétitifs et le respect de normes de qualité spécifiques. Le partenariat sous-jacent est renforcé par la preuve de la loyauté du côté du fournisseur, fondée sur la résolution des problèmes opérationnels et un centrage sur l’innovation et la création de nouveaux débouchés.

    De leur côté, les petits fournisseurs doivent changer leurs structures commerciales traditionnelles. Il faut qu’ils s’engagent envers les acheteurs en portant une attention particulière aux délais de livraison, aux normes de qualité et au respect des prix convenus. Les petits agriculteurs cèdent souvent à la tentation d’offres plus avantageuses venant d’autres acheteurs; formaliser les conditions via la négociation contractuelle et un dossier approprié peut créer une relation commerciale prévisible et stable entre fournisseurs et acheteurs.

    Les avantages de l’adhésion à une association  

    Une autre lacune du côté des petits fermiers, notamment dans les pays en développement et les PMA, tient à leur réticence à créer des associations. Celles-ci permettent des économies d’échelle et donc d’accroître la compétitivité et de réduire les coûts globaux, incluant le transport. Souvent, ceux qui tentent de faire cavaliers seuls ne peuvent pas accéder à l’aide disponible dans les centres logistiques gérés par les associations d’agriculteurs ainsi qu’à la formation et l’assistance technique, et aux subventions octroyées par les associations de petits agriculteurs. Adhérer à une association peut atténuer ces handicaps.

    Enfin, le rôle des gouvernements est de faciliter le développement des initiatives en matière de connectivité entre les différentes chaînes logistiques alimentaires. Au plan local, régional et national, ils doivent être des facilitateurs capables de libérer le potentiel de ces chaînes. Il faut des programmes gouvernementaux qui promeuvent la participation et la coopération entre gros acheteurs et petits fournisseurs, et optimisent les liens entre les chaînes alimentaires dans lesquelles ils opèrent.

    Malgré les problèmes inhérents, les chaînes alimentaires des PMA peuvent atteindre un niveau élevé de compétitivité. Grâce à un financement adéquat soutenu par une coordination entre donateurs et bénéficiaires, les approches à long terme, fondées sur la force des partenariats coopératifs et les économies d’échelle, peuvent apporter des résultats positifs.

     

    L’ITC EN ACTION : Améliorer la connectivité des chaînes logistiques en Jamaïque et à Samoa  

    Depuis 2010, l’ITC, via le Programme tous ACP relatif aux produits de base agricoles (AAACP), aide les gouvernements locaux en Jamaïque et à Samoa, et dans d’autres régions d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, à développer et mettre en œuvre des stratégies de connectivité pour les principaux acteurs des chaînes alimentaires.
    Plus spécifiquement, le programme relie activement les petits producteurs aux secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, plus connu sous le nom de secteur HORECA (hôtellerie, restauration et cafés).

    Dans le cas de la Jamaïque, l’ITC a mené des études de faisabilité et d’exécution en vue de créer des centres de l’agroalimentaire. Ces centres faciliteront et utiliseront au mieux la gestion logistique des fruits et légumes dans divers secteurs clés de l’île; ils fourniront aussi un appui technique et commercial aux agriculteurs participant au projet via une maîtrise des coûts fondée sur une réorganisation logistique (voir diagramme).