Aujourd'hui, près de 80% de la production mondiale de fibres de
coton est transformée en fils en Asie alors que l'Afrique connaît
des taux de transformation de la fibre historiquement bas. En
moyenne, 83% du coton de l'Afrique subsaharienne est exporté sous
forme de charpie, presqu'exclusivement vers l'Asie via des
négociants internationaux.
Vers une culture axée sur le
marché
La forte croissance des exportations de coton, le glissement de
la demande des pays industrialisés vers les pays asiatiques
émergents, et l'avènement des chaînes de valeur intégrées exigent
de resserrer les liens avec le marché, notamment avec l'émergence
de concurrents comme le Brésil et l'Inde. Le maintien de la
compétitivité passe par un resserrement des liens avec les
consommateurs de coton et les clients. Les pays africains se
sont traditionnellement focalisés sur la production plutôt que sur
le marché. L'accès au marché européen passait par des sociétés
mères (souvent françaises); depuis 2005, des liens se nouent avec
l'Asie via des marchands de coton internationaux. La culture
centrée sur le marché ne s'est pas développée, les questions
intéressant le marché étant gérées hors du continent africain. En
outre, autrefois, le coton se vendait bien car la demande
était supérieure à l'offre. Les liens directs entre le marché et
les clients ne se sont donc pas développés et aucune information ne
remontait des filatures aux sociétés d'égrenage et aux producteurs.
Cette absence de liens devient un handicap lorsque les marchés
plongent, comme en 2008-2009, et lorsque la reprise est anémique,
conformément aux prévisions. En tablant sur une relance continue de
l'économie mondiale, les filatures de coton devraient retrouver une
cadence à 2% en 2010-2011 (24,9 millions de tonnes).
La compétitivité se joue sur les marchés. Pour devenir
compétitif, il faut comprendre la chaîne de valeur et le marché
ainsi que l'acheteur et son client. Ceci vaut particulièrement pour
les biens de consommation comme les vêtements. S'ils ne cernent pas
les tendances de la mode et les exigences du marché et des
acheteurs, les fabricants de vêtements vont dans le mur. Le même
principe s'applique au coton. Ainsi aux États-Unis, les
cotonculteurs et les coopératives, et plus récemment leurs
contreparties du Brésil et d'Inde, ont mené des missions de
familiarisation dans les pays asiatiques consommateurs de coton
afin de cerner leurs attentes et de promouvoir leur coton. Mais les
sociétés cotonnières, les égreneurs indépendants et les producteurs
africains n'ont pas saisi l'opportunité d'appréhender la chaîne de
valeur ou les marchés clients. Peu de contacts directs ont été
noués avec les consommateurs de leur coton, à savoir les filatures,
et les rétro-informations directes sur la qualité et les exigences
des acheteurs, souvent 'filtrées' par les intermédiaires, ont été
sporadiques.
Comprendre les chaînes de
valeur
Avant de s'engager dans le marketing proactif, les intervenants
de la filière coton doivent impérativement satisfaire à la
condition nécessaire - appréhender les problèmes extérieurs, à
savoir la chaîne de valeur et les marchés mondiaux. Ils doivent
également trouver des moyens de traduire les informations et la
connaissance en savoir-faire aux plans national et régional
(condition suffisante). Ainsi l'acquisition de connaissances sur la
chaîne de valeur, le marché et les clients, et leur utilisation
dans le pays producteur - pour développer le savoir-faire et
impliquer toute la fi lière africaine - se fait en plusieurs
étapes
La première étape vise à comprendre la chaîne de valeur et les
phases d'ajout de valeur jusqu'à ce que le coton parvienne au
consommateur final sous la forme de vêtements. Ceci inclut le
filage, la fabrication du tissu et des vêtements, et les
préférences des consommateurs fi naux en matière de fi bres.
Comprendre la chaîne de valeur, c'est aussi cerner en profondeur
les pratiques commerciales courantes, leurs avantages et leurs
inconvénients.
La seconde étape vise à cerner les exigences spécifiques des
marchés et des acheteurs (clients) à chaque niveau de la chaîne de
valeur. Pour satisfaire à la qualité de fibre et aux services
connexes qu'attendent leurs clients, les cotonculteurs doivent
comprendre leurs attentes.
Cette compréhension fait d'une part référence aux exigences de
qualité et de propreté des fibres, et d'autre part aux solutions et
pratiques commerciales adaptées aux besoins spécifiques des fi
latures. Le commerce et le marketing du coton deviennent donc une
industrie à forte intensité de services.
Durant la troisième étape, la connaissance acquise sur la chaîne
de valeur et les marchés est utilisée aux plans national et
régional pour bâtir la capacité à satisfaire aux exigences des
marchés et des acheteurs. Sont incluses les activités
suivantes:
- Traduire la connaissance des marchés et les exigences
qualitatives aux stades de la production (à savoir le fi lage et la
culture).
- Maintenir ces pratiques à grande échelle pour des
milliers de petits producteurs.
- Bâtir la capacité des organisations de promotion -
producteurs nationaux et régionaux et associations d'égrenage.
Une fois remplies les conditions nécessaires et suffi santes, la
promotion du coton africain en Asie devient le garant de la
durabilité de l'industrie cotonnière africaine.
Secteurs d'action prioritaires
L'expérience de l'ITC dans le secteur cotonnier africain pointe
les actions prioritaires suivantes:
- Exploiter les activités menées dans les secteurs de
la formation et du marketing, et les contacts déjà établis.
- Corriger la mauvaise réputation du coton africain sur
le marché.
- S'attaquer aux problèmes de contamination et partager
les histoires de réussite à ce niveau, la contamination étant un
fléau pour les filatures et un prétexte pour faire baisser les
prix. En général, ni les producteurs ni les égreneurs n'ont eu
l'occasion d'échanger avec les fileurs ou les fabricants de tissus
et de vêtements pour comprendre les pertes de plusieurs millions de
dollars que peut infliger au détaillant un petit morceau de
polypropylène blanc par exemple. L'Association cotonnière africaine
(ACA) s'attaque à la contamination et elle a développé une approche
commune et une norme qualitative régionale de qualité des fibres en
vue d'inverser la mauvaise réputation du coton africain. L'ITC aide
l'ACA à sensibiliser ses membres, à élargir leurs perspectives
commerciales et à attirer les filatures des grands pays asiatiques
consommateurs. Il est possible à l'avenir d'obtenir de meilleurs
prix par une baisse de la contamination. Pour y parvenir, il faut
partager les histoires de réussite et convaincre les filatures de
la propreté constante du coton livré.
- Coopérer plus étroitement avec les filatures
intéressées sur le marché. Alors que la majorité des fileurs
asiatiques se laissent guider par le prix et la qualité, ils sont
nombreux à vouloir resserrer les liens avec les entreprises
cotonnières et les fileurs indépendants en Afrique pour garantir
l'offre à long terme et répondre aux besoins croissants de coton.
Ceci passe par des accords d'achat à long terme ainsi qu'une
assistance technique pour réduire la contamination du coton aux
niveaux de la culture et de l'égrenage. Par exemple, une filature
de Thaïlande s'associe à un égreneur de la République-Unie de
Tanzanie alors que les filatures du Bangladesh et du Viet Nam
entendent augmenter leur part de marché du coton d'Afrique de
l'Ouest.
- Associer étroitement les banques locales à toutes les
activités. La crise économique et financière et la hausse brutale
du prix du coton en mars 2008 ont incité les banques à être plus
prudentes dans l'octroi de crédits. Elles accordent également moins
de prêts aux négociants, qui sont incapables d'acheter à l'avance,
plongeant les cotonculteurs et les égreneurs africains dans les
difficultés. Dans de nombreux pays africains, le coton n'est
expédié qu'une fois qu'un acheteur international réputé a signé un
accord et ouvert une lettre de crédit. Seuls les acheteurs
internationaux ayant les reins solides sont considérés comme
solvables par de nombreuses banques locales, ce qui n'aide pas les
intervenants de la filière cotonnière africaine à devenir des
partenaires à part entière. L'ITC, de concert avec la Banque
tanzanienne CRDB, aide les égreneurs et les cotonculteurs à
comprendre les marchés étrangers et leurs exigences, et à trouver
des débouchés à l'étranger. La présence d'une banque durant les
négociations avec des clients étrangers est importante pour régler
immédiatement les questions contractuelles et financières. C'est
ainsi que les égreneurs tanzaniens ont pu réaliser leurs premières
ventes directes au Bangladesh ou en Thaïlande.
- Renforcer la coopération et nouer des relations
d'égal à égal avec les négociants internationaux.
- Garantir la régularité de l'offre via la coopération
régionale ou un partage des entrepôts dans les pays (ports) de
destination. Garantir la régularité de l'offre exige une
coopération régionale renforcée au sein de l'Afrique. En Afrique
australe par exemple, quatre pays - Mozambique, Zambie, Zimbabwe et
Malawi (MoZaZiMa) - collaborent tout au long de la chaîne de valeur
depuis le développement des graines jusqu'à la recherche en passant
par le marketing et la promotion du coton du MoZaZiMa.
- Utiliser l'accès sans quotas ni droits de douane à
l'Inde et peut-être à la Chine.
- Jouer davantage la transparence sur les intrants
agricoles et les déterminants du prix du coton graine pour créer la
confiance entre les intervenants de la filière. La transparence sur
les structures de coût de l'égrenage et les intrants agricoles
(lorsque les égreneurs distribuent graines, engrais, insecticides
et pesticides, et offrent des services de vulgarisation) est
essentielle pour fixer le juste prix du coton graine et bâtir une
relation de confiance fondée sur la reconnaissance mutuelle et la
coopération entre commerçants, égreneurs et cotonculteurs. La
connaissance favorise la transparence, elle-même renforçant la
confiance qui permettra de résoudre les problèmes du secteur. En
Zambie, l'ITC a renforcé la connaissance des cotonculteurs qui ont
ainsi pu négocier de meilleurs prix pour le coton graine auprès des
égreneurs opérant dans le pays.
Cependant, améliorer le marketing et la promotion du coton n'est
pas la panacée; il faut aussi stabiliser la production, augmenter
les rendements, réduire la contamination et obtenir un surcoût pour
la propreté du coton. Pour y parvenir et améliorer la compétitivité
de l'Afrique, il faut adopter une orientation plus stratégique et
autonomiser les cotonculteurs et les fileurs.
Le marketing, incluant la promotion, est un des nombreux volets
auxquels il faut s'attaquer de manière stratégique. En fait, ce
volet englobe l'ensemble du processus, de la compréhension du
client à la satisfaction de leurs exigences tout au long de la
chaîne de valeur jusqu'à la promotion du coton auprès des
filatures. La remontée permanente d'informations des filatures aux
sociétés d'égrenage et aux cotonculteurs est essentielle pour
améliorer durablement la compétitivité de l'Afrique. En outre, le
continent sera en meilleure position pour négocier avec les
sociétés commerciales et dégager des avantages mutuels en étant en
position de force.
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Le coton ou l''or blanc'. Avec les
bonsintrants et une bonne germination des graines, les
champs de coton africainspourraient bientôt ressembler
à ce champ en Turquie. L'ITC collabore avec l'industrie cotonnière
turque pour aider l'Afrique dans le cadre de la
coopérationSud-Sud. | | Rencontre entre des égreneurs de coton tanzaniens et des
fileurs en Chine. De nombreuses filatures chinoises embauchent des
travailleurs pour pré-nettoyer le coton et réduire au minimum la
contamination. Ainsi, les filatures abaissent leurs coûts et
s'assurent un meilleur prix pour le coton pré-nettoyé. | | L'ITC coopère étroitement avec l'ACA et l'Association des
producteurs de coton africains (AProCA), son partenaire en Afrique.
Matthias Knappe de l'ITC avec Adeyemi Achamou Fahala, Secrétaire
permanent de l'ACA et M. Bebnone, Secrétaire général adjoint
d'AProCA. |
AIDE DE L'ITC
Au secteur cotonnier africain
L'ITC soutient le secteur cotonnier africain en élaborant et en
appliquant des stratégies. Ses efforts visent à faire de l'Afrique
un acteur prépondérant du commerce mondial du coton. À cette fin,
il faut stimuler la compétitivité et resserrer les liens avec les
importateurs de coton, notamment en Asie.
En outre, l'ITC facilite la coopération entre pays en
développement en se focalisant notamment sur les liens
intra-africains et entre l'Afrique et l'Asie. Ses cinq thèmes de
prédilection sont:
Tirer les leçons des histoires de réussite. Les
programmes de formation de l'ITC permettent aux producteurs de
coton prospères (notamment de Chine, d'Inde et de Turquie) de
partager leurs connaissances avec les professionnels du coton en
Afrique.
Développer la capacité à transformer le coton.
Via la formation de l'ITC, les producteurs du textile et de
l'habillement prospères relaient leurs expériences dans les pays
africains.
Promouvoir le coton africain. L'ITC relie les
producteurs africains aux clients potentiels via des activités
promotionnelles sur des marchés comme le Bangladesh, la Thaïlande
et le Viet Nam.
S'approvisionner auprès d'autres pays en
développement. Encourager les producteurs africains à
rechercher des fournisseurs dans le monde développé permet de faire
des économies sur divers produits: graines, engrais, technologie,
etc.
Encourager la coopération intra-africaine. Une
meilleure connaissance des secteurs textile et cotonnier d'autres
pays africains est essentielle aux stratégies régionales, qui font
actuellement défaut.
Pour mieux soutenir la concurrence, toutes les parties prenantes
- des cotonculteurs aux égreneurs en passant par les négociants et
les fonctionnaires gouvernementaux - doivent mieux comprendre les
marchés de destination et les consommateurs ainsi que la chaîne de
valeur. Le Guide de l'exportateur de coton de l'ITC fournit des
informations précieuses sur le marché international du coton et les
consommateurs ainsi qu'un tableau complet de la chaîne de valeur du
coton. Il est disponible en français, anglais et espagnol sur le
site: www.guidedecoton.org/; www.cottonguide.org/; www.guiadealgodon.org