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  • CONNECTER L'INDUSTRIE AU MARCHÉ: L'AVENIR DU COTON EN AFRIQUE

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    Connecter l'industrie au marché: L'avenir du coton en Afrique

     

     
     
    Forum du commerce international - No. 2/2010

    Les producteurs et les exportateurs de coton d'Afrique centrale et de l'Ouest présentent leurs échantillons et leurs boîtes de rangement aux négociants et propriétaires de filatures turques durant une réunion de réseautage à la Bourse d'Izmir.

    L'Afrique dispose d'une longue tradition cotonnière. Avant la fin des quotas dans le textile et l'habillement, l'Europe était le principal débouché du coton africain. Entre 2000 et 2009-2010, les importations de coton ont reculé dans les 27 pays de l'UE, passant de 1 077 millions à 276 000 tonnes alors qu'elles ont progressé en Chine et au Bangladesh passant respectivement de 52 000 à 1 893 millions de tonnes et de 192 000 à 652 000 tonnes.

    Aujourd'hui, près de 80% de la production mondiale de fibres de coton est transformée en fils en Asie alors que l'Afrique connaît des taux de transformation de la fibre historiquement bas. En moyenne, 83% du coton de l'Afrique subsaharienne est exporté sous forme de charpie, presqu'exclusivement vers l'Asie via des négociants internationaux.

    Vers une culture axée sur le marché

    La forte croissance des exportations de coton, le glissement de la demande des pays industrialisés vers les pays asiatiques émergents, et l'avènement des chaînes de valeur intégrées exigent de resserrer les liens avec le marché, notamment avec l'émergence de concurrents comme le Brésil et l'Inde. Le maintien de la compétitivité passe par un resserrement des liens avec les consommateurs de coton et les clients. Les pays africains se sont traditionnellement focalisés sur la production plutôt que sur le marché. L'accès au marché européen passait par des sociétés mères (souvent françaises); depuis 2005, des liens se nouent avec l'Asie via des marchands de coton internationaux. La culture centrée sur le marché ne s'est pas développée, les questions intéressant le marché étant gérées hors du continent africain. En outre, autrefois, le coton se vendait bien car la demande était supérieure à l'offre. Les liens directs entre le marché et les clients ne se sont donc pas développés et aucune information ne remontait des filatures aux sociétés d'égrenage et aux producteurs. Cette absence de liens devient un handicap lorsque les marchés plongent, comme en 2008-2009, et lorsque la reprise est anémique, conformément aux prévisions. En tablant sur une relance continue de l'économie mondiale, les filatures de coton devraient retrouver une cadence à 2% en 2010-2011 (24,9 millions de tonnes).

    La compétitivité se joue sur les marchés. Pour devenir compétitif, il faut comprendre la chaîne de valeur et le marché ainsi que l'acheteur et son client. Ceci vaut particulièrement pour les biens de consommation comme les vêtements. S'ils ne cernent pas les tendances de la mode et les exigences du marché et des acheteurs, les fabricants de vêtements vont dans le mur. Le même principe s'applique au coton. Ainsi aux États-Unis, les cotonculteurs et les coopératives, et plus récemment leurs contreparties du Brésil et d'Inde, ont mené des missions de familiarisation dans les pays asiatiques consommateurs de coton afin de cerner leurs attentes et de promouvoir leur coton. Mais les sociétés cotonnières, les égreneurs indépendants et les producteurs africains n'ont pas saisi l'opportunité d'appréhender la chaîne de valeur ou les marchés clients. Peu de contacts directs ont été noués avec les consommateurs de leur coton, à savoir les filatures, et les rétro-informations directes sur la qualité et les exigences des acheteurs, souvent 'filtrées' par les intermédiaires, ont été sporadiques.



    Comprendre les chaînes de valeur

    Avant de s'engager dans le marketing proactif, les intervenants de la filière coton doivent impérativement satisfaire à la condition nécessaire - appréhender les problèmes extérieurs, à savoir la chaîne de valeur et les marchés mondiaux. Ils doivent également trouver des moyens de traduire les informations et la connaissance en savoir-faire aux plans national et régional (condition suffisante). Ainsi l'acquisition de connaissances sur la chaîne de valeur, le marché et les clients, et leur utilisation dans le pays producteur - pour développer le savoir-faire et impliquer toute la fi lière africaine - se fait en plusieurs étapes

    La première étape vise à comprendre la chaîne de valeur et les phases d'ajout de valeur jusqu'à ce que le coton parvienne au consommateur final sous la forme de vêtements. Ceci inclut le filage, la fabrication du tissu et des vêtements, et les préférences des consommateurs fi naux en matière de fi bres.

    Comprendre la chaîne de valeur, c'est aussi cerner en profondeur les pratiques commerciales courantes, leurs avantages et leurs inconvénients.

    La seconde étape vise à cerner les exigences spécifiques des marchés et des acheteurs (clients) à chaque niveau de la chaîne de valeur. Pour satisfaire à la qualité de fibre et aux services connexes qu'attendent leurs clients, les cotonculteurs doivent comprendre leurs attentes.

    Cette compréhension fait d'une part référence aux exigences de qualité et de propreté des fibres, et d'autre part aux solutions et pratiques commerciales adaptées aux besoins spécifiques des fi latures. Le commerce et le marketing du coton deviennent donc une industrie à forte intensité de services.

    Durant la troisième étape, la connaissance acquise sur la chaîne de valeur et les marchés est utilisée aux plans national et régional pour bâtir la capacité à satisfaire aux exigences des marchés et des acheteurs. Sont incluses les activités suivantes:

    • Traduire la connaissance des marchés et les exigences qualitatives aux stades de la production (à savoir le fi lage et la culture).
    • Maintenir ces pratiques à grande échelle pour des milliers de petits producteurs.
    • Bâtir la capacité des organisations de promotion - producteurs nationaux et régionaux et associations d'égrenage.

    Une fois remplies les conditions nécessaires et suffi santes, la promotion du coton africain en Asie devient le garant de la durabilité de l'industrie cotonnière africaine.

    Secteurs d'action prioritaires

    L'expérience de l'ITC dans le secteur cotonnier africain pointe les actions prioritaires suivantes:

    • Exploiter les activités menées dans les secteurs de la formation et du marketing, et les contacts déjà établis.
    • Corriger la mauvaise réputation du coton africain sur le marché.
    • S'attaquer aux problèmes de contamination et partager les histoires de réussite à ce niveau, la contamination étant un fléau pour les filatures et un prétexte pour faire baisser les prix. En général, ni les producteurs ni les égreneurs n'ont eu l'occasion d'échanger avec les fileurs ou les fabricants de tissus et de vêtements pour comprendre les pertes de plusieurs millions de dollars que peut infliger au détaillant un petit morceau de polypropylène blanc par exemple. L'Association cotonnière africaine (ACA) s'attaque à la contamination et elle a développé une approche commune et une norme qualitative régionale de qualité des fibres en vue d'inverser la mauvaise réputation du coton africain. L'ITC aide l'ACA à sensibiliser ses membres, à élargir leurs perspectives commerciales et à attirer les filatures des grands pays asiatiques consommateurs. Il est possible à l'avenir d'obtenir de meilleurs prix par une baisse de la contamination. Pour y parvenir, il faut partager les histoires de réussite et convaincre les filatures de la propreté constante du coton livré.
    • Coopérer plus étroitement avec les filatures intéressées sur le marché. Alors que la majorité des fileurs asiatiques se laissent guider par le prix et la qualité, ils sont nombreux à vouloir resserrer les liens avec les entreprises cotonnières et les fileurs indépendants en Afrique pour garantir l'offre à long terme et répondre aux besoins croissants de coton. Ceci passe par des accords d'achat à long terme ainsi qu'une assistance technique pour réduire la contamination du coton aux niveaux de la culture et de l'égrenage. Par exemple, une filature de Thaïlande s'associe à un égreneur de la République-Unie de Tanzanie alors que les filatures du Bangladesh et du Viet Nam entendent augmenter leur part de marché du coton d'Afrique de l'Ouest.
    • Associer étroitement les banques locales à toutes les activités. La crise économique et financière et la hausse brutale du prix du coton en mars 2008 ont incité les banques à être plus prudentes dans l'octroi de crédits. Elles accordent également moins de prêts aux négociants, qui sont incapables d'acheter à l'avance, plongeant les cotonculteurs et les égreneurs africains dans les difficultés. Dans de nombreux pays africains, le coton n'est expédié qu'une fois qu'un acheteur international réputé a signé un accord et ouvert une lettre de crédit. Seuls les acheteurs internationaux ayant les reins solides sont considérés comme solvables par de nombreuses banques locales, ce qui n'aide pas les intervenants de la filière cotonnière africaine à devenir des partenaires à part entière. L'ITC, de concert avec la Banque tanzanienne CRDB, aide les égreneurs et les cotonculteurs à comprendre les marchés étrangers et leurs exigences, et à trouver des débouchés à l'étranger. La présence d'une banque durant les négociations avec des clients étrangers est importante pour régler immédiatement les questions contractuelles et financières. C'est ainsi que les égreneurs tanzaniens ont pu réaliser leurs premières ventes directes au Bangladesh ou en Thaïlande.
    • Renforcer la coopération et nouer des relations d'égal à égal avec les négociants internationaux.
    • Garantir la régularité de l'offre via la coopération régionale ou un partage des entrepôts dans les pays (ports) de destination. Garantir la régularité de l'offre exige une coopération régionale renforcée au sein de l'Afrique. En Afrique australe par exemple, quatre pays - Mozambique, Zambie, Zimbabwe et Malawi (MoZaZiMa) - collaborent tout au long de la chaîne de valeur depuis le développement des graines jusqu'à la recherche en passant par le marketing et la promotion du coton du MoZaZiMa.
    • Utiliser l'accès sans quotas ni droits de douane à l'Inde et peut-être à la Chine.
    • Jouer davantage la transparence sur les intrants agricoles et les déterminants du prix du coton graine pour créer la confiance entre les intervenants de la filière. La transparence sur les structures de coût de l'égrenage et les intrants agricoles (lorsque les égreneurs distribuent graines, engrais, insecticides et pesticides, et offrent des services de vulgarisation) est essentielle pour fixer le juste prix du coton graine et bâtir une relation de confiance fondée sur la reconnaissance mutuelle et la coopération entre commerçants, égreneurs et cotonculteurs. La connaissance favorise la transparence, elle-même renforçant la confiance qui permettra de résoudre les problèmes du secteur. En Zambie, l'ITC a renforcé la connaissance des cotonculteurs qui ont ainsi pu négocier de meilleurs prix pour le coton graine auprès des égreneurs opérant dans le pays.

    Cependant, améliorer le marketing et la promotion du coton n'est pas la panacée; il faut aussi stabiliser la production, augmenter les rendements, réduire la contamination et obtenir un surcoût pour la propreté du coton. Pour y parvenir et améliorer la compétitivité de l'Afrique, il faut adopter une orientation plus stratégique et autonomiser les cotonculteurs et les fileurs.

    Le marketing, incluant la promotion, est un des nombreux volets auxquels il faut s'attaquer de manière stratégique. En fait, ce volet englobe l'ensemble du processus, de la compréhension du client à la satisfaction de leurs exigences tout au long de la chaîne de valeur jusqu'à la promotion du coton auprès des filatures. La remontée permanente d'informations des filatures aux sociétés d'égrenage et aux cotonculteurs est essentielle pour améliorer durablement la compétitivité de l'Afrique. En outre, le continent sera en meilleure position pour négocier avec les sociétés commerciales et dégager des avantages mutuels en étant en position de force.

           

    Le coton ou l''or blanc'. Avec les bonsintrants et une bonne germination des graines, les champs de coton africainspourraient bientôt ressembler à ce champ en Turquie. L'ITC collabore avec l'industrie cotonnière turque pour aider l'Afrique dans le cadre de la coopérationSud-Sud.

    Rencontre entre des égreneurs de coton tanzaniens et des fileurs en Chine. De nombreuses filatures chinoises embauchent des travailleurs pour pré-nettoyer le coton et réduire au minimum la contamination. Ainsi, les filatures abaissent leurs coûts et s'assurent un meilleur prix pour le coton pré-nettoyé.

    L'ITC coopère étroitement avec l'ACA et l'Association des producteurs de coton africains (AProCA), son partenaire en Afrique. Matthias Knappe de l'ITC avec Adeyemi Achamou Fahala, Secrétaire permanent de l'ACA et M. Bebnone, Secrétaire général adjoint d'AProCA.

    AIDE DE L'ITC

    Au secteur cotonnier africain

    L'ITC soutient le secteur cotonnier africain en élaborant et en appliquant des stratégies. Ses efforts visent à faire de l'Afrique un acteur prépondérant du commerce mondial du coton. À cette fin, il faut stimuler la compétitivité et resserrer les liens avec les importateurs de coton, notamment en Asie.

    En outre, l'ITC facilite la coopération entre pays en développement en se focalisant notamment sur les liens intra-africains et entre l'Afrique et l'Asie. Ses cinq thèmes de prédilection sont:

    Tirer les leçons des histoires de réussite. Les programmes de formation de l'ITC permettent aux producteurs de coton prospères (notamment de Chine, d'Inde et de Turquie) de partager leurs connaissances avec les professionnels du coton en Afrique.

    Développer la capacité à transformer le coton. Via la formation de l'ITC, les producteurs du textile et de l'habillement prospères relaient leurs expériences dans les pays africains.

    Promouvoir le coton africain. L'ITC relie les producteurs africains aux clients potentiels via des activités promotionnelles sur des marchés comme le Bangladesh, la Thaïlande et le Viet Nam.

    S'approvisionner auprès d'autres pays en développement. Encourager les producteurs africains à rechercher des fournisseurs dans le monde développé permet de faire des économies sur divers produits: graines, engrais, technologie, etc.

    Encourager la coopération intra-africaine. Une meilleure connaissance des secteurs textile et cotonnier d'autres pays africains est essentielle aux stratégies régionales, qui font actuellement défaut.

    Pour mieux soutenir la concurrence, toutes les parties prenantes - des cotonculteurs aux égreneurs en passant par les négociants et les fonctionnaires gouvernementaux - doivent mieux comprendre les marchés de destination et les consommateurs ainsi que la chaîne de valeur. Le Guide de l'exportateur de coton de l'ITC fournit des informations précieuses sur le marché international du coton et les consommateurs ainsi qu'un tableau complet de la chaîne de valeur du coton. Il est disponible en français, anglais et espagnol sur le site: www.guidedecoton.org/; www.cottonguide.org/; www.guiadealgodon.org