Avec ses marques Gap, Banana Republic, Old Navy, Piperline et
Athela, Gap Inc. est un des plus gros groupes au monde du secteur
de la vente de détail spécialisée avec plus de 3000 boutiques et
130 000 employés à travers le monde. Gap travaille avec plus
de 1500 sites de production dans plus de 50 pays, dont plus de 90%
dans des PED.
La réputation de Gap en matière de gestion éthique de la chaîne
d'approvisionnement résulte dans une grande mesure de l'engagement
de l'entreprise en faveur des normes imposées par le biais de son
Code de conduite vendeur (COVC en anglais) et de son Accord
conformité vendeur (VCA en anglais).
Le COVC de Gap contient les prescriptions juridiques, sociales
et environnementales que doivent respecter fabricants et usines
pour pouvoir travailler avec l'entreprise. Le code repose sur les
conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT) et a
été aligné sur les politiques de la Responsabilité sociale
internationale (RSI) et de l'Initiative du commerce éthique
(ICE).
Une fois les vendeurs approuvés, ils sont tenus de se conformer
au COVC de Gap et de s'assurer que le code et l'accord sont
appliqués tout au long de leurs propres chaînes
d'approvisionnement. Pour garantir le respect de ces normes, Gap
contrôle 99% de ses usines de vêtements en organisant des visites,
surprises ou annoncées, réalisées par des responsables de la
"conformité vendeurs" appartenant à l'équipe de 120 personnes en
charge de la responsabilité mondiale au sein du groupe Gap.
Programmes de renforcement des
capacités
Conscient du fait que la surveillance seule ne permet pas une
amélioration durable et d'envergure des conditions de travail, Gap
a lancé des programmes de renforcement des capacités axés sur la
collaboration avec les usines. L'objectif est de leur permettre de
consolider leurs compétences et leurs systèmes de gestion, et de
responsabiliser davantage les usines à la nécessité de respecter
les normes.
Parmi les éléments clés du programme de renforcement des capacités
figurent:
- Développer le système de surveillance;
- Travailler avec les usines pour ancrer la
responsabilité sociale dans leurs opérations:
- Développer le recours aux programmes de certification
(SA8000, par exemple - voir encadré);
- Former les usines à la collaboration avec les parties
prenantes; et
- Collaborer avec d'autres marques de prêt-à-porter
pour optimiser l'utilisation des ressources, éviter les doublons et
créer et diffuser ensemble des meilleures pratiques.
Q&R
Entretien de L'ÉQUIPE éditoriale du Forum du
commerce
avec Dan Henkle, Vice-Président, Responsabilité sociale, Gap
Inc.
FC: Gap Inc. s'est dotée de normes et de systèmes
qualité rigoureux au travers de son COVC et de son VCA, mais
quelles sont les difficultés rencontrées pour garantir leur respect
- en particulier dans les PED?
DH: S'il est vrai que ces 15 dernières années
nous avons enregistré de gros progrès en termes d'alignement des
codes en vigueur et d'exigences imposées aux vendeurs, nous
rencontrons encore quelques difficultés liées au respect de ces
codes. De nombreuses usines travaillent avec plusieurs acheteurs,
parfois jusqu'à 20 marques. Si une usine travaille pour cinq
acheteurs qui n'ont pas tous les mêmes exigences quant au respect
des normes, le fournisseur reçoit des signaux contradictoires.
C'est un peu comme si un employé avait cinq supérieurs différents
et que chacun lui demandait de faire cinq choses différentes.
Imaginez la difficulté et la confusion qui en découleraient. Un
ensemble de règles unique peut être imposé (les codes), ce qui
importe c'est que les différents acheteurs aient tous les mêmes
exigences. Si l'on reprend l'exemple des cinq acheteurs, si l'usine
travaille à 40% pour Gap cela nous donne un certain poids et une
certaine influence sur cette usine. En revanche, si nous ne sommes
qu'un acheteur parmi d'autres et que l'usine ne travaille qu'à 5%
pour nous, la situation est toute autre. Pour prendre un exemple,
imaginons qu'un acheteur ne tienne pas compte des heures
supplémentaires travaillées et qu'un autre ait des exigences très
claires et non négociables dans ce domaine. Que fait alors le
directeur de l'usine ? Et si vous êtes une marque relativement
modeste, il est plus difficile encore de vous faire entendre dans
l'usine.
FC: À quel point est-il difficile de garantir le respect
des codes et des normes qualité dans de nombreux pays
différents?
DH: L'absence de réglementation dans certains
pays peut rendre la chose plus difficile. Certains pays se sont
dotés de systèmes de contrôle tout à fait adaptés mais d'autres ne
disposent pas de structures aussi développées et ne consacrent pas
autant de ressources aux contrôles. Dans un pays où les normes en
matière d'inspection du travail sont limitées, nous sommes
conscients de la nécessité de constituer des équipes de
surveillance.
FC: Faudrait-il davantage de normes
internationales?
DH: Oui. Les initiatives telles que le
Programme mondial Travailler mieux de l'OIT et de la Société
financière internationale (IFC en anglais) (voir encadré) sont en
train de faire des émules dans d'autres pays, ce qui aide beaucoup
car ils appliquent un seul ensemble de normes et un système de
surveillance unique. Pour nous cela est vraiment important, mais ce
type d'initiative n'est pas simple à reproduire. Même avec des
systèmes et des protocoles de surveillance stricts, les acheteurs
doivent tenir compte des conclusions des audits de conformité et
user de leur influence auprès des fournisseurs pour qu'ils opèrent
les améliorations recommandées.
FC: Donc, bien que Gap soit un leader sur le marché dans
le domaine de l'approvisionnement éthique, si le reste de la
branche n'impose pas des normes similaires, les difficultés vont
persister?
DH: Dans notre premier rapport sur la
responsabilité sociale (2004), nous expliquions qu'il n'existe pas
de réponse toute faite aux problèmes de société complexes. Le fait
est qu'il n'existe pas une solution mondiale à ces problèmes, quels
qu'ils soient, mais si nous adoptons les meilleures pratiques et
que chacun joue le jeu, y compris les organisations non
gouvernementales et les institutions multilatérales, alors cela
peut marcher.
FC: Quels sont les conseils - notamment en termes de
qualité et de normes - que vous pourriez donner aux fournisseurs de
PED désireux de vendre à des acheteurs tels que Gap?
DH: Les possibilités d'action en la matière
sont nombreuses et peuvent être exploitées. À titre d'exemple, le
système de certification SA8000 de RSI (voir encadré), répond aux
attentes de la plupart des acheteurs internationaux et est très
pratique. Ce qui me plaît dans ce type de système c'est que la RSI
a travaillé avec des milliers d'entreprises de très nombreuses
branches d'activité, et pas uniquement celle du vêtement, dans de
nombreux pays, et qu'elle peut mettre en avant des meilleures
pratiques.
FC: De l'avis de Gap, quel est l'intérêt d'imposer des
normes d'éthique et de qualité qui vont au-delà de la
responsabilité sociale de l'entreprise telle que nous la
connaissons?
DH: De nombreux arguments plaident en faveur de
ces normes, outre le fait que nous voulons faire ce qui est juste.
L'expérience nous a montré que dans les usines où les ouvriers ne
sont pas bien traités, où les conditions de travail sont mauvaises,
la qualité est rarement au rendez-vous. Par ailleurs, les employés
veulent savoir qu'ils travaillent pour une entreprise intègre et
qui s'efforce d'être juste. Cela est particulièrement important
pour la nouvelle génération d'ouvriers et pour attirer des employés
talentueux dans votre entreprise. Dans tous les cas, ce n'est
jamais simple. Et les clients posent de plus en plus de
questions.
FC: Comment savez-vous que la clientèle souhaite des
produits éthiques? Et comment communiquez-vous avec
elle?
DH: L'essor des produits bio laisse à penser
que les consommateurs se préoccupent aujourd'hui davantage de la
manière dont les produits sont fabriqués et qu'ils en savent aussi
beaucoup plus sur les procédés de production, d'où de plus grandes
exigences. Gap essaye de voir comment fournir au client des
informations sur le produit sans donner l'impression de faire
preuve d'auto-complaisance. Chaque produit possède des
caractéristiques qui lui sont propres - qu'il s'agisse du tissu
utilisé ou du procédé de production - mais les informations
disponibles sont généralement nombreuses. Le défi consiste à
fournir davantage d'informations sur le produit au client, tout en
lui donnant le moyen d'aller voir plus loin s'il le souhaite. C'est
cela que nous testons avec l'Université de Harvard (voir encadré).
Je pense que dans les 10 années à venir les entreprises vont gagner
en expérience et sauront mieux diffuser ce type d'informations,
tout comme elles ont appris à communiquer sur la qualité et la
valeur du produit. Nous le constatons déjà sur le marché. Il arrive
que des entreprises fassent des déclarations et soient accusées
de 'blanchiment écologique,' ou d'exagération, mais dans
d'autres cas le message clé est si subtil qu'il n'y a aucune chance
qu'il soit compris. Nous pensons que ces questions intéressent
chaque jour davantage les consommateurs et qu'ils souhaitent en
savoir plus. Nous avons des années devant nous pour voir comment
cela va fonctionner, mais quoi qu'il en soit c'est sur cette voie
que nous nous sommes engagés.
Pour plus de renseignements, consulter : www.gapinc.com/socialresponsibility
ÉTUDE DE L'UNIVERSITÉ DE HARVARD
L'étiquetage social des produits à l'épreuve du feu
Gap Inc. est une des nombreuses entreprises américaines qui
participent à une étude en cours à l'Université de Harvard sur
l'impact des programmes de certification et d'étiquetage éthiques
dans les PED et sur la demande de produits étiquetés éthiques. Dans
un document rédigé par Michael J. Hiscox et Nicholas F.B. Smyth en
2005, Is There Consumer Demand for Improved Labour
Standards ? Evidence from Field Experiments in Social Product
Labelling, des données recueillies dans le cadre d'expériences
menées dans un grand magasin new-yorkais indiquaient que les ventes
des produits étiquetés comme ayant été fabriqués dans le respect
des normes du travail augmentaient de 10%. Qui plus est, la demande
de produits ainsi étiquetés était plus forte lorsque le prix
augmentait de 10% à 20% par rapport au prix du produit non
étiqueté. L'Université de Harvard poursuit ces études et doit
encore en publier les résultats.
Pour de plus amples informations et un exemplaire du
document susmentionné, consulter http://www.people.fas.harvard.edu/~hiscox/consumers.html
SA8000
Normes sociales
La norme SA8000 est une des normes sociales les plus en vue et
une référence reconnue parmi les codes et normes volontaires
utilisés par les employeurs - y compris des marques de renom - pour
mesurer leurs propres performances et gérer leurs chaînes
d'approvisionnement de manière responsable. Basée sur les principes
énoncés dans les conventions fondamentales de l'OIT et des Nations
Unies et sur un système de gestion de type ISO, la norme SA8000 est
applicable à presque tous les secteurs industriels.
La norme SA8000 a été élaborée par RSI, un organisme de
normalisation mondial rassemblant de multiples parties prenantes,
dont la mission consiste à défendre les droits de l'homme des
travailleurs à travers le monde.
Social Accountability Accreditation Service, filiale de RSI,
accrédite les organismes d'audit qui remplissent les conditions
requises pour leur permettre de certifier la conformité aux normes.
Plus de 1,2 millions de travailleurs sont employés dans quelques
2100 installations certifiées selon la norme SA8000 dans 63 pays et
66 branches d'activité. RSI propose aussi des formations et gère
des partenariats public-privé à travers le monde.
Pour de plus amples informations, consulter www.sa-intl.org
PROGRAMMES OIT/IFC TRAVAILLER MIEUX ET
AMÉLIORATION
DES CONDITIONS DE TRAVAIL DANS LES USINES
Cambodge et Viet Nam
Gap Inc. soutient le programme Travailler mieux parrainé
conjointement par l'OIT et la IFC. Cette initiative volontaire axée
sur le monde de l'industrie vise à consolider les liens entre les
acheteurs internationaux, les entreprises locales, les
gouvernements et les organisations de travailleurs afin d'améliorer
les conditions de travail et la compétitivité.
Le Programme d'amélioration des conditions de travail dans les
usines cambodgiennes vise à améliorer les conditions de travail
dans les usines textiles qui travaillent à l'exportation. Le
programme est un juste dosage de contrôles indépendants, de
recommandations, de formations et d'information.
En juin 2008, l'OIT a assumé l'entière responsabilité du
contrôle de toutes les usines agréées par Gap Inc. au Cambodge. Ces
contrôles effectués par une tierce partie permettent à Gap de se
concentrer sur le renforcement des capacités de la direction des
usines pour leur permettre de mieux faire face aux problèmes et de
se doter de leurs propres systèmes d'amélioration des conditions de
travail.
En octobre 2008, le programme Travailler mieux OIT/IFC a été
lancé au Viet Nam, Gap Inc. était alors un de ses plus grands
supporters. Travailler mieux Viet Nam est aujourd'hui le programme
le plus développé de tous les programmes Travailler mieux mis en
œuvre à travers le monde. En plus de poursuivre les objectifs
fondamentaux du programme OIT/IFC, le projet lancé au Viet Nam vise
à améliorer les performances des usines et l'accès au marché, à
mettre en place des méthodes de travail et de mise en conformité
plus rentables, et à aider le Gouvernement à améliorer, d'une
manière générale, les normes du travail et le développement
économique.
Gap prévoit d'élargir le programme Travailleur mieux OIT/IFC à
d'autres pays, y compris à Haïti, à la Jordanie et à
l'Indonésie.
Convaincus qu'une collaboration entre tous les acteurs de la
branche permettra d'améliorer encore la situation dans les usines,
de réduire les doublons et de réaffecter les ressources au travail
essentiel de renforcement des capacités, Gap travaille aussi sur un
système de contrôle plus harmonisé pour toutes les marques du
secteur couvertes par les programmes Travailleur mieux OIT/IFC.