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    Cambodge: La soie fait reculer la pauvreté

     

     
     
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 2/2006

    © G. Byrde

    Anéantie par les Kmers rouges, l'industrie cambodgienne de la soie renoue avec la tradition.

    Le renouveau n'aura demandé qu'une modeste contribution de US$ 20 000 au Forum cambodgien de la soie en 2002. Une enquête de terrain encourageante sur les débouchés qu'offre l'Europe aux produits cambodgiens en soie a convaincu le CCI, en 2003, d'investir US$ 100 000 dans un programme de réduction de la pauvreté par l'exportation (PRPE), qui a permis à 20 tisserands ruraux de Tanorn, à 80 km de Phnom Penh, d'améliorer la production et les exportations de soie de haute qualité.



    Auparavant, ils produisaient des écharpes, sacs à main, housses de coussin, cravates, et chemins de table; mais, faute de connaissances et de compétences en matière de commercialisation, leurs profits restaient marginaux.



    En deux ans, le revenu mensuel des tisserands, essentiellement des femmes, a triplé, passant de US$ 20 à US$ 60 et leur chiffre d'affaires moyen a été multiplié par huit. Autrefois, les motifs étaient imposés par les revendeurs ou copiés sur la concurrence; mais la donne a changé et les tisserands des zones rurales proposent désormais leurs propres modèles. Ils utilisent des teintures respectueuses de l'environnement, qui réduisent les risques sanitaires conformément aux directives de l'Union européenne.



    Selon Siphana Sok, Directeur de la Division de coordination de la coopération technique au CCI et ancien Ministre du commerce du Cambodge, la relance de la soie a d'autres effets secondaires positifs. Les enfants des tisserands, autrefois happés par le secteur, sont désormais scolarisés. L'exode des jeunes femmes des zones rurales vers les fabriques de Phnom Penh s'est ralenti. Grâce aux compétences acquises en matière de développement communautaire et d'entreprenariat, les femmes ont gagné en assurance. Les liens noués avec les marchés mondiaux ont permis de relancer la production nationale traditionnelle, notamment pour le fameux fil de soie doré khmer.



    «Et surtout, la hausse des revenus générée par les ventes a amélioré les conditions de vie et fait reculer la pauvreté dans les villages.»



    Le CCI a fourni des conseils en développement communautaire, commercialisation et gestion de la qualité, et organisé une formation en matière de design, techniques de production modernes, estimation des coûts et fixation des prix. Un site internet a été créé (www.silkfromcambodia.com); des catalogues et des brochures ont été publiés. Dès la mise en oeuvre du PRPE, la Coopération artisanale du Cambodge (CCC), organisation partenaire locale, a été sensibilisée à la façon de développer les exportations des communautés de tisserands. Le projet pilote mené à Tanorn a été un succès; la CCC l'a reproduit dans quatre autres villages ruraux. Près de 100 familles ont amélioré leurs conditions de vie.



    Une renaissance nationale





    En 2005, cette tentative novatrice a permis de développer une stratégie nationale spécifique. Dans une approche partant de la base, les producteurs, les tisserands, les créateurs et les marchands ont développé, conjointement avec le Gouvernement, les associations connexes et les ONG, un programme pour développer la sériciculture à différents niveaux: culture du vers à soie, tissage et développement des marchés. Ils ont identifié les obstacles et étudié les liens commerciaux.



    Pour employer une métaphore, la réintroduction de la soie au Cambodge s'est propagée comme une traînée de poudre.



    Actuellement, les exportations cambodgiennes s'élèvent à US$ 4 millions par an. L'objectif est d'atteindre US$ 25 millions dans cinq ans. Les principaux pays importateurs sont ceux à forte tradition soyeuse (France, Italie, Suisse, Japon) ainsi que l'Allemagne, l'Australie et Singapour.



    Dans la capitale et à Siem Reap, près des célèbres temples d'Angkor Wat, des magasins ont été ouverts pour les touristes étrangers et les 13,6 millions de Cambodgiens, grands amateurs de soie.



    Les exportations de soie disposent d'atouts. La soie n'est jamais tombée en désuétude. Elle est vendue sous forme de tissus ou de produits finis, d'articles pour la maison, de vêtements et d'accessoires. Les articles en soie sont précieux, peu fragiles et supportent bien le voyage. Le Cambodge jouit d'accords privilégiés avec de nombreux pays (importation gratuite de produits artisanaux et réduction des taxes d'importation notamment).



    Mais il existe aussi des freins. Compétents et productifs, les agriculteurs khmers ne comblent pourtant qu'une infime partie de la demande interne en fils de soie des tisseurs khmers, sans parler de la demande à l'exportation. On estime que l'offre ne satisfait que 2% de la demande nationale, le reste provenant de Chine et du Viet Nam.



    Après le régime des Khmers rouges, seuls 15 hectares (47 acres) de mûriers vivants étaient encore cultivés.



    Le programme visant à réhabiliter le secteur de la soie prévoit la plantation de nombreux mûriers, dont la croissance est rapide (huit mois). Le nombre de producteurs de fil de soie devrait passer de 2000 à 6000. Les spécialistes de la sériciculture fourniront des conseils sur les meilleures techniques d'élevage des vers à soie et de traitement des cocons, et sur la qualité de la soie.



    Les 20 000 tisserands veilleront à améliorer la qualité du tissage ainsi que leur capacité à fournir des vêtements de soie en respectant la qualité et les délais.



    Enfin, le programme permettra d'améliorer les exportations et la capacité des marchands organisés en associations (Forum cambodgien de la soie et Khmer Silk Village Association notamment) de développer des produits.



    Les experts et consultants du CCI ont dû faire face à un autre problème: traditionnellement engagés dans la riziculture, les paysans cambodgiens se considèrent davantage comme des fermiers que comme des tisserands. En période de plantation et de récolte surgissent des conflits d'intérêt en termes de disponibilité.



    Les tisserands font face à d'autres difficultés: piètres conditions de travail, vétusté des métiers à tisser, qualité inégale de la soie, locaux poussiéreux et sombres. Le manque d'instruction empêche les tisserands de tirer pleinement parti de leur créativité et de leurs capacités. Il n'existe aucune division ou spécialisation du travail dans la communauté des tisseurs cambodgiens. Chaque famille assume l'ensemble des tâches depuis la teinture et le filage jusqu'au dégommage, dévidage et tissage.



    «Mais peu importe les obstacles» ajoute Marie-Claude Frauenrath, Administratrice du PRPE et Directrice du projet, «la soie représente pour les populations cambodgiennes démunies un moyen d'existence durable».



    La France a été le premier pays à encourager la culture de la soie au Cambodge après sa destruction par les Khmers rouges et, au vu des liens d'amitié qui unissent les deux pays depuis un siècle, il est logique que le Roi Sihamoni se rende en France le 1er septembre 2006, 100 ans exactement après le Roi Sisowath. Pour l'occasion, la communauté khmère présentera ses chefs-d'œuvre anciens et modernes à Paris, capitale de la mode.





    Pour plus d'information, veuillez contacter Marie-Claude Frauenrath, Administratrice du Programme de réduction de la pauvreté par l'exportation, CCI, à l'adresse: frauenrath@intracen.org