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    CNUCED Rapport 2010 sur l'économie de l'information: TIC, entreprises et réduction de la pauvreté

    Torbjörn Frederiksson, Chef, Section Analyse des TIC, CNUCED
    avril 01, 2011
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    Aujourd’hui, la technologie mobile est suffisamment simple et abordable pour pouvoir être achetée et utilisée par les pauvres des PMA. © CNUCED
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    En Inde, les micro-entrepreneurs comme ce traducteur, ne dégagent que de maigres profits. © CNUCED
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    Les agriculteurs et les entrepreneurs des pays à faible revenu privilégient de plus en plus la téléphonie mobile comme outil commercial. © CNUCED
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    issue 01 2011 Unctad Report

    Un récent rapport de la CNUCED souligne les nouvelles perspectives offertes aux pauvres de tirer parti des TIC et de la technologie mobile, et exhorte les gouvernements et les décideurs à mieux les exploiter pour combattre la pauvreté dans les PMA. 

    Dans les montagnes du Bhoutan, la téléphonie mobile a transformé la vie quotidienne des producteurs laitiers. Peu répandue il y a cinq ans, elle les aide aujourd’hui à obtenir des informations sur les prix du marché et à maintenir le contact avec leurs clients. Ils vendent ainsi à des prix plus élevés et n´envoient que les quantités nécessaires pour répondre à la demande, évitant les gaspillages et s’assurant de meilleurs revenus. Le téléphone portable réduit aussi les temps de déplacement et d´attente, permettant aux producteurs d´organiser plus efficacement leur travail. Conscient du potentiel commercial du téléphone portable, le Gouvernement bhoutanais offre désormais aux agriculteurs un service d´information par téléphonie mobile.  

    Le Rapport 2010 sur l’économie de l’information – TIC, entreprises et réduction de la pauvreté montre que le cas n’est pas isolé. Dans de plus en plus de pays à faible revenu, les agriculteurs, les pêcheurs et les entrepreneurs utilisent des téléphones portables et d´autres TIC pour améliorer leurs moyens d’existence. Ces dernières années, le taux de pénétration de la téléphonie mobile dans les PMA est passé de 2 à 25 abonnements pour 100 habitants. Elle est désormais suffisamment simple et bon marché pour que les pauvres puissent l´acquérir et l´utiliser. Ils sont alors ‘connectés’ mais souvent pas de la même manière que dans les pays développés. Le Rapport de la CNUCED exhorte les gouvernements et les décideurs à tirer pleinement parti de ces nouvelles opportunités de lutter contre la pauvreté.  

     

    Téléphone portable et réduction de la pauvreté 

    Souvent les pauvres ne disposent pas d´une information essentielle à leur travail, qu´il s´agisse des prix courants du marché, de prévisions météo ou de nouvelles possibilités d´emploi lucratif, ce qui ne fait qu´aggraver leur vulnérabilité. Par exemple, les pêcheurs peuvent seulement avoir le temps de se rendre dans un seul port tant que leur prise est fraîche. Si dans ce port les acheteurs proposent un prix inférieur aux prix pratiqués ailleurs, ils doivent néanmoins leur vendre leurs poissons. Le téléphone portable peut les aider à comparer les prix et à choisir les meilleures options alors qu´ils sont encore en mer. Ainsi en Inde méridionale, une meilleure coordination des marchés a accru de 8% les bénéfices des pêcheurs. Lorsque les pauvres disposent d´un meilleur accès à l´information et à la communication, les TIC peuvent améliorer sensiblement leurs revenus. 

    La diffusion rapide de la téléphonie mobile permet aux pauvres – pour la première fois – d´accéder dans l’instant aux communications interactives. Le taux de pénétration de la téléphonie mobile est nettement supérieur à celui d´autres TIC telles que la téléphonie fixe, Internet ou le haut débit. Sa propagation découle surtout de la libéralisation du marché et des innovations technologiques et commerciales. L’appropriation rapide de la téléphonie mobile par les pauvres tient à ce qu’elle répond aux besoins essentiels de communication, exige peu de compétences et est bon marché. Les textos et la fonction ‘appel en absence’ la rendent plus abordable pour les pauvres. 

    Parallèlement, de nouveaux services et applications de téléphonie mobile voient le jour dans les pays à faible revenu. Les téléphones portables sont utilisés pour les communications vocales et les SMS, et de plus en plus pour se connecter à Internet. Dans certains pays en développement, ils permettent aux personnes dépourvues de compte bancaire d´effectuer des paiements de personne à personne, des virements de fonds et des achats prépayés: les coûts de transaction sont plus faibles et les transferts de fonds vers des zones reculées plus faciles, plus économiques et plus sûrs.  

    L’utilisation d’Internet par les entreprises de croissance souhaitant accéder aux informations sur les marchés varie en fonction des secteurs. Pour celles engagées dans le commerce transfrontalier (importateurs, exportateurs et entreprises du tourisme), l’Internet est un outil essentiel pour accéder à l’information vers et depuis des institutions extérieures et des réseaux commerciaux mondiaux. Mais la plupart des entreprises de subsistance desservent au mieux les marchés locaux et ne peuvent tirer parti des informations sur les marchés disponibles sur la toile que si et lorsque des données suffisantes (contenu local en langue locale) sont disponibles via les réseaux locaux. Alors seulement, si le consommateur privilégie davantage l’Internet, elles disposeront de la capacité nécessaire pour utiliser le web. De nombreuses tentatives d’aide aux pauvres via des solutions Internet ont échoué. Comme l’ont souligné Harsha de Silva et Dimuthu Ratnadikawara dans l’étude de 2009 sur l’utilisation des TIC au Sri Lanka pour réduire les coûts de transaction dans l’agriculture: ‘Inutile que des sites proposent des informations capitales si l’agriculteur n’a pas accès à Internet.’ 

     

    Répondre aux besoins des entrepreneurs 

    Le rapport de la CNUCED montre que les micro-entreprises des pays à faible revenu adoptent rapidement la téléphonie mobile pour développer leurs activités commerciales. Au Niger, les petits négociants en céréales profitent de coûts de transaction et de recherche de l´information plus bas. Au Ghana et en Inde, les téléphones portables sont devenus un outil indispensable pour les pêcheurs et les marchands de poissons, ce qui améliore l´efficacité des marchés et les moyens de subsistance. Au Nigéria, la téléphonie mobile a réduit les coûts de transaction des micro-entreprises du tissage dirigées par des femmes. En outre, les producteurs gagnent du temps et de l´argent en évitant les déplacements autrefois nécessaires pour localiser des acheteurs et négocier les meilleurs prix. Au Bangladesh, une assistance téléphonique propose des informations et des services consultatifs aux petits agriculteurs possédant un téléphone portable. 

    Des emplois ont aussi été créés pour satisfaire la demande locale de téléphonie mobile et d'applications et services connexes. Dans tous les pays en développement fleurissent des boutiques et étals de marché vendant des téléphones portables neufs et usagés; des kiosques offrant des applications et contenus mobiles; et des services d’installation, d’assistance et de réparation. La vente de temps de connexion ou de services de transfert de fonds par téléphone portable dans les rues ou les échoppes fait vivre des millions de personnes dans les pays à bas revenu.  

    Des micro-entreprises de TIC opèrent aussi dans d’autres secteurs (rénovation et réparation de PC, formation qualifiante, diffusion des médias et photo numérique) souvent peu rémunérateurs. Ainsi les propriétaires de cybercafé gagnent mal leur vie avec les activités liées aux TIC qu’ils exercent en parallèle à la vente de livres ou à un travail dans une entreprise familiale par exemple. A Bombay, Nimmi Rangaswamy estime que les micro-entreprises de TIC constituent un investissement risqué, faiblement rentable et insuffisant pour vivre. 

     

    L’externalisation commence à toucher les zones rurales 

    Le Rapport 2010 sur l´économie de l´information analyse aussi la contribution potentielle à la réduction de la pauvreté des emplois liés aux TIC, notamment l´externalisation de la programmation informatique et de divers systèmes de gestion. De nombreux pays en développement considèrent l´externalisation et la délocalisation de ces services comme des sources potentielles d´emplois et de recettes d´exportation. Ainsi, le Kenya espère que le nombre d´emplois liés à la délocalisation de systèmes de gestion passera de 8 000 actuellement à 120 000 en 2020. Le Ghana entend créer 40 000 emplois de ce type d´ici à 2015. 

    Si l´externalisation et la délocalisation peuvent contribuer à réduire la pauvreté, ceci n´est pas automatique. Même en Inde et aux Philippines, les emplois créés dans ces secteurs se concentrent surtout dans les zones urbaines et exigent des compétences élevées. Les principales incidences positives potentielles pour les pauvres, notamment une demande accrue de services domestiques et autres services à faible niveau de qualification, tiennent aux effets secondaires. Mais un nouveau phénomène appelé ‘sous-traitance sociale’ – sous-traitance de services à des communautés pauvres dans les pays en développement dans le but explicite de réduire la pauvreté ou de réaliser d’autres objectifs de développement – peut contribuer à réduire la pauvreté rurale. 

       

    Recommandations politiques de la CNUCED aux gouvernements et à leurs partenaires 

       Pour atteindre les groupes les plus pauvres de la société, les décideurs devraient davantage s´attacher à soutenir l´utilisation des TIC au bas de l´échelle de l´activité économique, en particulier dans les zones rurales.  

       Les gouvernements doivent davantage axer leurs efforts sur la demande. Ils devraient analyser l´utilisation que font les pauvres de la téléphonie mobile et d´autres TIC, et s´inspirer de leurs constatations pour prendre les mesures voulues.  

       L´élargissement de la couverture de téléphonie mobile est important; fin 2008, près de la moitié des populations rurales des PMA n´était toujours pas desservie.  

       L’utilisation des TIC doit être abordable. Dans le cas de la téléphonie mobile, il est possible de tirer des enseignements du modèle sud-asiatique, qui offre les coûts les plus bas. La concurrence peut jouer un rôle à cet égard. 

       Les gouvernements devraient mieux exploiter la téléphonie mobile lorsqu´ils créent des services d´appui aux entreprises et adapter les services correspondants aux capacités et à la situation des utilisateurs pauvres.  

       Il faut s’intéresser davantage au secteur productif des TIC. À tout le moins, un secteur des TIC dynamique est important pour faciliter et soutenir une plus large utilisation des TIC dans les entreprises de tous les secteurs et industries. 

       Les partenaires du développement doivent se tenir au courant des nouveautés en matière de TIC et prêter dûment attention au potentiel des TIC dans leurs stratégies de réduction de la pauvreté.  

       Les gouvernements et les organismes de développement devraient collaborer avec le secteur privé et la société civile: les projets qui améliorent l´utilisation productive des TIC par les petites entreprises qui emploient généralement des pauvres associent souvent plusieurs parties prenantes au sein d´un partenariat. 

       

    RAPPORT 2010 SUR L’ÉCONOMIE DE L’INFORMATIONCNUCED  

    La copie complète du Rapport 2010 sur l’économie de l’information est téléchargeable gratuitement àwww.unctad.org/ier2010.
    Résumé en français à :
    http://www.unctad.org/fr/docs/ier2010overview_fr.pdf