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  • ANCRAGE LOCAL DU TOURISME PRO-PAUVRES : DEUX APPROCHES DE LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT ET LES MOINS AVANCÉS

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    Ancrage local du tourisme pro-pauvres : Deux approches de la réduction de la pauvreté dans les pays en développement et les moins avancés

    Saskia Marx, Conseillère associée en développement des entreprises et appui aux programmes , ITC
    juillet 01, 2011
    issue 02 2011 community-based article figure french

    L’industrie touristique est un secteur majeur de l’économie, qui affiche une croissance parmi les plus rapides au monde (en moyenne 7% au cours de la dernière décennie). Si les prévisions sont justes, d’ici 2020, la contribution du tourisme à l’économie mondiale atteindra $E.-U. 2 milliards et le nombre de touristes internationaux s’établira globalement à 1,6 milliard, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT.) 

    Le tourisme contribue au développement et agit comme un moteur de l’expansion sociale et économique, notamment dans les pays en développement et les PMA,ses résultats sont encourageants. Mais les pratiques touristiques inappropriées ont mis à mal l’environnement, les cultures locales, les paysages et les ressources naturelles.  

    L’impact négatif très médiatisé du tourisme de masse dans les années 80 a fait du tourisme durable le nouveau mantra du développement; il se focalise (OMT, 1988) sur ‘une gestion de toutes les ressources de telle manière que les nécessités économiques, sociales et esthétiques soient rencontrées dans le respect de l’intégrité culturelle et environnementale des territoires récepteurs, de leur diversité biologique et du cadre de vie.’ Cette notion est devenue principe universel en 1996 lorsque l’OMT, le Conseil mondial des voyages et du tourisme et le Conseil de la Terre ont rédigé un Agenda 21 pour le tourisme. Il s’agit d’un plan d’action global que les organisations du système des Nations Unies, les gouvernements et les grands groupes doivent appliquer aux plans local, national et mondial, dans chaque secteur où l’homme a un impact sur l’environnement. 

    Les préoccupations liées à la réduction de la pauvreté et à l’environnement sont au cœur du débat sur le développement du tourisme, qui met l’accent sur la participation des communautés locales à la planification et au développement du tourisme. Basées sur les notions de participation locale, d’autonomisation et de conservation, plusieurs formes alternatives de tourisme ont émergé, telles que le tourisme communautaire (CBT), l’écotourisme et le tourisme rural.  

    Au fil du temps, plusieurs projets de tourisme ancré localement ont été mis en œuvre dans les pays en développement mais leur succès n’a pas fait l’objet d’un suivi régulier. Des questions subsistent quant à l’implication et la participation réelles des communautés vulnérables généralement pauvres. Souvent, ces projets ne sont pas parvenus à la viabilité financière faute d’adéquation entre coûts et recettes, de durabilité commerciale des produits, des liens ténus noués avec les marchés et de la faible demande des marchés. 

    Dans les années 1990, l’accent était mis sur l’identification des approches pratiques et axées sur l’impact comme moteur de l’allègement de la pauvreté via la création de bénéfices nets pour les pauvres. La notion de tourisme pro-pauvres est née d’une approche guidée par les marchés permettant à plus de pauvres de mieux participer au processus de développement des produits. Autrement dit, le tourisme pro-pauvres n’est pas un secteur de niche ou un produit spécifique mais un ensemble de stratégies ayant pour but de faire profiter les communautés pauvres vulnérables des retombées du tourisme, renforçant ainsi les liens entre entreprises touristiques et populations pauvres pour contribuer au recul de la pauvreté (www.propoortourism.org.uk). 

    Le tourisme pro-pauvres considère le secteur de manière holistique, comme un système. Il stimule les relations économiques verticales au sein du sous-secteur (hébergement, nourriture, excursions, artisanat, etc.) mais également les relations horizontales avec d’autres secteurs (formels et informels) pour toucher un plus grand nombre de personnes. Cette approche inclusive renforce donc l’autonomisation du fait non seulement d’une plus grande densité des liens mais aussi de la participation d’un éventail plus large d’acteurs.  

    S’inspirant de cette évolution de la pensée et en tenant compte de l’essor du tourisme, de nombreuses organisations (multilatérales, bilatérales et non gouvernementales et de recherche) réévaluent leur approche du développement du tourisme. Selon un rapport de J. Mitchell et C. Ashley publié par l’ITC en 2008 portant sur ‘les communautés bénéficiant du tourisme’ (dans Examen stratégique du Programme de réduction de la pauvreté par l’exportation), les initiatives touristiques ont tendance à se concentrer sur la réduction des pertes liées au tourisme, et ce faisant à accroître l’accès des pauvres aux marchés, souvent dans le cas du tourisme classique. Ces pertes font qu’en moyenne, 55% des dépenses touristiques échappent au pays de destination. 

    Cependant, selon les endroits et l’infrastructure touristique, le modèle communautaire doit encore être envisagé comme une approche permettant de générer des moyens de subsistance. En dépit de différences marquées entre les deux concepts, ils ne sont pas mutuellement exclusifs dans leur mise en œuvre.   

    Pour plus d’information: Scaglione, M., S. Marx, & C. Johnson. (2011). ‘Tourism and Poverty Alleviation Approaches: A case study comparison.’ dans Keller, P. & T. Bieger (Eds.), ‘Tourism Development after the Crises. Global Imbalances – Poverty Alleviation’ (Vol. 5, pp. 207-226). Berlin: Erich Schmidt Verlag GmbH&Co.