La première rencontre entre Marie Diongoye Konaté et le CCI
remonte à la réunion d'une association d'exportateurs à Bamako au
Mali, en mars 2005; séduite d'emblée par le projet «Acheter en
Afrique pour l'Afrique», Mme Konaté a adhéré sans réserve à cette
initiative, qui s'inscrivait comme une des ambitions premières de
Protein Kissèe-La (PKL) S.A., société agroalimentaire qu'elle a
créée en 1994 et dont elle est Présidente et Directrice exécutive.
L'entreprise est située dans la zone industrielle de Vridi, près du
port et de l'aéroport d'Abidjan.
Le cas de Mme Konaté prouve que l'initiative «Acheter en Afrique
pour l'Afrique» marche dans la pratique. L'expérience qu'elle avait
acquise en matière de fourniture d'aide d'urgence aux agences
spécialisées dans le cadre de sa collaboration avec le programme de
la Commission européenne ECHO et les organisations non
gouvernementales françaises Action contre la Faim et
Médecins Sans Frontières, a incité le CCI à l'inviter à la
rencontre acheteurs-vendeurs organisée à Dakar, Sénégal, fin 2005
afin qu'elle partage son expérience avec d'autres entreprises
africaines et des agences d'aide internationales.
Dakar a marqué un tournant pour PKL; chaque agence a exprimé ses
besoins en matière de sous-traitance, chaque entreprise a présenté
ses produits et le CCI a fourni la documentation et les
informations sur place aux participants. Selon Mme Konaté, PKL a
tiré de nombreux bénéfices directs immédiats: rencontres avec dix
représentants d'agences d'aide, inscription dans la base de données
des agences et familiarisation avec l'offre d'aide alimentaire pour
le marché africain.
Depuis lors, PKL a été sollicitée à sept reprises en 11 mois
pour répondre à des appels d'offre. Elle a fourni près de 5 000
tonnes d'aide alimentaire au Programme alimentaire mondial (PAM)
pour une valeur de €1,8 million; une partie a été reversée aux
communautés locales au titre du remboursement des matières
premières (€1,1 million), du transport (€200 000), des salaires des
employés réguliers et des journaliers (€20 000), etc. De plus, les
contrats du PAM ont généré des avantages directs pour des centaines
d'agriculteurs locaux et des avantages indirects à près de 80 000
membres des communautés locales.
Selon Mme Konaté, sur €100 d'aliments achetés par le PAM, €60
sont réinjectés dans l'économie rurale locale et €40 dans
l'économie nationale. Elle ajoute que l'atout majeur de
l'initiative «Acheter en Afrique pour l'Afrique» est de garantir la
viabilité économique des entreprises locales sur le long terme, de
générer des emplois, de former le personnel, de développer leurs
activités et la base de consommateurs, et d'améliorer le niveau de
vie des communautés locales.

Les entreprises africaines sont en mesure de fournir des produits
de qualité répondant aux normes internationales.
© PKL
Freins à l'approvisionnement local
Les agences d'aide reconnaissent que l'achat de biens et services
par le biais des bureaux extérieurs locaux est une décision
commerciale sensée qui réduit les coûts de transaction et les
délais de livraison. Mais actuellement, l'approvisionnement local
ne représente que 10% de l'aide humanitaire totale en Afrique. Mme
Konaté estime que des freins existent, notamment les préjugés
vis-à-vis des produits locaux et la difficulté d'accéder
directement aux décideurs des agences d'aide. D'où l'intérêt,
estime-t-elle, de s'appuyer sur l'initiative du CCI «Acheter en
Afrique pour l'Afrique» et les rencontres acheteurs-vendeurs. «Si
j'avais connu plus tôt le CCI, j'aurais pu gagner cinq ans»
estime-t-elle.
Lorsqu'une entreprise devient fournisseur attitré des agences,
elle multiplie ses chances de décrocher de nouveaux contrats. Même
alors, ajoute Mme Konaté, on observe une méconnaissance du contexte
local; les contrats stipulent souvent un cautionnement couvrant la
totalité de la valeur du contrat et le paiement à livraison - voire
dans un délai de 30 à 60 jours!
«Il faut garder les pieds sur terre,» dit Mme Konaté, «les pays
du Tiers Monde disposent rarement des liquidités nécessaires au
paiement anticipé. Et je me vois mal demander aux producteurs
locaux de patienter six mois que l'agence me paie. Vous m'imaginez
exiger d'un fermier pauvre qu'il attende six mois pour être payé?»
Les réunions avec les agences d'aide, dans le cadre de rencontres
acheteurs-vendeurs par exemple, permettent d'aborder ces
problèmes.
Mme Konaté ajoute qu'en matière de contrats internationaux, les
fournisseurs locaux doivent faire preuve de professionnalisme,
refuser la corruption et s'en tenir à ce qu'ils sont en mesure
d'offrir. Ils ne doivent pas rogner sur la qualité, signaler dès
que possible les difficultés liées à l'exécution du contrat et être
prêts à remplacer immédiatement tout produit non conforme. En
outre, elle estime qu'il faut privilégier les bonnes pratiques en
matière de gestion (PKL est certifiée ISO 9001 et 9002), respecter
la législation nationale et internationale (ne pas recruter
d'enfants notamment) et surtout être honnête vis-à-vis des
fournisseurs, des employés et des partenaires. C'est à ce prix que
les entreprises locales africaines deviendront des partenaires
incontournables de la fourniture d'aide d'urgence.
«Si on admet que les gens sont totalement démunis,» dit Mme
Konaté «faire en sorte qu'une partie des coûts du programme est
dépensée en Afrique contribue déjà au développement. Les
opportunités existent mais il faut être motivé, obstiné et
énergique».
Commercer avec les agences d'aideChaque année, les Nations Unies consacrent US$ 3,6 milliards à
l'aide pour l'Afrique. La filière locale ne représente que 10% des
achats. Diverses agences réforment actuellement leur politique
d'achat pour solliciter davantage les entreprises locales mais
elles ont parfois du mal à dénicher les bons fournisseurs. Le CCI
met en relation les fournisseurs d'articles de secours et les
agences d'aide internationales par le biais de programmes tels que
«Acheter en Afrique pour l'Afrique». Grâce aux contrats et aux
ventes, les entreprises se familiarisent avec les transactions
internationales régies par des normes de service élevées. Depuis
2001, les rencontres acheteurs-vendeurs ont permis aux agences
internationales et aux entreprises de signer des contrats
équivalant à US$ 35 millions.
Pour plus d'information sur le programme «Acheter en Afrique
pour l'Afrique», veuillez contacter:betemps@intracen.org
Christopher Simpson, consultant auprès du CCI, a interviewé
Marie Diongoye Konaté durant la réunion annuelle du CCI en avril
2006 où elle est intervenue pour présenter les programmes de
réduction de la pauvreté aux parties prenantes.