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    Acheter africain en Afrique

     

     
     
    Interview de Jean Milligan
    © Centre du commerce international, Forum du commerce international - No. 4/2001

    Hendrik Roelofsen, le nouveau Directeur de la Division de coordination de la coopération technique du CCI, s'exprime sur le programme destiné à «Favoriser l'accès des entreprises africaines à l'approvisionnement des agences internationales de développement».

    Q Pourquoi le CCI tient-il à rapprocher les mlieux d'affaires africains de la communauté liée à l'aide internationale?

    R L'engagement du CCI en vue de promouvoir l'approvisionnement local de l'aide a pour origine notre programme de promotion du commerce intra-africain. Ce programme reflète notre souci de changer l'attitude des milieux d'affaires, en Afrique et ailleurs, vis-à-vis des producteurs et des consommateurs africains.

    Il existe en Afrique un fort potentiel d'expansion commerciale qui reste encore inexploité. Le CCI a identifié certains obstacles à cette expansion: une perception erronée mais courante que l'Afrique produit et exporte uniquement quelques produits de base, un manque de transparence et d'information du contexte commercial régional et, a priori, concernant la crédibilité de cette région qui introduit le doute sur la capacité des producteurs africains à fournir des produits de qualité à des prix compétitifs.

    L'expérience acquise grâce au programme du CCI de promotion du commerce intra-africain nous amène à penser qu'il serait profitable de rapprocher les agences internationales d'aide et de développement des fournisseurs africains. À l'heure actuelle, ces derniers ne sont pas à l'écoute des besoins des agences, et il existe un manque de confiance de la part des agences quant à la capacité de fourniture en Afrique en termes de qualité et de prix.

    Le CCI est convaincu que, si les participants prennent ce programme au sérieux, l'attitude à propos du commerce en Afrique changera.

    Q Quelle est l'approche du CCI en vue d'encourager l'approvisionnement en Afrique?

    R Les recherches du CCI ont montré le potentiel important des entreprises africaines pour approvisionner le marché de l'aide. Le CCI a mis sur pied un programme spécifique de coopération technique en vue de stimuler ce potentiel.

    L'initiative du CCI vise à permettre aux entreprises africaines de répondre aux exigences de l'approvisionnement des agences internationales d'aide et de développement. Elle implique la participation de firmes africaines aptes à exporter, dans trois secteurs notamment (produits alimentaires, hébergement et articles ménagers; équipement pour l'extraction et la purification de l'eau; matériel éducatif et récréatif), et d'organisations internationales,gouvernementales ou non, qui agissent dans le domaine de l'assistance humanitaire et du développement en Afrique.

    Q Qui sont les donateurs à l'origine de ce projet?

    R Ce projet est financé par le Gouvernement de Norvège et des apports du Danemark et des Pays-Bas.

    Q Qui sont les partenaires de ce projet?

    R Parmi les partenaires se trouvent des agences internationales d'aide et de développement des Nations Unies ou des organisations non gouvernementales qui voient un certain nombre d'avantages à l'approvisionnement local, tels que renforcer les capacités commerciales locales, développer une base de fournisseurs équilibrée géographiquement, et aussi diminuer leurs coûts et améliorer leurs capacités de réponse en Afrique. Ces agences se sont engagées à s'approvisionner auprès de fournisseurs africains, pour autant qu'ils offrent les marchandises requises au moindre coût.

    Jusqu'à présent, sept organisations internationales ont accepté de participer au projet: le Bureau des services d'achats interorganisations (BSAI), le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC). Grâce à la collaboration de ces organisations, le CCI a inventorié les exigences principales de chaque institution ainsi que les spécifications qualitatives et quantitatives auxquelles les fournisseurs doivent se soumettre.

    Les autres partenaires de ce projet sont les organismes de promotion du commerce tels que les chambres de commerce et les associations de producteurs. Ces organisations analysent les spécificités locales de leur marché fournisseur pour le CCI. Elles ont un rôle important à jouer puisque ce sont elles qui sélectionnent les entreprises invitées à participer aux rencontres acheteurs/vendeurs. Ce seront elles aussi qui, à la fin du projet, vont conseiller les entreprises de leur pays sur les possibilités offertes par les achats des agences internationales d'aide.

    Q Quels sont les objectifs à long terme du programme?

    R Ce programme fait partie intégrante du mandat du CCI et vise à augmenter la participation des pays en développement à l'économie mondiale.

    Cette initiative vise plus particulièrement les objectifs suivants: informer les agences internationales d'aide et de développement sur la capacité des firmes africaines à produire des produits destinés au secours, familiariser les entreprises africaines avec les exigences quantitatives et qualitatives de ces agences ainsi que les procédures par le biais desquelles elles devront proposer leurs produits, contribuer au développement du secteur privé en Afrique, et identifier et surmonter les obstacles spécifiques à l'achat de marchandises en provenance de la région.

    Q Quels sont les résultats du programme à ce jour?

    R Le CCI a analysé les flux commerciaux dans la région dans deux secteurs de production cruciaux pour le marché de l'aide (hébergements et articles d'usage domestique pour la population réfugiée). Dix-neuf pays africains producteurs potentiels ont été localisés et des entreprises y ont ensuite été identifiées et inspectées. Nous réunissons les représentants des agences impliquées avec les entreprises sélectionnées. De telles réunions peuvent être le point de départ de relations commerciales de confiance.

    Q Comment envisagez-vous l'évolution du programme?

    R Le programme comporte un cycle de trois ans, et nous sommes actuellement dans la phase de démarrage. La première rencontre acheteurs/vendeurs a eu lieu en novembre 2001 à Nairobi (Kenya). Par la suite, le CCI va organiser d'autres rencontres pour ces mêmes secteurs d'activité en Afrique du Nord, de l'Ouest et australe. Ensuite, le programme permettra d'identifier au moins un autre secteur et d'organiser à nouveau ce processus dans toute l'Afrique.

    Avec le temps, nous espérons voir croître le nombre d'entreprises africaines attributaires de marchés des agences internationales d'aide. Nous pensons aussi que ces dernières connaîtront mieux les potentiels et les faiblesses de ces firmes. Enfin, nous sommes convaincus que les organismes de promotion commerciale se trouveront plus à même pour conseiller les entreprises de leur pays en vue de remporter ces marchés et d'approvisionner les agences d'aide et de développement.

    D'ici à la fin du projet, en 2003, 300 entreprises africaines auront été sélectionnées, inspectées, conseillées et formées en vue de satisfaire aux exigences techniques et commerciales des agences. Simultanément, il est prévu de créer un réseau entre les entreprises concernées, les agences internationales et les organismes de promotion commerciale locaux pour un échange d'information continu sur les occasions d'affaires.

    Nous espérons que nos efforts sauront contrer la croyance répandue au sein des milieux de l'aide internationale que seuls les biens importés savent répondre à la demande des Africains et convaincre du potentiel et de la capacité des entreprises africaines à fournir des marchandises achetées par les agences internationales de développement.