Q Pourquoi le CCI
tient-il à rapprocher les mlieux d'affaires africains de la
communauté liée à l'aide internationale?
R L'engagement du CCI
en vue de promouvoir l'approvisionnement local de l'aide a pour
origine notre programme de promotion du commerce intra-africain. Ce
programme reflète notre souci de changer l'attitude des milieux
d'affaires, en Afrique et ailleurs, vis-à-vis des producteurs et
des consommateurs africains.
Il existe en Afrique un fort potentiel d'expansion commerciale
qui reste encore inexploité. Le CCI a identifié certains obstacles
à cette expansion: une perception erronée mais courante que
l'Afrique produit et exporte uniquement quelques produits de base,
un manque de transparence et d'information du contexte commercial
régional et, a priori, concernant la crédibilité de cette région
qui introduit le doute sur la capacité des producteurs africains à
fournir des produits de qualité à des prix compétitifs.
L'expérience acquise grâce au programme du CCI de promotion du
commerce intra-africain nous amène à penser qu'il serait profitable
de rapprocher les agences internationales d'aide et de
développement des fournisseurs africains. À l'heure actuelle, ces
derniers ne sont pas à l'écoute des besoins des agences, et il
existe un manque de confiance de la part des agences quant à la
capacité de fourniture en Afrique en termes de qualité et de
prix.
Le CCI est convaincu que, si les participants prennent ce
programme au sérieux, l'attitude à propos du commerce en Afrique
changera.
Q Quelle est
l'approche du CCI en vue d'encourager l'approvisionnement en
Afrique?
R Les recherches du CCI
ont montré le potentiel important des entreprises africaines pour
approvisionner le marché de l'aide. Le CCI a mis sur pied un
programme spécifique de coopération technique en vue de stimuler ce
potentiel.
L'initiative du CCI vise à permettre aux entreprises africaines
de répondre aux exigences de l'approvisionnement des agences
internationales d'aide et de développement. Elle implique la
participation de firmes africaines aptes à exporter, dans trois
secteurs notamment (produits alimentaires, hébergement et articles
ménagers; équipement pour l'extraction et la purification de l'eau;
matériel éducatif et récréatif), et d'organisations
internationales,gouvernementales ou non, qui agissent dans le
domaine de l'assistance humanitaire et du développement en
Afrique.
Q Qui sont les
donateurs à l'origine de ce projet?
R Ce projet est financé
par le Gouvernement de Norvège et des apports du Danemark et des
Pays-Bas.
Q Qui sont les
partenaires de ce projet?
R Parmi les partenaires
se trouvent des agences internationales d'aide et de développement
des Nations Unies ou des organisations non gouvernementales qui
voient un certain nombre d'avantages à l'approvisionnement local,
tels que renforcer les capacités commerciales locales, développer
une base de fournisseurs équilibrée géographiquement, et aussi
diminuer leurs coûts et améliorer leurs capacités de réponse en
Afrique. Ces agences se sont engagées à s'approvisionner auprès de
fournisseurs africains, pour autant qu'ils offrent les marchandises
requises au moindre coût.
Jusqu'à présent, sept organisations internationales ont accepté
de participer au projet: le Bureau des services d'achats
interorganisations (BSAI), le Haut Commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance
(UNICEF), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme
alimentaire mondial (PAM), le Comité international de la
Croix-Rouge (CICR) et la Fédération internationale des Sociétés de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC). Grâce à la
collaboration de ces organisations, le CCI a inventorié les
exigences principales de chaque institution ainsi que les
spécifications qualitatives et quantitatives auxquelles les
fournisseurs doivent se soumettre.
Les autres partenaires de ce projet sont les organismes de
promotion du commerce tels que les chambres de commerce et les
associations de producteurs. Ces organisations analysent les
spécificités locales de leur marché fournisseur pour le CCI. Elles
ont un rôle important à jouer puisque ce sont elles qui
sélectionnent les entreprises invitées à participer aux rencontres
acheteurs/vendeurs. Ce seront elles aussi qui, à la fin du projet,
vont conseiller les entreprises de leur pays sur les possibilités
offertes par les achats des agences internationales d'aide.
Q Quels sont les
objectifs à long terme du programme?
R Ce programme fait
partie intégrante du mandat du CCI et vise à augmenter la
participation des pays en développement à l'économie mondiale.
Cette initiative vise plus particulièrement les objectifs
suivants: informer les agences internationales d'aide et de
développement sur la capacité des firmes africaines à produire des
produits destinés au secours, familiariser les entreprises
africaines avec les exigences quantitatives et qualitatives de ces
agences ainsi que les procédures par le biais desquelles elles
devront proposer leurs produits, contribuer au développement du
secteur privé en Afrique, et identifier et surmonter les obstacles
spécifiques à l'achat de marchandises en provenance de la
région.
Q Quels sont les
résultats du programme à ce jour?
R Le CCI a analysé les
flux commerciaux dans la région dans deux secteurs de production
cruciaux pour le marché de l'aide (hébergements et articles d'usage
domestique pour la population réfugiée). Dix-neuf pays africains
producteurs potentiels ont été localisés et des entreprises y ont
ensuite été identifiées et inspectées. Nous réunissons les
représentants des agences impliquées avec les entreprises
sélectionnées. De telles réunions peuvent être le point de départ
de relations commerciales de confiance.
Q Comment
envisagez-vous l'évolution du programme?
R Le programme comporte
un cycle de trois ans, et nous sommes actuellement dans la phase de
démarrage. La première rencontre acheteurs/vendeurs a eu lieu en
novembre 2001 à Nairobi (Kenya). Par la suite, le CCI va organiser
d'autres rencontres pour ces mêmes secteurs d'activité en Afrique
du Nord, de l'Ouest et australe. Ensuite, le programme permettra
d'identifier au moins un autre secteur et d'organiser à nouveau ce
processus dans toute l'Afrique.
Avec le temps, nous espérons voir croître le nombre
d'entreprises africaines attributaires de marchés des agences
internationales d'aide. Nous pensons aussi que ces dernières
connaîtront mieux les potentiels et les faiblesses de ces firmes.
Enfin, nous sommes convaincus que les organismes de promotion
commerciale se trouveront plus à même pour conseiller les
entreprises de leur pays en vue de remporter ces marchés et
d'approvisionner les agences d'aide et de développement.
D'ici à la fin du projet, en 2003, 300 entreprises africaines
auront été sélectionnées, inspectées, conseillées et formées en vue
de satisfaire aux exigences techniques et commerciales des agences.
Simultanément, il est prévu de créer un réseau entre les
entreprises concernées, les agences internationales et les
organismes de promotion commerciale locaux pour un échange
d'information continu sur les occasions d'affaires.
Nous espérons que nos efforts sauront contrer la croyance
répandue au sein des milieux de l'aide internationale que seuls les
biens importés savent répondre à la demande des Africains et
convaincre du potentiel et de la capacité des entreprises
africaines à fournir des marchandises achetées par les agences
internationales de développement.